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Les Femmes et le Secret (Fables de La Fontaine, 1678, 3eP) - atelier de Chauveau

Notice #001585

Image HD

Série de l'image :
Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, 3e p., Thierry&Barbin, 1678
Auteur(s) :
Chauveau, François (1613-1676)
Date :
1678
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 17e siècle
Lieu de conservation :
Versailles, Bibliothèque municipale centrale
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Rés. B 240
Traitement de l'image :
Photo numérique
N° de commande :
Localisation de la reproduction :
Collection particulière

Analyse

Analyse de l'image :
Un couple assis sur un lit est protégé des éventuels regards indiscrets qui pourraient venir de la porte, du dehors, par un rideau de lit qui le place dans l’ombre. Cet espace à l’ombre constitue l’espace restreint de la scène. Le mari montre à sa femme un œuf et lui fait croire, en lui demandant de garder le secret, qu’il l’a pondu. L’action théâtrale qui occupe l’espace restreint est le discours du mari. L’espace restreint est un espace intime, de l’ombre et du secret. Le secret est figuré par le geste du mari portant l’index à ses lèvres. La femme, objet du mystère (saura-t-elle garder le secret ?), est représentée de dos, le visage dans l’ombre, interdisant ainsi le regard du spectateur. L’extérieur est figuré par une série de décrochements à droite : l’œil dépasse d’abord le lit, puis franchit la porte pour se retrouver dans une seconde pièce, plus éclairée, où se trouve une table et un miroir. Le miroir fonctionne comme une fenêtre, ouvrant sur le réel. L’espace vague est l’espace de la lumière (qui se réfléchit dans le miroir), de l’intrusion : n’importe qui pourrait entrer dans la chambre et surprendre le « secret ».
   
   Texte de la fable :
                  Rien ne pèse tant qu’un secret ;       Le porter loin est difficile aux Dames :                Et je sais même sur ce fait                Bon nombre d’hommes qui sont femmes. Pour éprouver la sienne un Mari s’écria La nuit étant près d’elle : Ô Dieux ! qu’est-ce cela ?                Je n’en puis plus ; on me déchire ; Quoi ! j’accouche d’un œuf ! D’un œuf ? Oui, le voilà Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire : On m’appellerait Poule. Enfin n’en parlez pas.                La femme neuve sur ce cas,                Ainsi que sur mainte autre affaire, Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.                Mais ce serment s’évanouit               Avec les ombres de la nuit.                L’Épouse indiscrète et peu fine, Sort du lit quand le jour fut à peine levé :                Et de courir chez sa voisine. Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé : N’en dites rien surtout, car vous me feriez battre. Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.                Au nom de Dieu gardez-vous bien                D’aller publier ce mystère. Vous moquez-vous ? dit l(autre : Ah ! vous ne savez guère       Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. La femme du pondeur s’en retourne chez elle. L’autre grille déjà de conter la nouvelle : Elle va la répandre en plus de dix endroits.                Au lieu d’un œuf elle en dit trois. Ce n’est pas encore tout, car une autre commère En dit quatre, et raconte à l’oreille le fait,                Précaution peu nécessaire,                Car ce n’était plus un secret. Comme le nombre d’œufs, grâce à la renommée,                De bouche en bouche allait croissant,                Avant la fin de la journée                Ils se montaient à plus d’un cent.
Annotations :
1. La gravure n’est pas signée.
2. 3e partie, Livre II, Fable 6.