Aller au contenu principal

Jupiter et Junon sur le mont Ida, endormis par Morphée - Lagrenée

Série de l'image :

Notice précédente Notice n°21 sur 102 Notice suivante

Date :
Entre 1767 et 1774
Nature de l'image :
Peinture sur toile
Dimensions (HxL cm) :
121x97 cm
Lieu de conservation :
Œuvre signée
Œuvre datée

Analyse

Livret du Salon de 1767 :

« Par M. La Grenée, Professeur.
19. […]
20. Jupiter & Junon sur le Mont Ida, endormis par Morphée. Sujet tiré de l’Iliade.
Tableau ceintré, de 9 pieds 3 pouces de haut, sur 3 pieds de large, destiné pour la Chambre à coucher du Roi à Belle-Vue. »

Commentaire de Diderot dans le Salon de 1767 :

« Jupiter et Junon sur le mont Ida, endormis par Morphée
Tableau de trois pieds neuf pouces de haut, sur trois pieds de large.
A droite, c’est un Morphée très agréablement posé sur des nuées ; il déploie deux grandes ailes de chauve-souris à désespérer notre ami M Le Romain qui a pris les ailes en aversion. Jupiter est assis. Morphée le touche de ses pavots, et sa tête tombe en devant. Mais qu’est-ce que ces nuées lanugineuses qui le ceignent ? Sa chair est d’un jeune homme et son caractère d’un vieillard.
Sa tête est d’un Silène, petite, courte, enluminée. Les artistes diront bien peinte, mais laissez-les dire. La couronne chancelle sur cette tête. Junon, sur le devant, à droite, a la main droite posée sur celle de Jupiter assoupi ; le bras gauche étendu sur ses propres cuisses, et la tête appuyée contre la poitrine de son époux. Le bras gauche de Jupiter est passé sur les reins de sa femme, et son bras droit est porté sur des nuées vraiment assez solides pour le soutenir. Quoi, c’est là cette tête majestueuse, cette fière Junon ? Vous vous moquez, monsieur de Lagrenée. Je la connais. Je l’ai vue cent fois chez le vieux poète. La vôtre, c’est une Hébé, c’est une vestale ; c’est une Iphigénie, c’est tout ce qu’il vous plaira. Mais dites-moi s’il y a du sens à l’avoir vêtue et si modestement vêtue. Vous ne savez donc pas ce qu’elle est venue faire là ? Elle devait être nue, toute nue, vous dis-je ; sans autre ornement que la ceinture de Vénus qu’elle emprunta ce jour qu’elle avait le dessein intéressé de plaire à son époux. (Bonne leçon pour vous, époux de Paris, époux de tous les lieux du monde. Méfiez-vous de vos femmes, lorsqu’elles prendront la peine de se parer pour vous : gare la requête qui suivra.) Et vous appelez cela la jouissance du souverain des dieux, et de la première des déesses ! Et ce Jupiter-là, c’est celui qui ébranle l’Olympe du mouvement de ses noirs sourcils ? Est-ce que Morphée ne pouvait être mieux désigné que par ses ailes de nuit ? Et le lieu de la scène, où est le merveilleux et le sauvage ? Où sont ces fleurs qui sortirent subitement du sein de la terre, pour former un lit à la déesse, un lit voluptueux au milieu des frimas, de la glace et des torrents ? Où est ce nuage d’or d’où tombaient des gouttes argentées, qui descendit sur eux et qui les enveloppa. Vous allez me faire relire l’endroit d’Homère et vous n’y gagnerez pas.
« Le dieu qui rassemble les nuages dit à son épouse : « Rassurez-vous. Un nuage d’or va vous envelopper ; et le rayon le plus perçant de l’astre du jour ne vous atteindra pas. » A l’instant, il jeta ses bras sacrés autour d’elle. La terre s’entrouvrit et se hâta de produire des fleurs.
On vit descendre au-dessus de leurs têtes le nuage d’or, d’où s’échappaient des gouttes d’une rosée étincelante. Le père des hommes et des dieux enchaîné par l’Amour et vaincu par le Sommeil s’endormait ainsi sur la cime escarpée de l’Ida ; et Morphée s’en allait à tire-d’aile vers les vaisseaux des Grecs, annoncer à Neptune qui ceint la terre, que Jupiter sommeillait. »
Le moment que l’artiste a choisi est donc celui où l’Amour et le Sommeil ont disposé de Jupiter, et je demande si l’on aperçoit dans toute sa composition le moindre vestige de cet instant d’ivresse et de volupté. O Vénus, c’est en vain que tu as prêté ta ceinture à Junon ; cet artiste la lui a bien arrachée. Je vois une jouissance dans le poète. Je ne vois ici qu’une jeune fille qui repose ou qui fait semblant de reposer sur le sein de son père... Et le faire? Oh toujours très beau ; les étoffes ici sont même plus rompues, moins entières que dans ses autres compositions. Et cette tête de Jupiter dont j’ai très mal parlé ? Vraiment bien peinte ; c’est un Jupiter bien colorié, bien vigoureux, bien chaud, barbe bien faite, ho pour cela, bien empâté. Mais son grand front, mais ces cheveux qui se mirent une fois à flotter sur la tête du dieu ; mais ces os saillants et larges de l’orbite qui renfermaient ses grandes paupières et ses grands yeux noirs ; mais ces joues larges et tranquilles ; mais l’ensemble majestueux et imposant de son visage, où est-il ? Dans le poète. » (Bouquins, p. 561-562, CFL VII 87-89)

Annotations :

1. Signé et daté en bas à droite : « L. J Lagrenee 1774 »

2. Réplique datée de 1774 de l’original perdu exposé au Salon de 1767, peint pour être placé entre deux croisées dans la chambre du roi au château de Bellevue.

Vente Tajan, jeudi 24 juin 2004, lot 56.

Sources textuelles :
Homère, Iliade, chant 14 (Zeus trompé par Héra)
v. 341-359

Informations techniques

Notice #010325

Image HD

Identifiant historique :
A9644
Traitement de l'image :
Image web