Composition à la poire tranchée - Picasso
Description
Cette œuvre fait partie des compositions les plus formelles réalisées par Picasso en 1913 et 1914, dans lesquelles le lien avec les objets existant dans la réalité est réduit au minimum. On n’y trouve aucun objet reconnaissable. Même la poire coupée, qui donne son titre au tableau, est difficile à identifiée, sinon par le contour et la couleur jaune de la forme placée au premier plan à droite. Encore cette forme est-elle complètement retravaillée, désessentialisée pour lui donner une vie picturale propre, sa vibration de forme autonome : ce n'est plus une poire, c'est déjà le contour d'une guitare ou d'un autre instrument.
La poire n'est pas posée sur une table, même si le rectangle marron suggère une table. Au centre, les formes rondes, ou semi-rondes, peuvent évoquer la vaisselle, non comme des objets réels, mais comme quelque chose qu'on aurait en tête en regardant la poire, comme la superposition d'une association d'idées. De la même façon, l'idée de poire tranchée n'est pas suggérée par la présence d'un couteau, comme ferait une nature morte traditionnelle, mais par une série d'esquisses de rectangles qui occupent l'espace de la composition et en rythment la structure. Ces rectangles sont autant de possibilités de surfaces venant supprimer, défaire le volume de la nature-morte. Il s'agit de déshabituer le regard qui rechercherait ce confort du volume des objets installés dans un espace naturel : l'espace devient ici une construction intellectuelle entièrement commandée par l'idée de tranche que porte la poire tranchée. En haut de la composition à droite, et plus bas sur la gauche, un motif de branche feuillue nous rappelle que le support utilisé est du papier peint : de la surface donc, là où nous cherchons désespérément du volume.
Une anecdote permet de mesurer le travail de déconstruction de la représentation opéré par Picasso : l’Ermitage conserve deux œuvres de Picasso dont le titre comporte une poire tranchées. Toutes deux ont été pendant un temps renommées Nature morte aux livres, bien qu’aucun de leurs éléments ne puisse être associé à des livres. Comme si le livre était l'identification rassurante d'une forme idéale qu'on ne peut référer à aucun objet familier…
2. Musée d'État de l'Art occidental moderne de Moscou ;
Entre à l'Ermitage en 1930.
Technical Data
Notice #026103