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Th. jouit des tableaux & des livres du Comte (Thérèse philosophe, Londres, 1782)

Notice #013123

Image HD

Série de l'image :
[Boyer d’Argens,] Thérèse philosophe. Avec figures, Londres, 1782, 2 vol.
Entre 1782 et 1783
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Lieu de conservation :
Munich, Bayerische Staatbibliothek
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
1124709 Rem.IV 1353-2
Traitement de l'image :
Image web

Analyse

Analyse de l'image :
Le comte remarque que Thérèse n’apprécie pas pleinement les cadeaux qu’il lui fait, consciente qu’elle ne lui donne pas en retour ce qu’il désire. Il lui propose de déménager dans sa chambre ses tableaux et ses livres : elle gagnera désormais ses présents par les lectures qu’elle fera.
    « Tout fut porté par vos ordres dans ma chambre. Je dévorai des yeux, ou pour mieux dire je parcourus tout à tour pendant les quatre premiers jours l’Histoire du Portier des Chartreux, la Tourrière des Carmélite, l’Académie des Dames, les Lauriers Ecclésiastiques, Thémidore, Frétillon, & nombre d’autres de cette espèce, que je ne quittai que pour examiner avec avidité des tableaux où le spostures le splus lascives étoient rendues avec un coloris & une expression qui portoient un feu brûlant dans les moindres parties de mon individu.
    Le cinquième jour, après une heure de lecture, je tombai dans une espèce d’extase. Couchée sur mon lit, les rideaux ouverts de toutes parts, deux tabeaux (les Fêtes de Priape & les Amours de Mars & de Vénus) me servoient de perspective. L’imagination échauffée par les attitudes qui y étoient représentées, je me débarrassai des draps é des couvertures, & sans réfléchir si la porte de ma chambre étoit bien fermée, je me mis en devoir d’imiter toutes les postures que je voyois.Chaque figure m’inspiroit le sentiment que le peintre lui avoit donné. Deux Athletes, qui étoien à la partie gauche du tableau des Fêtes d ePriape, m’enchantoient & me transportoient, par la conformité du goût de la petite femme au mien. Machinalement ma main droite se prta où celle de l’homme étoit placée, & j’étois au moment d’y enfoncer mon doigt, lorsque la réflexion me retint. J’apperçus l’illusion, & le souvenir des conditions de notre gageure me força à lâcher prise.
    Que j’étois bien éloignée de vous croire spectateur de mes foiblesses, si ce doux penchant de la nature en est une : & que j’étois folle, grands Dieux ! de résisiter aux plaisirs inexprimables d’une jouissance réelle ! Tels sont les effets du préjugé ; il nous aveugle, il est notre tyran […]
    Quelle suprise ! quel heureux moment ! vous parûtes tout-à-coup, plus fier,plus brillant que Mars ne l’étoi dans le tableau. Une légère robe de chambre qui vous couvroit fut arrachée… »