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Les trois princes de Serendip (Dessins pour les Voyages imaginaires) - Marillier

Date :
1786
Nature de l'image :
Dessin (lavis)
Sujet de l'image :
Reserve 4-EF-79
LĂ©gende

Analyse

Les Trois Princes de Serendip sont les trois fils du roi de Serendip, c’est-Ă -dire de Ceylan. Le roi les met Ă  l’épreuve avant qu’ils puissent lui succĂ©der et les envoie en voyage. Ils rencontrent en chemin un chamelier qui a perdu son chameau, et le lui dĂ©crivent trĂšs prĂ©cisĂ©ment avec ses infirmitĂ©s et son chargement aors qu’ils ne l’ont pas vu. PersuadĂ© qu’ils le lui ont volĂ©, le chamelier les fait jeter en prison, mais le chameau est retrouvĂ©. Les trois princes deviennent aloes les favoris de l’empereur Behram, qui Ă  son tour les met Ă  l’épreuve. Son aĂŻeul possĂ©dait autrefois un miroir magique qui se trouve maintenant en possession de la reine des Indes, qui ne veut pas le lui rendre car son royaume est lui-mĂȘme menacĂ© par une main dans le ciel. Cette main prenait chaque jour un homme qu’elle jetait Ă  la mer, mais depuis qu’on lui a prĂ©sentĂ© le miroir elle ne prend plus qu’un animal. La reine ne rendra le miroir que si on la dĂ©barrasse de la main, ce que font les trois princes. La reine propose alors d’épouser un des princes, qui accepte aprĂšs qu’ils auront rendu le miroir et obtenu l’accord de leur pĂšre.
Ils repartent avec le miroir auprĂšs de l’empereur Behram, qui dĂ©pĂ©rit : il est tombĂ© amoureux d’une esclave, Diliram, qui s’est montrĂ©e insolente. Il l’a alors condamnĂ©e Ă  ĂȘtre dĂ©vorĂ©e paer les bĂȘtes sauvages dans la forĂȘt. Mais pris de remords il l’a envoyĂ©e rechercher dans la forĂȘt. Diliram cependant avait marchĂ©, retrouvĂ© la route et rencontrĂ© un marchand, qui l’avait emmenĂ©e avec elle, de sorte que les Ă©missaires de Behram ne la retrouvent pas dans la forĂȘt.
Pour guĂ©rir l’empereur, les princes de Serendip lui recommandent de construire sept chĂąteaux et d’installer dans chacun une princesse et un conteur, puis de voyager perpĂ©tuellement de chĂąteau en chĂąteau, en changeant chaque jour. La suite du recueil est la suite des histoires racontĂ©es par les conteurs.

Ce dessin illustre la premiĂšre nouvelle. Le roi Oziam demande Ă  son favori philosophe ce qu’il pense de la mĂ©tempsycose. Celui-ci lui parle d’un jeune homme dont l’esprit Ă©tait capable d’entrer dans le corps d’un animal qu’il avait tuĂ© Ă  la chasse, puis de revenir Ă  son corps. Le roi Ă©tant incrĂ©dule, le philosophe en fait l’expĂ©rience devant lui avec un moineau. Le philosophe apprend les formules magiques au roi, qui s’en sert pour bien gouverner ses sujets, en les espionnant sous la forme d’un oiseau. Le roi apprend Ă  son tour le secret Ă  son visir qui s’en sert pour s’emparer du corps du roi et usurper le royaume.
Mais l’une des femmes du roi (qui sera dĂ©signĂ©e dans la suite du rĂ©cit comme la reine), dont le faux roi sollicite les caresses, n’est pas dupe et se refuse Ă  lui.
Pendant ce temps l’esprit du vrai roi, qui est entrĂ© dans une biche, passe dans un perroquet et se laisse prendre par un oiseleur pour revenir Ă  la ville. Le perroquet libĂšre tous les autres oiseaux, mais charme l’oiseleur par sa conversation. A la ville, l’oiseleur surprend une contestation entre une courtisane et un cavalier : la courtisane lui rĂ©clame 100 Ă©cus pour avoir rĂȘvĂ© qu’elle passait la nuit avec lui ; le cavalier se moque d’une telle prĂ©tention et refuse. Le perroquet donne son jugement : il fait installer un miroir sur une table, demande au cavalier de poser les cdent Ă©cus devant, et invite la courtisane Ă  se payer avec les Ă©cus qui sont dans le miroir

La reine entend parler de ce jugement, soupçonne immĂ©diatement que l’esprit du roi est dans le corps du perroquet et persuade l’oiseleur de le lui vendre. Pendant deux ans, elle couvre le perroquet d’attentions et nĂ©glige le faux roi, pourtant follement amoureux d’elle. Le perroquet lui fait finalement entiĂšre confidence de son aventure et convient avec elle d’une ruse pour recouvrer son corps de roi.
Alors que le faux roi (en fait le visir perfide) entre dans la chambre de la reine pour lui faire sa cour, celle-ci lui dĂ©clare ses soupçons. Pour la dĂ©tromper, le faux roi lui demande de faire apporter une poule : c’est la scĂšne qui est ici illustrĂ©e. Il Ă©trangle la poule et fait passer son esprit en elle : on la voit au 1er plan sur la droite. La reine ouvre alors la cage du perroquet, dont l’esprit passe aussitĂŽt dans le corps du roi. On le voit ici perchĂ© sur l’épaule du roi mort, prĂȘt Ă  entrer en lui.

Le roi ensuite coupe la tĂȘte de la poule, la fait brĂ»ler et dĂ©clare le perroquet mort. Il dĂ©crĂšte une semaine de rĂ©jouissances et rĂ©pudie ses trois autres femmes qui se sont prĂȘtĂ©es au commerce du vizir. L’histoire se conclut avec un jugement qu’il rend, symĂ©trique de celui qu’il a rendu comme perroquet : un jeune homme amoureux d’une courtisane, nommĂ©e Thonis, ne peut l’obtenir car elle se vend Ă  trop haut prix. Une nuit, il rĂȘve qu’il la possĂšde et le lendemain lui dĂ©clare qu’il a eu ce qu’il voulait et ne l’importunait plus. Furieuse, Thonis rĂ©clame justice, prĂ©tendant que le jeune homme refuse de payer le plaisir qu’il a obtenu d’elle. Le roi fait apporter un vase rempli de la somme rĂ©clamĂ©e par Thonis. Qu’elle se repaisse en imagination de l’argent qui est Ă  l’intĂ©rieur !

Annotations :

1. Au-dessus du dessin à gauche « les trois princes de Serendip », à droite « n° 48 ».
Légende dans le cartouche sous le dessin « La Reine voyant cela ouvrit aussi-tÎt la porte de la cage. »
2. Gravure aprùs la p. 
 du volume 25 des Voyages imaginaires.
Ce conte persan est publiĂ© pour la 1Ăšre fois en 1557 par l’imprimeur vĂ©nitien Michele Tramezzino, qui le prĂ©tend traduit du persan en italien par un certain Cristoforo Armeno ; mais il s’girait plutĂŽt d’une compilation de contes persans et indiens par Tramezzino lui-mĂȘme. L’histoire s’inspire d’épisodes de la vie du roi de Perse Vahram V, qui rĂ©gna sur l’Empire sassanide de 420 Ă  438. Une premiĂšre traduction française paraĂźt en 1610, une seconde par Louis de Mailly, trĂšs augmentĂ©e, en 1719.
3. Voir le frontispice et les 7 gravures de la traduction anglaise : The travels and adventures of three princes of Sarendip. Intermixed with eight delightful and entertaining novels, Londres, Will. Chetwood, 1722.

Sources textuelles :
Mailly d’aprùs Tramezzino, Voyages & aventures des 3 princes de Serendip (1719)
PremiĂšre nouvelle

Informations techniques

Notice #012403

Image HD

Identifiant historique :
B1722
Traitement de l'image :
Photo numérique
Localisation de la reproduction :
Collection particuliĂšre (Cachan)