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Zuleïman et Zaïde (Denis Diderot, Les Bijoux indiscrets, 1748, fig. 9)
Zuleïman et Zaïde (Denis Diderot, Les Bijoux indiscrets, 1748, fig. 9)

Notice #001284

Image HD

Série de l'image :
[Denis Diderot], Les Bijoux indiscrets, Au Monomotapa [Paris, Durand, 1748]
Date :
1748
Date incertaine
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Département Littérature et art
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Y2 12479 (2)
Traitement de l'image :
Scanner
N° de commande :
Photo sur papier
Localisation de la reproduction :
Montpellier, Inst. de rech. sur la Renaissance l’âge classique & les Lumières

Analyse

Analyse de l'image :

La gravure représente la seconde scène du chapitre LII (ou II, 19). Mangogul, au fond, observe à la dérobée l’entrevue de Zuleïman et de Zaïde, les amants parfaits. Zaïde attire à elle Zuleïman, qu’elle a pris par l’épaule. Les mains de Zuleïman signifient théâtralement le discours qu’il tient à sa maîtresse. L’objet du discours est en quelque sorte circonscrit par les deux mains placées de part et d’autre du « bijou » de Zaïde. Mais Zuleïman est impuissant. Les deux amants sont assis dans un sopha orné, en son centre, d’une coquille saint-Jacques, symbole de Vénus. Au-dessus du sopha, un tableau représente un homme assis contre un arbre et une femme debout et dansant, le bras gauche levé. Au fond, Mangogul est appuyé sur son coude droit, en signe de mélancolie jalouse. De la main gauche, il désigne la fenêtre, comme s’il avait l’intention de se détourner de la scène du 1er plan. Au-dessus de lui, sur le mur, une gypserie en forme de masque comique semble regarder la scène, comme pour signifier sa dimension parodique.

« [Mangogul] trouva Zaïde dans le cabinet de la veille. Zuleïman y était avec elle. Il tenait les mains de sa maîtresse dans les siennes et il avait les yeux fixés sur les siens  : Zaïde, penchée sur ses genoux, lançait à Zuleïman des regards animés de la passion la plus vive. Ils gardèrent quelque temps cette situation  ; mais cédant au même instant à la violence de leurs désirs, ils se précipitèrent entre les bras l’un de l’autre, et se serrèrent fortement. Le silence profond qui, jusqu’alors, avait régné autour d’eux, fut troublé par leurs soupirs, le bruit de leurs baisers, et quelques mots inarticulés qui leur échappaient... « Vous m’aimez !... – Je vous adore !... – M’aimerez-vous toujours ?... – Ah ! le dernier soupir de ma vie sera pour Zaïde !... » Mangogul, accablé de tristesse, se renversa dans un fauteuil, et se mit la main sur les yeux. Il craignit de voir des choses qu’on imagine bien, et qui ne furent point... Après un silence de quelques moments  : «  Ah  ! cher et tendre amant, que ne vous ai-je toujours éprouvé tel que vous êtes à présent  ! dit Zaïde, je ne vous en aimerais pas moins, et je n’aurais aucun reproche à me faire... Mais tu pleures, cher Zuleïman, Viens, cher et tendre amant, viens, que j’essuie tes larmes... Zuleïman, vous baissez les yeux  : qu’avez-vous  ? Regardez-moi donc... Viens, cher ami, viens, que je te console  : colle tes lèvres sur ma bouche  ; inspire-moi ton âme  ; reçois la mienne  : suspends... Ah  ! non... non...  » Zaïde acheva son discours par un soupir violent, et se tut. L’auteur africain nous apprend que cette scène frappa vivement Mangogul  ; qu’il fonda quelques espérances sur l’insuffisance de Zuleïman, et qu’il y eut des propositions secrètes portées de sa part à Zaïde qui les rejeta, et ne s’en fit point un mérite auprès de son amant. » (DPV III 248)

Annotations :

1. Le placement de la gravure est indiqué en haut à droite : « T.2. Pag.379. »
3. Peut-être cette gravure a-t-elle pour modèle celle, un peu plus petite (5,3x9,3 cm), qui illustre le chap. 11 du livre IV de Tanzaï et Néadarné, le roman de Crébillon, dans l’édition de 1740. Elle représente le génie Jonquille tentant de violer Néadarné sur un divan. Mais celle-ci, victime d’un sortilège, a perdu son sexe et ne peut sans son propre consentement être désenchantée.