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Démocrite et les Abdéritains (Fables de La Fontaine, 1678, 3eP) - at. Chauveau

Notice #005446

Image HD

Série de l'image :
Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, 3e p., Thierry&Barbin, 1678
Auteur(s) :
Chauveau, François (1613-1676)
1678
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Sujet historique. Démocrite (vers 460 - 370 av. JC)
Lieu de conservation :
Versailles, Bibliothèque municipale centrale
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Rés. B 240
Traitement de l'image :
Photo numérique
N° de commande :
Localisation de la reproduction :
Collection particulière

Analyse

Analyse de l'image :
Hippocrate, venu soigner Démocrite que ses compatriotes croyaient devenu fou parce qu’il vivait entre ses livres et proférait des discours apparemment insensés, entre en conversation avec ce sage.
   
   Texte de la fable :
   Que j’ai toujours haï les pensers du vulgaire ! 
Qu’il me semble profane, injuste, et téméraire, 
Mettant de faux milieux entre la chose et lui,
Et mesurant par soi ce qu’il voit en autrui !
Le maître d’Épicure en fit l’apprentissage.
Son pays le crut fou : Petits esprits ! mais quoi ? 
               Aucun n’est prophète chez soi.
Ces gens étaient les fous, Démocrite, le sage.
L’erreur alla si loin qu’Abdère députa
               Vers Hippocrate, et l’invita
               Par lettres et par ambassade,
A venir rétablir la raison du malade.
Notre concitoyen, disaient-ils en pleurant,
Perd l’esprit : la lecture a gâté Démocrite. 
Nous l’estimerions plus s’il était ignorant.
Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite :
               Peut-être même ils sont remplis
               De Démocrites infinis.  
Non content de ce songe, il y joint les atomes,
Enfants d’un cerveau creux, invisibles fantômes ;
Et, mesurant les cieux sans bouger d’ici-bas,
Il connaît l’univers, et ne se connaît pas.
Un temps fut qu’il savait accorder les débats :
               Maintenant il parle à lui-même.
Venez, divin mortel ; sa folie est extrême.  
Hippocrate n’eut pas trop de foi pour ces gens ;
Cependant il partit. Et voyez, je vous prie,
               Quelles rencontres dans la vie
Le sort cause ; Hippocrate arriva dans le temps
Que celui qu’on disait n’voir raison ni sens
               Cherchait dans l’homme et dans la bête
Quel siège a la raison, soit le cœur, soit la tête. 
Sous un ombrage épais, assis près d’un ruisseau, 
                Les labyrinthes d’un cerveau
L’occupaient. Il avait à ses pieds maint volume,
Et ne vit presque pas son ami s’avancer,
                Attaché selon sa coutume.
Leur compliment fut court, ainsi qu’on peut penser.
Le sage est ménager du temps et des paroles.
Ayant donc mis à part les entretiens frivoles,
Et beaucoup raisonné sur l’homme et sur l’esprit,
                Ils tombèrent sur la morale.
                Il n’est pas besoin que j’étale
                Tout ce que l’un et l’autre dit.
                Le récit précédent suffit
Pour montrer que le peuple est juge récusable. 
                En quel sens est donc véritable 
                Ce que j’ai lu dans certain lieu,
                Que sa voix est la voix de Dieu ?
Annotations :
1. Gravure non signée.
2. 3e partie, Livre II, Fable 26.
La Fontaine s’inspire des premières lettres de la correspondance apocryphe d’Hippocrate. Le tome I de l’édition par Chartier de cette correspondance avait été imprimé en 1638. Une traduction française par Marcellin Bompart était parue en 1632 chez la veuve de Philippe Gaultier sous le titre : « Conférences d’Hippocrate et de Démocrite traduites du grec en français, avec un commentaire ». L’anecdote est racontée différemment par Elien (Histoires diverses, livre IV, 20). Les lettres sont commentées par l’avocat Prieur dans la 42e des Conférences académiques tenues chez Richesource, nov. 1660 (éd. 1663, pp. 589-590). Mention incidente chez Sénèque, Lettres à Lucilius, 79.