Utpictura18 - Fiction

Couverture Le Gout de Diderot

Couverture Fictions de la rencontre : le Roman comique de Scarron

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE L'OEil révolté

Couverture du livre de Richardson Clarisse Harlove, dans l'édition commentée par Stéphane LOJKINE

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Image et subversion

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Brutalité et représentation

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE La Scène de roman

Couverture du livre L’Écran de la représentation

Couverture du livre Détournements de modèles
5 octobre 2013 : Exposition Le Goût de Diderot au Musée Fabre à Montpellier

Dans cette page sont repris quelques uns des messages envoyés aux étudiants pendant la préparation du devoir, soit directement, soit en réponse à des questions posées

~  Préparation de la dissertation, sujet de Laurent Jenny  ~
Stéphane Lojkine


19-04-2006
Chers étudiants,


Les cours reprennent peu à peu et permettent de commencer à nous organiser.
Vous trouverez en ligne un sujet de dissertation, auquel commencer à travailler tout de suite :

http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/Brutalite/Brutalite.php

Le sujet a été choisi pour que vous puissiez le traiter sans Clarisse, dont le fascicule vous sera distribué mardi 9 mai. En revanche, Edgar Poe sera bienvenu en plus de Gaston Leroux et de Dostoïevski.
Utilisez bien TOUS les cours que j’ai mis à votre disposition, y compris l’explication des notions, que j’ai mise à jour et nettement étoffée :

http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/Guide.php


Il faut absolument que vous rendiez votre devoir le 16 mai, car les partiels débuteront le 11 juin.
N’hésitez pas à me poser toutes questions utiles.
Quelques rappels de base : une dissertation c’est 10 pages, soit deux copies doubles et demie, grand format, avec une marge conséquente à gauche, et à gauche seulement. Pas d’excentricité en la matière SVP.
Une dissertation, c’est une introduction qui annonce clairement un plan, 3 parties (ne finassons pas) contenant des exemples, c’est-à-dire des citations des œuvres au programme, et une conclusion.
Une dissertation cite le sujet, les termes du sujet, non seulement en introduction, mais tout au long du devoir.

Je vous signale d’autre part la plateforme IRIS, qui rassemblera à terme tous les cours en ligne de l’université :
http://iris.univ-tlse2.fr/

Je me doute que vous allez connatre dans les jours qui viennent des moments de découragement. Ne baissez pas les bras, je vous aiderai comme je pourrai. N’hésitez pas à me poser toutes questions, y compris très pratiques pour la dissertation.




20-04-06
Vous m’écrivez pour me dire vos difficultés devant le cours en ligne et le devoir à préparer.
Bon, tout d’abord ne vous excusez pas, il est normal que vous vous sentiez submergée, et il est évident que le cours en ligne ne remplace pas la présence du professeur devant les étudiants, surtout quand il s’agit d’expliquer des choses difficiles.
Vous êtes bloquée devant le sujet parce que vous ne procédez pas selon la bonne méthode. Mais là encore, rien d’étonnant, vos difficultés sont les difficultés normales d’une étudiante de 1ère année.
N’essayez pas d’expliquer le sujet dans l’abstrait. Prenez votre Chambre jaune et vos Démons et demandez-vous : dans ces histoires, qu’est-ce que ça veut dire que "la pensée a entièrement investi le réel" ? Puis, comment, dans ces œuvres se pose la question de l’interprétation du réel, et de l’interprétation de la pensée ? Prenez des épisodes, des scènes précises et à chaque fois reposez ces questions. Ecrivez au brouillon pour chaque épisode tous les éléments de réponse qui vous passent par la tête (en essayant bien sûr de réutiliser des morceaux de cours).
Faites de même avec Double assassinat dans la rue Morgue.
Profitez en pour souligner et annoter vos livres. Cela vous servira au partiel terminal.

Ensuite, essayez de réfléchir à l’idée que j’ai derrière la tête quand je vous donne ce sujet. Vous savez que les deux notions fondamentales du cours sont "dispositif de scène" et "dispositif de récit". Dans quelle mesure le phénomène décrit par Laurent Jenny transforme la manière de raconter les histoires dans les œuvres au programme ? Essayez de définir le dispositif de récit en reprenant les termes de Laurent Jenny. Appliquez aux œuvres au programme. Le cours propose une bonne définition des dispositifs de récit dans ces œuvres. Cela devrait vous aider.


Ensuite, et seulement à ce moment là, construisez votre plan.
Quand vous en serez là, revenez vers moi et posez vos questions, pour le plan justement.
Je sais que la connexion internet n’est pas aisée pour tous. Essayez de vous regrouper, travaillez en groupe, ce sera plus économique et plus efficace. Il n’est pas nécessaire que chaque étudiant tire toutes les pages du site. Nous disposerons malheureusement de très peu d’heures de cours et je suis bien conscient que l’internet n’est qu’un maigre substitut.




24-04-06
Vous me demandez de revenir sur la définition des deux dispositifs, dispositif de scène et dispositif de récit. Avez-vous bien lu l’explication proposée sur le site ? Je donne l’URL de Montpellier car celle de Toulouse est beaucoup sollicitée en ce moment et du coup pas toujours disponible.

http://www.univ-montp3.fr/~pictura/AideRecherche.php?numero=15

Mais partons de choses simples. Un dispositif de scène, c’est la façon dont une scène est fabriquée. Un dispositif de récit, c’est la façon dont un récit est fabriqué. Une scène et un récit, ce n’est pas la même chose. Une scène, c’est court dans le temps, même si c’est un long texte : l’action s’arrête et quelque chose est donné à voir, fait tableau. Un récit, c’est un déroulement qui prend du temps, même si au bout du compte le texte est court : un événement produit un événement, qui produit un autre événement...

Compliquons un peu. Scène et récit, ce ne sont pas des notions qui existent de tous temps et pour toutes les époques. La scène, ça apparat à la Renaissance ; l’âge d’or est au 18e siècle ; puis ça décline à partir du 19e siècle. Le récit, ça existe à toutes les époques, mais ça n’est pas fabriqué de la même façon à toutes les époques. Pour aller vite, avant le 16e siècle, on ne met pas de scènes dans le récit. Puis on en met, mais à titre exceptionnel : c’est le 17e s. Puis on ne met plus que ça. Puis on déplace la scène, on la met en dehors du récit : c’est ce qui se passe à la fin du 19e siècle, dans les romans qui nous occupent. Tout le récit se construit à partir d’une scène absente.

Compliquons encore. Le dispositif de scène est le plus facile à analyser. C’est ce qui rend la scène visible : on prend un espace, on met des personnages dedans, et la façon dont on les dispose correspond au sens qu’on veut donner à la scène. Je remarque que le dispositif scénique classique s’organise à partir d’un écran, c’est-à-dire d’un objet qui coupe l’espace, le délimite : d’un côté celui ou ceux qui regardent, de l’autre ce qui est regardé.
Le dispositif de récit est plus difficile à analyser car il ne rend rien visible. Ce qui est visible, c’est la scène, et le récit, c’est ce qui n’est pas la scène. Dans les exemples qui nous intéressent, la scène est en dehors du récit (cas simple). Il y a eu un meurtre (=la scène) mais personne ne sait ce qui s’est passé : le récit commence après le meurtre, et décrit les tentatives pour élucider le meurtre, reconstituer la scène. La base du dispositif de récit est donc l’espace de cette scène absente, inconnaissable : je définis cet espace comme un "espace d’invisibilité". Les trois niveaux du dispositif de récit sont la narration, ou le déroulement des événements, la structure, ou l’enjeu symbolique du récit, et la fiction, ou le vaste monde inventé, imaginé par l’écrivain pour envelopper le récit.

Votre deuxième question :
Dans le sujet, qu'est- ce que cette pensée dont parle Laurent Jenny ?
Bonne question, vous avez compris que tout le sujet va tourner autour de ça, ou en tout cas que c’est le point de départ pour traiter ce sujet.
Mais ici, une erreur de méthode vous fait partir de travers : ne jamais interpréter le sujet en soi, toujours l’interpréter à partir des œuvres.
Vous cherchez un sens en soi : la première pensée qui vous vient sous la main, bien-sûr, c’est la vôtre, ce que vous appelez la pensée du lecteur, et vous partez hors-sujet.
La vraie question est : dans les romans, où y a-t-il de la pensée ? Qui pense ? Passez en revue les personnages, demandez-vous, dans ce roman, qui est "monsieur Pensée".
De quelle pensée s’agit-il ? Une méthode de pensée, d’investigation ? Un courant de pensée, un courant idéologique ?
Je n’en dis pas plus, le but est seulement de vous mettre sur la voie. Il faudra ensuite faire des parallèles entre les œuvres...

La question que vous ne posez pas :
La pensée investit le réel, qu’est-ce que ça veut dire ?
Ça peut vouloir dire qu’il y a une sorte de concurrence entre la pensée et le réel, et que le réel n’a pas le dessus. Il y a un danger d’évacuation du réel par la pensée.
Mais ça peut avoir un autre sens : la pensée devient totalisante. Tout le réel entre dans l’espace d’invisibilité que constitue la pensée. La pensée devient un espace, un socle pour le dispositif de récit.
Il faut là encore voir exactement quels épisodes, quels textes peuvent étayer cette idée.
Vous pouvez, très simplement, utiliser l’image qui est ici :

http://www.univ-montp3.fr/~pictura/Brutalite/DoyleLeroux.php


Vos autres questions sont importantes mais sortent du sujet du devoir.
La brutalité des scènes est liée à l’effondrement de la théâtralité scénique. Ce ne sont justement plus des scènes au sens classique du terme (d’où l’excès de violence est banni, interdit), mais des atteintes : l’atteinte subie est retournée en pensée.




En relisant votre message, je m’aperçois que vos dernières questions sont bien dans le sujet du devoir.
Vous écrivez :

Dans Les Démons et dans Double assassinat dans la rue Morgue (un peu moins dans Le Mystère de la chambre jaune), ce qui m'a fait grande impression, c’est l’extrême violence, par exemple les meurtres très sanglants et barbares des deux femmes de la rue Morgue, la force, la puissance incroyable de certaines scènes, comme lorsque Stavroguine mord l’oreille d’un homme, les scènes avec la « clopinante », la confession de Stavroguine, la relation entre Stépane Trofimovitch et Varvara Prétrovna. Or je ne vois pas comment l’inclure dans mon travail, je n’arrive pas à expliquer quels étaient les buts des auteurs en représentant cette brutalité... Je me doute que mes difficultés viennent de toute la problématique du cours: le récit et la brutalité! Cependant j'accepterais volontiers des éclaircissements!

Ma réponse :
La brutalité et la pensée, c’est la même chose.
Il y a dans la brutalité quelque chose qui se retourne pour donner de la pensée. Voyez :

http://www.univ-montp3.fr/~pictura/Brutalite/Invisible.php
(la pensée est un temps intermédiaire entre la brutalité et le lien social)

Tout ce qui vous a saisi à la lecture constitue une face, et le sujet propose l’autre face. Mais c’est lié.
A vous de voir comment : pourquoi faudrait-il absolument que Stavroguine, le criminel, soit le chef des nihilistes ? Pourquoi Piotr Stepanovitch imagine-t-il le crime de Chatov et le suicide de Kirilov ? Quel sens y a-t-il à ce que Rouletabille soit le fils de Larsan ?

Cela permet de discuter et de réinterpréter la formule : « la pensée ne demande plus qu’à être interprétée ».