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Recherche infructueuse

La tête d’Holopherne est brandie sur la muraille de Béthulie (Bible d’Utrecht, F8v)

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Date :
1430
Nature de l'image :
Enluminure
Dimensions (HxL cm) :
6,3x8,7 cm
78 D 38 II, fol. 8v°a

Analyse

L'espace de l'enluminure est divisé en deux parties : à gauche, la ville de Béthulie est protégée par ses remparts et un fossé plein d'eau (plus vraisemblable dans les Flandres qu'en Judée…). A droite des soldats font face et brandissent leurs piques devant leurs tentes.

Mais de quel camp ces soldats sont-ils ? Le texte biblique nous incite d'abord à les identifier comme les Béthuliens, encouragés par Judith montrant la tête d'Holopherne à sortir de leur ville assiégée pour mettre en déroute les Assyriens, désormais privés de leur chef. C'est la scène que Gustave Doré illustrera en 1866.

Mais la logique de bipartition de l'espace qui gouverne presque toutes les enluminures de la Bible d'Utrecht nous permet de formuler une autre hypothèse : à gauche est la ville de Béthulie, à droite est le camp des Assyriens, ce sont deux camps qui se font face. Devant leur tente, face à Béthulie, les soldats Assyriens observent la tête que les Béthuliens brandissent sur les remparts.

Comment se décider entre ces deux lectures de l'image ? L'expression des soldats ne nous aide guère. Ce n'est ni l'enthousiasme face à la victoire proche, ni le désespoir qui conduira à la débandade. Plutôt une sorte d'expectative. Il faut donc plutôt s'appuyer sur la disposition des corps que sur la physionomie pour trancher.

A gauche, l'homme au pourpoint rouge a déjà un pied qui fait demi-tour. Derrière lui, le soldat en bleu qui porte un bouclier tourne la tête vers la droite. Derrière lui, l'homme en rose tourne carrément le dos, et regarde vers une tente blanche entrouverte. Si ce sont des Béthuliens, et qu'ils sont déjà arrivés dans le camp ennemi, quel sens aurait cette hésitation sur le sens vers lequel se tourner ? Si ce sont les Assyriens, l'enlumineur a saisi le moment d'incrédulité et d'expectative face à cette tête qui se dresse en haut de la muraille. Ils se tournent alors vers la tente de leur général pour aller le prévenir, sans savoir encore qu'il a été décapité. Cette saisie d'un moment de flottement, avant que ne se décide le sort de la dernière bataille, est très intéressante, car elle préfigure le moment de suspens dramatique constitutif de la scène.

Complètement à gauche, un homme en civil observe la scène. Il s'agit sans doute d'un espion, ou d'un messager assyrien. Mais c'est aussi un spectateur délimitant par son regard un espace scénique.

S'il s'agit ici du face à face des soldats assyriens et de la tête d'Holopherne sur les remparts, il faut bien reconnaître que ce face à face n'est pas raconté dans la Bible. Il est projeté par Judith (XIV, 1), la tête est installée sur les remparts (XIV, 11), mais le récit ne met pas en scène ensuite la débandade des Assyriens à la vision de la tête. Cette objection est sérieuse contre l'hypothèse des soldats assyriens. Ce qu'ils voient, c'est la sortie des Béthuliens hors de leurs murs. C'est cette sortie, dont ils ne comprennent d'abord pas la raison, qui les conduit à faire avertir Holopherne, qu'ils croient toujours vivant dans sa tente :

« Chacun [des Béthuliens] prit ses armes et tous sortirent par bandes sur les pentes de la montagne. Ce que voyant, les Assyriens dépêchèrent des messagers vers leurs chefs qui, à leur tour, se rendirent chez les stratèges, les chiliarques et tous leurs officiers. » (Judith XIV, 12)

L'enlumineur aurait alors substitué une scène immédiate et spectaculaire au récit biblique, qui décrit l'information de la sortie des Béthuliens se communiquant de proche en proche dans un sens, puis, une fois le cadavre d'Holopherne découvert dans sa tente, l'information de sa mort se répandant dans le camp. L'observateur espion à gauche conserverait cependant le vestige de la version biblique d'un récit que l'enlumineur aurait modernisé en le scénographiant. D'autres après lui, comme Luca Giordano qui imagine carrément Judith sur le champ de bataille brandissant la tête d'Holopherne comme une tête de Méduse, prendront bien d'autres libertés…

La tête d'Holopherne est immense : c'est comme si elle enveloppait les trois personnages qui se tiennent sous elle. L'enlumineur en a fait un fantôme. Le motif de la tête apotropaïque sur les remparts peut par ailleurs être rapproché de celui de l'icône protectrice de la Vierge du signe, brandie par les Novgorodiens contre les Souzdaliens.

Annotations :

3. La tête d'Holopherne brandie sur les remparts rejoint le motif de l'icône de la Vierge du Signe brandie sur les remparts de Novgorod.

Items :
Tente
Muraille, enceinte

Informations techniques

Notice #003658

Image HD

Identifiant historique :
A2977
Traitement de l'image :
Image optimisée par Esrgan
Localisation de la reproduction :
Collections en ligne des manuscrits médiévaux de la bibliothèque Meermanno de La Haye, Huis van het boek