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Le mariage de la sainte Vierge - Deshays

SĂ©rie de l'image :
Date :
1763
Nature de l'image :
Peinture sur toile
Dimensions (HxL cm) :
104x62 cm
Sujet de l'image :
Sujet d’histoire sacrĂ©e. Mariage de la Vierge
Lieu de conservation :
Douai, Collégiale Saint-Pierre

Analyse

Livret du Salon de 1763 :

« Par M. Deshays, Adjoint à Professeur,
42. Le Mariage de la sainte Vierge.
Tableau de 19 pieds de haut, sur 11 pieds de large. »

Extraordinaire du Mercure de France, sept. 63, p. 25 :

« Le premier des tableaux de M. Deshays [26] non seulement par la grandeur de sa forme, mais par celle d ela composition & de l’effet, offre l’auguste & mystĂ©rieux spectacle du chaste mariage de la Sainte Vierge avec Saint Joseph. C’est plus qu’en PoĂ«te, c’est en ProphĂȘte inspirĂ© que le Peintre a traitĂ© ce Sujet, si simple en apparence, & devenu si noble par l’élĂ©vation de son gĂ©nie. Un Grand PrĂȘtre de la Loi de Moyse est debout & tournĂ© vers les Saints Époux, sur une Estrade en avant d’un Autel ou d’une Table, couverte de napes de lin. Il a les bras Ă©tendus, & le regard dirigĂ© vers une Gloire qui l’illumine. Rien de plus expressif & de plus divin que le caractĂšre de cette TĂȘte, oĂč sans effort d’imagination, on lit les grands MystĂ©res que Dieu rĂ©vĂ©le en ce moment Ă  son Pontife. Il semble voir & suivre dans le Ciel l’ordre des merveilles que l’éternelle Providence doit opĂ©rer dans la jeune Ă©pouse que l’on bĂ©nit. Ce n’est point par Ă©xagĂ©ration forcĂ©e dans le jeu des traits que le Peintre a donnĂ© ce sublime caractĂšre Ă  la tĂȘte du Grand-PrĂȘtre. Il a, pour ainsi dire imprimĂ©, avec la plus vive chaleur, dans cet enthousiasme divin, & la MajestĂ© du Dieu qui inspire, [27] & la dignitĂ© du MinistĂšre sacrĂ© qu’éxerce le Pontife. Autant d’intelligence caractĂ©rise la Figure de la Sainte Vierge qui reçoit aux pieds de ce Grand-PrĂȘtre l’Anneau conjugal des mains de Saint Joseph. C’est tout un autre genre de caractĂšre, mais c’est la mĂȘme justesse & le mĂȘme sublime. Une candeur cĂ©leste Ă©claire, embellit, & rend encore plus touchante, la beautĂ© simple & en mĂȘme-tems trĂšs-noble, que le Peintre a donnĂ©e Ă  la tĂȘte de la Vierge. Cette grande & majestueuse simplicitĂ© est prononcĂ©e d’une maniĂšre sensible, non-seulement sur la tĂȘte, mais encore sur toutes les parties de cette belle Figure.    
Le Saint Joseph a la juste expression qui lui convient, & dans un genre analogue Ă  la grande idĂ©e que le Peintre a conçue & trĂšs-bien rendue de ce saint HymĂ©nĂ©e. Deux jeunes LĂ©vites remplissent leurs fonctions aux pieds de l’Autel, dans un des angles infĂ©rieurs du Tableau.    
Si le Peintre a excellĂ© dans l’invention & dans ce que nous appellerons la composition poĂ«tique de son Sujet, il ne mĂ©rite pas moins d’admiration dans l’exĂ©cution pittoresque. On doit lui pardonner de s’ĂȘtre permis un peu de licence [28] contre l’austĂšre vĂ©ritĂ© du Costume Ă  l’égard des vĂȘtemens du Grand-PrĂȘtre, en faveur du grand & magnifique effet qui en rĂ©sulte. On ne peut rien voir de mieux entendu que le jet des draperies du sur-vĂȘtement de ce PrĂȘtre. L’enthousiasme semble y rĂ©gner, autant que dans le caractĂšre de la tĂȘte ; mais toujours avec une sagesse & une justesse de goĂ»t que nous ne pouvons trop louer. Le moĂ«lleux & la force qui caractĂ©risent Ă©minemment le pinceau de l’Auteur se font spĂ©cialement remarquer dans ce Tableau, le choix & l’effet des Ă©toffes, y sont Ă©galement admirables. Le sage ensemble dans lequel le Peintre a, comme nous l’avons dit plus haut, dĂ©signĂ© la divine vocation de la Vierge, est encore, si l’on peut dire, complettĂ© par le genre & l’exĂ©cution des belles draperies de cette Figure. Leur noble simplicitĂ©, l’entente & la sobriĂ©tĂ© des plis y sont parfaitement analogues, & le sont sans froideur, sans sĂ©xcheresse, & sur-tout sans cette roideur si difficile Ă  Ă©viter, lorsque l’on pratique cette sorte de maniĂšre de draper. la magien du clair obscur & de l’effet du coloris, a Ă©tĂ© pratiquĂ©e, Ă  ce qu’il nous semble, avec [29] un succĂšs Ă©tonnant dans tout ce Tableau ; nous l’avons particuliĂ©rement remarquĂ©e sur les deux jeunes LĂ©vites, tous deux vĂȘtus de lin, postĂ©s trĂšs-prĂšs l’un de l’autre, & joignant des linges qui couvrent l’Autel. L’art des effets, dans tous ces mĂȘmes blancs, est si heureusement employĂ©, que les objets & chaque partie des objets, sont d’une distinction sensible, en mĂȘme-temps de la plus grande vĂ©ritĂ©, & d’une grande perfection d’accord avec les autres objets, dans l’ensemble du Tableau, duquel un des grands mĂ©rites est la beautĂ© de l’harmonie gĂ©nĂ©rale. Cette masse que forment les jeunes LĂ©vites, produit encore, relativement Ă  d’autres effets, un avantage qui ne nous a pas Ă©chappĂ©. Comme elle est posĂ©e dans l’angle infĂ©rieur du Tableau qui rĂ©pond Ă  l’angle supĂ©rieur oĂč est la Gloire, elle contribue admirablement Ă  Ă©tendre & Ă  Ă©largir le grand effet de lumiĂšre qui frappe sur la partie dominante de toute cette grande & riche composition.    
Nous aurions Ă  faire remarquer l’éclat de cette Gloire, les rapports ingĂ©nieux & agrĂ©ables d’effet des accessoires avec les parties principales, jusques dans les fleurs dont sont jonchĂ©s les gradins [30] de l’Autel & le pavĂ© du Temple : mais nous serions peut-ĂȘtre prolixes, sans ĂȘtre pour cela assez exacts. Il est des objets pour lesquels toute description est insuffisante : ce beau Tableau est de ce nombre. Qu’il nous soit permis, avant de finir, d’adresser un reproche bien fondĂ© Ă  notre Capitale, sur ce qu’elle abandonne en quelque sorte, aux temples des Provinces, des morceaux de distinction, tels que celui-ci & d’autres que l’on pourroit citer, qui devroient rester dans son sein pour servir de monumens Ă  sa splendeur & Ă  la gloire de nos Arts. Il est plus que singulier que ceux auxquels ets confiĂ© l’entretien des Temples, fassent en Province plus d’efforts de dĂ©penses pour enlever Ă  la Capitale des productions de prix, que l’on ne daigne en faire pour les y conserver. »

Mathon de La Cour, Lettre II :

« Nous en Ă©tions aux Tableaux de M. Deshays. Le premier reprĂ©sente le mariage de la sainte Vierge : [27] Marie & Joseph sont Ă  genoux sur les marches d’un Autel, aux pieds du Pontife qui les unit ; deux Acolytes, quelques spectateurs & des Anges portĂ©s sur des nuĂ©es, remplissent le reste du Tableau. Il y a du feu & de l’harmonie dans cette composition ; elle fait beaucoup d’effet ; il y regne un beau ton de couleur : le Pontife est saisi d’un enthousiasme qui se communique aux spectateurs ; mais l’équilibre n’est pas assez observĂ© dans la figure de l’un des Acolytes. S. Joseph est bien ; la sainte Vierge pourroit ĂȘtre mieux : les Anges auroient bien fait de n’y pas paroĂźtre du tout. Je ne sais point pourquoi M. Deshays les a invitĂ©s Ă  ce mariage. C’est un des Ă©vĂ©nemens les moins importans de la vie de la sainte Vierge, & il me semble que c’est celui qui doit le moins intĂ©resser la Cour cĂ©leste. Les dĂ©corations du Temple pourroient faire un objet aussi agrĂ©able ; le Tableau auroit eu plus de profondeur, [28] & les figures principales sortiroient d’une maniere plus heureuse.    
Il me reste encore un reproche Ă  faire Ă  M. Deshays.Les Juifs ne se marioient point dans le Temple : le mariage Ă©toit chez eux un contrat civil, qui n’étoit revĂȘtu d’aucune cĂ©rĂ©monie de religion : il se faisoit dans l’intĂ©rieur des maisons, en prĂ©sence des parens ; les PrĂȘtres ne s’en mĂȘloient pas. D’ailleurs, on ignoroit alors l’usage des flambeaux de cire, & on ne se servoit que de lampes. Il est fĂącheux que toutes ces parties du costume aient Ă©tĂ© oubliĂ©es dans le Tableau dont nous parlons. Je sens qu’on m’opposera l’exemple des autres Peintres ; mais les abus ne deviennent pas des regles ; les usages ne peuvent pas servir d’excuse Ă  des hommes de gĂ©nie. Plusieurs fautes de ce genre ont Ă©chappĂ© aux plus grands MaĂźtres dans des temps d’ignorance : elles ne sont pas pardonnables dans un siecle plus [29] Ă©clairĂ©. Le Brun ni le Sueur ne se les seroient certainement pas permises. L’Art ne gagne rien Ă  ces sortes de licences ; au contraire, une cĂ©rĂ©monie Ă©trangere est plus pittoresque : elle intĂ©resse davantage, & elle prĂȘte bien plus Ă  l’art du Peintre. »

Annotations :

2. La collégiale Saint-Pierre de Douai fut entiÚrement reconstruite de 1735 à 1750.

Composition de l'image :
ScĂšne (espace vague/espace restreint)
Objets :
Spectateur au premier plan
Personnage de dos
Marches
Les personnages font cercle autour de la scĂšne
La scĂšne a un public
GĂ©nie, dieu ou ange volant
Autel
Sources textuelles :
Évangile de Matthieu
1, 16 (simple allusion)
Évangiles apocryphes chrĂ©tiens
ProtĂ©vangile de Jacques, 8, 1-3 (Pl. 90-91) ; Év. du Ps.-Mathieu, 8, 3-5 (128)
J. de Voragine, La Légende dorée, La Nativité de la bienheureuse Vierge Marie
GF II 176-177
Sujet de recherche :
Julie GiniĂšs, Le Salon de 1763 de Diderot, genĂšse d’une mĂ©thode

Informations techniques

Notice #000748

Image HD

Identifiant historique :
A0067
Traitement de l'image :
Scanner
Localisation de la reproduction :
Paris, BibliothĂšque de l’École normale supĂ©rieure
Bibliographie :
J. Chouillet, R. May, E.-M. Bukdahl, Diderot & la crit. de Salon, Langres, 1984
n° 8, p. 55
G. Faroult, G. Scherf, Ch. Leribault &alii, L’AntiquitĂ© rĂȘvĂ©e, Gallimard, 2010
fig. 65, p. 93