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Promesses d'Ascagne à Nisus et à Euryale (Compendium operum Virgilianorum)
Promesses d'Ascagne à Nisus et à Euryale (Compendium operum Virgilianorum)

Notice #018530

Image HD

Série de l'image :
Compendium operum Virgilianorum, Miroer des œuvres de… Virgile, Utrecht, 1612
Auteur(s) :
Passe, Crispin de, dit l’ancien (v1565-1637)
Date :
1612
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Énéide. Énée et Turnus
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
YC-605
Traitement de l'image :
Image web
Localisation de la reproduction :
https://gallica.bnf.fr

Analyse

Analyse de l'image :

Le fond de l'image représente, à gauche, le siège de Laurente (« Laur ») par les armées de Turnus, et les brillantes sorties tentées par les Troyens en l'absence d'Énée, parti chercher du renfort. Turnus est représenté à gauche (« Tur »), et sans doute une seconde fois à droite, tuant le jeune Pallas (v. 479-500).

Au fond à droite, la flotte troyenne restée dans le port de Laurente est incendiée par les hommes de Turnus. Le nuage de fumée de l'incendie n'abrite pas, comme on pourrait l'attendre le char de Cybèle intervenant pour ses bateaux. La métamorphose des vaisseaux en nymphes n'est pas non plus représentée, à l'exception d'un triton plutôt que d'une nymphe au devant de la flotte en flammes.

Au premier plan au centre Ascagne brandit son épée en levant les yeux au ciel. Cette posture ne peut guère renvoyer qu'à l'épisode du conseil des Troyens, lorsque Nisus et Euryale viennent leur demander la permission de tenter une sortie pour aller prévenir Énée. Euryale a demandé à Ascagne de prendre soin de sa mère s'il ne revenait pas : Ascagne prend alors sa mère morte Créuse à témoin et jure que la mère d'Euryale sera sienne.

Sic ait inlacrimans, umero simul exuit ensem
auratum, mira quem fecerat arte Lycaon (v. 303-304)

(Il dit en pleurant, et dans le même temps il détache de son épaule son épée
d'or, ouvrage admirable qu'avait produit l'art de Lycaon)

Du coup, il semble y avoir une erreur dans l'inscription qui désigne au premier plan le guerrier retourné vers son ami comme étant Énée (Énée est absent durant tout le livre 9 et ne revient qu'au livre 10). Il s'agit bien plutôt d'Euryale se tournant vers son compagnon Nisus. Euryale est reconnaissable à son casque à aigrette, le casque qu'il prendra à Messape (v. 365) et qui causera sa perte (v. 373) : évidemment Euryale ne possède pas encore ce casque au moment où Ascagne s'adresse à lui. Le casque est un signe qui relève d'une logique syntagmatique et non d'une logique scénique de l'image. Nisus montre du doigt le carnage dans le camp de Turnus, qu'ils vont perpétrer : le dessinateur par ce geste rappelle que c'est Nisus qui a eu l'initiative de cette héroïque sortie (Dine hunc ardorem mentibus addunt, sont-ce les vieux qui m'ont mis cette ardeur à l'esprit…, v. 184).

A droite, le beau cheval qu'avance un page est le cheval de Turnus qu'Ascagne a promis en récompense à Nisus si leur ennemi est vaincu :

vidisti quo Turnus equo, quibus ibat in armis
aureus : ipsum illum, clipeum critique rubentis
excipiam sorti, jam nunc tua pramena, Nise (v. 269-271)

(Tu as vu sur quel cheval Turnus, et avec quelles armes il marchait,
tout en or : ce cheval même, ce bouclier et ces aigrettes de pourpre,
je les exclurai du tirage au sort ; compte les d'ores et déjà pour la récompense, Nisus. »

Au second plan, derrière Ascagne, ce sont les exploits d'Euryale : semant la mort dans le camp des Rutules, à califourchon sur Rhétus allongé, il lui plonge l'épée dans le corps jusqu'à la garde (pectore in adverso totum cui comminus ensem | condidit, v. 347-348). Toujours au second plan, mais à gauche, c'est la contre-offensive des Rutules : on voit Turnus lancer une flèche. C'est un peu étrange : Virgile lui fait lancer une torche ardente qui met le feu à une tour (v. 535), puis lancer un javelot (v. 560 et 698), une phallique (v. 705), puis manier l'épée (v. 749, 769).

L'épisode de la mort d'Euryale, puis de Nisus, dans un sous-bois à l'écart de la ville, qui a fait la célébrité de ce livre 9 à partir du XVIIIe siècle, n'est pas représenté ici. L'illustrateur préfère la représentation de la performance agnostique des héros à celle, tragique et émouvante, de leur mort.

Annotations :

1. Inscriptions dans l'image : en bas à gauche « Aeneas » (sans doute une erreur Euryalus), puis en allant vers la droite au second plan « Tur » pour Turnus, puis au premier plan « Ascani~ » pour Ascanius. Tout en haut, « Laur » pour Laurente. Les erreurs d'identification touchant Énée et Turnus (voir l'analyse) nous indiquent que ces inscriptions ont été ajoutées après coup par quelqu'un qui n'est pas l'illustrateur.

Sous la gravure, on lit ces vers de résumé :

In Teucros Turnus, monitu Iunonis iniquae,
Pugnat, et Iliacas opprimit igne rates :
Quae Nymphae ut fiunt, mox Troia fortib[us] ausis
Castra capit captis protinus exsuitur

(Turnus combat contre les Troyens, conseillé par l'injuste Junon, et par le feu il détruit les navires d'Ilion : quand ils sont changés en nymphes, bientôt Troie, grâce à l'audace des courageux [= Nisus et Euryale], prend le camp et se débarrasse aussitôt de ceux qu'elle a pris.)

L'argumentaire sous la gravure est un résumé de l'ensemble du chant :

« Du fier Turnus, en l'absence d'Énée,
Le rude assaut, & l'ardeur furiale :
Le fort Nisus, & le bel Euriale,
L'Emprise d'eux : leur dure destinee :
L'entree au fort par Pandare donnee
Et Bicias : leur vigueur martiale :
Puis comme fut en terre Latiale
Aux deux germains la vie terminée.
Le jeune Iule & le traict de sa main,
En abbatant le superbe Numain :
L'heur le malheur, la fortune incertaine :
De force & ruse a gaigner bastillons
D'amour, de foy, d'honneur, sont aguillons
Tant ou soldat, qu'au noble Capiteine. »