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Roger tue Eriphile & arrive chez Alcine (RolFur Franceschi 1584 ch7) - G. Porro

Notice #001297

Image HD

Série de l'image :
Lodovico Ariosto, Orlando furioso, Venise, F. de Franceschi, 1584
Auteur(s) :
Porro, Girolamo (1520-1604), graveur, dessinateur et écrivain d’art
Problème datation
Date :
1584
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 16e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Résac yd396
Sujet de recherche :
Iconographie du Roland furieux
Traitement de l'image :
Scanner
N° de commande :
2110189
Date de commande :
22/06/2001
Photo sur papier
Localisation de la reproduction :
Montpellier, Inst. de rech. sur la Renaissance l’âge classique & les Lumières

Analyse

Analyse de l'image :
     Eriphile garde le pont : Roger doit la vaincre pour franchir ce pont (au milieu à droite) et parvenir au palais d’Alcine (en haut au centre).     Au premier plan, Roger à droite (RVGIERO) frappe Eriphile à gauche (ERIFILA), montée sur un loup, et atteint son œil de sa lance (« sotto l’elmo », VII,6). Derrière Roger, les deux demoiselles qui lui ont demandé d’engager ce combat assistent au combat montées sur des licornes.     Au-delà du pont, au centre, Roger encadré par les deux dames à la licorne fait route vers le palais d’Alcine.     En haut au centre, Alcine accueille les trois arrivants au seuil de son palais, qui occupe le côté droit (VII,9). Dans la loggia du palais, au premier étage, ils sont assis à la table d’un banquet.     Plus haut à gauche, la magicienne Mélisse (Mel.) vient à la rencontre de Bradamante (Brad.), montée sur son cheval. Puis, plus à droite, sous les traits du magicien Atlant qui l’a élevé (Meliss.), elle adresse ses remontrances à Roger, qui prend le frais dans une tenue efféminée sous un arbre et près d’un ruisseau (str. 53).     Dans la cour à l’arrière du palais, sur la droite, Roger, qui a récupéré ses armes, s’échappe du palais en repoussant les serviteurs d’Alcine.     Tout en haut à gauche, dans les nuages, Mélisse chevauche son coursier volant, pour aller de la forêt où elle a rencontré Bradamante à l’île d’Alcine.         Comme dans la gravure du chant III, partagée entre le paysage en haut et la grotte de Merlin en bas, l’image s’organise autour de deux espaces principaux, l’espace médiéval du combat en bas, le décor de la Renaissance en haut, avec son palais à colonnades, sa loggia et sa grande cour dallée. Le pont , enjeu du combat contre Ériphile, devient l’élément d’articulation entre les deux espaces. L’espace du bas est l’espace de la contre-performance agonistique : Roger combat une parodie d’adversaire dans une parodie de service courtois. L’espace du haut ordonne tous les éléments d’une narration riche et complexe autour de la cour dallée, véritable scène : quel est ce couple qui au premier plan de cette scène, à droite, à mi-hauteur de la gravure, déambule enlacé devant le palais ? Il ne peut guère s’agir que de Roger et d’Alcine, astucieusement constitués par Girolamo Porro en écrans : Alcine se détourne de la scène et empêche Roger de la voir, ce qui résume bien l’ensemble du récit.
Annotations :
1. La gravure est numérotée VII dans un petit médaillon en haut au centre de la bordure. En haut à gauche, numéro de la page, 60 et CANTO [SETTIMO, page de droite]. Argument p. 61 : « La gigantessa Erifila ha già vinto Ruggier, per chi l’incarco ne gli ha dato. Indi sen va nel cieco Labirinto, Ou’Alcina ha più d’un preso e legato. Melissa il graue errore, ou’è sospinto. Li fa vedere, & ha il remedio à lato. Ond’ei, c’ha per rossor basse le ciglia, Subito à prender fuga si consiglia. » 3. La gravure imite visiblement, dans sa partie inférieure, la gravure sur bois de l’édition Valgrisi. Comme souvent dans ce cas, ce qui était à gauche se retrouve à droite. Le valet tenant l’hippogriphe a été supprimé, pour une meilleure lisibilité. La transformation sémiologique, d’une composition narrative en dispositif scénique, est nette : au premier plan, l’espace agonistique est désormais circonscrit, au devant par la lance d’Eriphile tombée à terre (au lieu des lances croisées, selon le modèle traditionnel, dans l’édition Valgrisi), à l’arrière, par la position surplombante des dames spectatrices, dont le regard est barré par les cornes des licornes. Dans la partie supérieure de la gravure, en revanche, le modèle de l’édition Valgrisi est abandonné : le palais d’Alcine est déplacé du centre vers la droite et la cour est dallée en un quadrillage pointillé instaurant l’espace géométral d’une scène. La représentation de Mélisse rencontrant Bradamante constitue une entorse à l’unification de l’espace de la représentation. L’édition Valgrisi l’assumait sans problème. Ici, le graveur a ajouté Mélisse chevauchant dans les nuages, pour essayer d’établir une continuité spatiale.