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L'épouse mère (Rétif, Les Contemporaines, vol. 7, 1780) - Binet

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Date :
1780
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
SMITH LESOUEF R-1607

Analyse

Le marquis de B**, faible d’esprit, est en butte aux railleries d'un groupe de persifleurs. Sophie son épouse organise un banquet pour rétablir sa réputation. Au début du repas, un petit-maître n’a pas manqué de lancer des « petits traits » contre le marquis. L’habile Sophie les retournera contre lui.

Sophie se situe au premier plan, à droite. La lumière, sa position d’ensemble ainsi que sa tenue éblouissante la mettent en valeur sur la gravure. Son regard et ses mains se dirigent vers le second convive assis à gauche, le petit-maître. Le mari, quoique assis à la première place à gauche, est tourné vers le petit maître et de fait exclu de la conversation dont il est pourtant l'objet : ni sa femme ni le petit-maître ne lui témoignent la moindre attention. Dans cette joute verbale, c’est la femme qui brille, et non son mari. Au premier plan à droite, le petit chien est le premier spectateur de la scène, pour laquelle il tient lieu d'embrayeur visuel. Sa position aux pieds de sa maîtresse indique qui est le véritable souverain ici. La supériorité de l'épouse par rapport à son époux faible et marginalisé justifie le titre de la nouvelle : c'est moins en épouse qu'en mère que Sophie protège son mari.

Il y a une longue tradition iconographique du banquet, qui remonte au Moyen Âge et fait de cette séquence une performance-type, dont la valeur est plus symbolique que narrative. Binet, à la suite de Restif, en extrait pourtant une scène, concentrée autour du dialogue entre Sophie et le petit-maître. La disposition symbolique du face à face des deux époux qui accueillent leurs invités est déviée vers cet échange de répliques. Les autres convives, noyés dans la profondeur grisâtre de la perspective, se ressemblent tous.

La table du banquet n’est pas seulement un élément de décor réel qui caractérise l'espace de la représentation. Elle est également symbolique : elle scinde l’espace en deux, entre les deux adversaires, et conserve en quelque sorte la trace de l'ancienne bipartition agonistique, caractéristique de la représentation performative. La position de Sophie, au premier plan, par rapport à celle de son rival, au deuxième, indique symboliquement que c'est elle qui prend l'ascendant rhétorique et sortira victorieuse.

Annotations :

1. Au-dessus de la gravure à droite « VII. Vol. 214. » (Volume VII, page 214) Le renvoi de page est fait par erreur à l'emplacement de la gravure suivante. Mais la gravure est correctement placée face à la p. 170.
Signé sous la gravure à gauche « L. Binet inv. », à droite « L. S. Berthet scul. »
Légende sous la gravure : « Les qualités de mon Mari m'ont pénétrée de respect. »

Sources textuelles :
Rétif de la Bretonne, Les Contemporaines (1780-1782)

Informations techniques

Notice #020293

Image HD

Traitement de l'image :
Image web
Localisation de la reproduction :
https://gallica.bnf.fr