Autoportrait avec des icônes - Éléné Shatberashvili
Analyse
L'artiste s'est représentée avec son double fantomatique devant un mur couvert d'un papier peint à fleurs et tapissé d'images. Elle ne dit pas « images », mais « icônes », faisant référence au mur d'icônes, l'iconostase qui sépare en deux les églises orthodoxes (les iconostases géorgiennes sont particulières, voir par exemple l'iconostase de la cathédrale de Svetitskhoveli). On reconnaît de fait parmi les images plusieurs vierges à l'enfant.
Devant le mur d'images, dans l'espace profane, l'image est double, non réconciliée : à gauche, une jeune femme est assise en pull jaune, la tête enfoncée dans les épaules. La portion de mur derrière elle est grise et nue. Le réel ne fait pas image. A droite, un fantôme blanc est dressé, érigé, devant la lampe de bureau qui éclaire la pièce. L'ovale de la lampe placé sous l'emplacement de son visage fait comme une palette : le fantôme n'est pas peint mais peignant, dispensant la lumière de la lampe dans l'or du mur d'icônes.
Du pull jaune à la lumière de la lampe, de la lampe aux icônes d'or, l'image s'élabore selon un protocole spirituel qui n'est pas de composition, d'assemblage de figures, mais au contraire de diffraction sur le mur, de démultiplication des images. Dans ce processus, le fantôme tient lieu d'interface : il absente l'image réelle, la femme en pull, installe un blanc dans la scène de représentation, le fantôme matriciel, et déclenche le processus de sa décomposition.
3. Utilisé comme couverture pour Mon vrai nom est Élisabeth d'Adèle Yon.
Informations techniques
Notice #025946