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Ixion trompé par Junon - Rubens

Notice #000872

Image HD

Auteur(s) :
Rubens, Pierre Paul (1577-1640)
Date :
1615
Nature de l'image :
Peinture sur toile
Sujet de l'image :
Sujet mythologique. Ixion
Lieu de conservation :
Paris, Musée du Louvre
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
RF 2121
Sujet de recherche :
Stéphane Lojkine, L’État de nature (en préparation)
Traitement de l'image :
Image web
N° de commande :
Localisation de la reproduction :
https://www.pop.culture.gouv.fr/ (Plateforme Ouverte du Patrimoine, Joconde)

Analyse

Analyse de l'image :
Après la révolte de son peuple, Ixion, roi des Lapithes, a été recueilli par Jupiter dont il est l’hôte et l’échanson. Il cherche à séduire Junon. Celle-ci prévient Jupiter et envoie son simulacre à Ixion, afin que Jupiter puisse prendre Ixion en flagrant délit sans que l’honneur de la déesse soit entaché. A gauche, Ixion embrasse la fausse Junon. A droite, la vraie Junon, reconnaissable au paon, délègue à la Ruse, reconnaissable à la peau de renard, le soin de manipuler son simulacre. Hymen (reconnaissable au flambeau) détourne Junon (la vraie) d’Ixion et la retourne vers Jupiter qui assiste songeur à la scène. A gauche, la Discorde aux cheveux de serpents désigne Ixion et annonce le châtiment infernal.
    La composition se lit comme une progression allégorique, de l’obscurité à gauche vers la lumière à droite. On va de la Discorde aux cheveux de serpent, en haut à gauche, et du désordre des passions, vers l’ordre de Jupiter, en haut à droite. Le point de basculement du monde des passions déchaînées vers le règne de l’ordre matrimonial et de la loi, c’est la Ruse, qui occupe la position centrale.
    La Ruse manipule la tête de la fausse Junon, des doigts de sa main droite, les yeux tournés vers la vraie Junon dont elle guette les ordres. La position de la vraie Junon est étrange au 1er abord, mais s’explique allégoriquement : Junon se tient sa tête, c’est elle-même qui se gouverne, alors que la fausse Junon est gouvernée par autrui.
    Nul ne doit regarder la mise en œuvre de la ruse (ce n’est donc pas à proprement parler une scène) : c’est pourquoi la divinité de la Ruse se prépare à envelopper les amants d’une étoffe rouge. Junon se détourne, elle est entraînée par Hymen vers Jupiter. Mais plusieurs indices nous suggèrent qu’elle n’a pas été insensible à la tentation : le voile rouge reflète sa couleur à la fois sur le bas ventre d’Ixion et sur les fesses de la vraie Junon ; il les relie donc subrepticement. D’autre part, Junon, qui est déjà partie rejoindre Jupiter, tourne la tête vers Ixion, peut-être pas jusqu’à le voir, mais bien dans un mouvement de regret, ou au moins de connivence avec la Ruse qui guette ses ordres. Ruse pour qui ? Ruse pour quoi ?
   La fausse Junon intrigue au premier abord : pour une nuée, elle paraît bien en chair. On opposera cependant sa peau blanche, où le rouge de l’étoffe que tend la Ruse ne se reflète pas, au rose et au rouge de la vraie Junon. Son regard d’autre part est vide : c’est un regard de poupée, c’est l’œil apparemment mort d’un piège vivant.
    La composition de ce tableau, dont le sujet est rare, est par ailleurs peut-être contaminée par celui plus courant du jugement de Pâris : un homme, Ixion à gauche, est place face à trois déesses, la fausse Junon, la ruse et la vraie Junon. Curieusement, c’est à Vénus que la vraie Junon accompagnée de son putto ressemble, tandis que la Ruse emprunte à Minerve et que la fausse Junon prend l’air froid et presque sévère qui devrait être celui de la vraie.
Annotations :
2. Vente De Amory, Amsterdam, 1722. En 1766, le tableau appartenait à Sir Gregory Page Turner. Il fut acquis par M. Agar Welbore Ellis, du fils de ce dernier propriétaire, et passa ensuite dans la collection du comte de Grosvenor. Collection du duc de Westminster au XIXe siècle, Londres, Grosvenor House ; legs du baron Basile de Schlichting au Musée du Louvre, Paris, 1914.
3. Hogarth mentionne un « Junon et Ixion » du Corrège : « Mais c’est dans les ouvrages du Corrège que le principe de la ligne serpentine paraît le mieux entendu, surtout dans son tableau de Junon et Ixion, quoique d’ailleurs les proportions de ses figures soient quelquefois si mauvaises, qu’un peintre d’enseignes pourrait les dessiner mieux. » (Préface de l’Analyse de la beauté, ensb-a, p. 34.)
Le sujet a également été peint par Christiaen van Couwenbergh (musée du Louvre, RF3772).
Théophile de Viau a consacré un poème à Ixion, pubié dans divers recueils satiriques de son vivant (mais pas dans ses œuvres) :
Je songeais que Philis des Enfers revenue,
Belle comme elle était à la clarté du jour,
Voulait que son fantôme encore fît l’amour
Et que comme Ixion j’embrassasse une nue.
Son ombre dans mon lit se glissa toute nue
Et me dit : Cher Tircis, me voici de retour,
Je n’ai fait qu’embellir en ce triste séjour
Où depuis ton départ le sort m’a retenue.
Je viens pour rebaiser le plus beau des amants,
Je viens pour remourir dans tes embrassements.
Alors, quand cette idole eut abusé ma flamme
Elle me dit : Adieu, je m’en vais chez les morts.
Comme tu t’es vanté d’avoir foutu mon corps,
Tu pourras te vanter d’avoir foutu mon âme.