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L’ingratitude & l’injustice… (La Fontaine, Desaint et Saillant, 1755) - Oudry

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Date :
1756
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Burin et eau-forte
Sujet de l'image :
Rés YE 115, Tome III, livre 7, Fable 138
Œuvre signée
Légende

Analyse

L’ingratitude et l’injustice des hommes envers la fortune

Un Trafiquant sur mer par bonheur s'enrichit.
Il triompha des vents pendant plus d'un voyage,
Gouffre, banc, ni rocher, n'exigea de péage
D'aucun de ses ballots ; le sort l'en affranchit.
Sur tous ses compagnons Atropos et Neptune
Recueillirent leur droit, tandis que la Fortune
Prenait soin d'amener son Marchand à bon port.
Facteurs, associés, chacun lui fut fidèle.
Il vendit son tabac, son sucre, sa cannelle.
       Ce qu'il voulut, sa porcelaine encor :
Le luxe et la folie enflèrent son trésor ;
             Bref il plut dans son escarcelle.
On ne parlait chez lui que par doubles ducats.
Et mon homme d'avoir chiens, chevaux et carrosses.
             Ses jours de jeûne étaient des noces.
Un sien ami, voyant ces somptueux repas,
Lui dit : Et d'où vient donc un si bon ordinaire ?
Et d'où me viendrait-il que de mon savoir-faire ?
Je n'en dois rien qu'à moi, qu'à mes soins, qu'au talent
De risquer à propos, et bien placer l'argent.
Le profit lui semblant une fort douce chose,
Il risqua de nouveau le gain qu'il avait fait :
Mais rien, pour cette fois, ne lui vint à souhait.
             Son imprudence en fut la cause.
Un vaisseau mal frété périt au premier vent.
Un autre mal pourvu des armes nécessaires
             Fut enlevé par les Corsaires.
             Un troisième au port arrivant,
Rien n'eut cours ni débit. Le luxe et la folie
             N'étaient plus tels qu'auparavant.
             Enfin ses facteurs le trompant,
Et lui-même ayant fait grand fracas, chère lie,
Mis beaucoup en plaisirs, en bâtiments beaucoup,
             Il devint pauvre tout d'un coup.
Son ami le voyant en mauvais équipage,
Lui dit : D'où vient cela ? De la fortune, hélas !
Consolez-vous, dit l'autre ; et s'il ne lui plaît pas
Que vous soyez heureux ; tout au moins soyez sage.
             Je ne sais s'il crut ce conseil ;
Mais je sais que chacun impute en cas pareil
             Son bonheur à son industrie,
Et si de quelque échec notre faute est suivie,
             Nous disons injures au sort.
             Chose n'est ici plus commune :
Le bien nous le faisons, le mal c'est la Fortune,
On a toujours raison, le destin toujours tort.

Annotations :

1. Signé sous la gravure en bas à gauche « J. B. Oudry inv. », à droite « J. Ouvrier sculp. »
Légende dans le cartouche : « L’INGRATITUDE ET L’INJUSTICE DES HOMMES ENVERS LA FORTUNE. Fable CXXXVIII. »
2. Fables choisies mises en vers…, tome troisième.

Sources textuelles :

Informations techniques

Notice #014333

Image HD

Identifiant historique :
B3652
Traitement de l'image :
Image web
Localisation de la reproduction :
Bibliothèque numérique Gallica, Bibliothèque nationale de France (https://gallica.bnf.fr)