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L’agonie de Mme de Tourvel (Liaisons dangereuses) - Lavreince

Notice #003177

Image HD

Série de l'image :
Suite de 4 estampes pour les Liaisons dangereuses, d’apr. Lavreince, 1787-1788
Auteur(s) :
Lafrensen, Nils ou Niklas, dit Nicolas Lavreince le Jeune (1737-1807), suédois
Girard, Romain (graveur né à Paris vers 1751)
Date :
Entre 1787 et 1788
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Traitement de l'image :
Scanner
Localisation de la reproduction :
Collection particulière (Montpellier)

Analyse

Analyse de l'image :
Le moment choisi ici pour l’illustration est celui où Mme de Tourvel à l’agonie, entendant la nouvelle de la mort de Valmont, ouvre les rideaux de son lit pour entendre le récit de sa fin.
    « En effet vous avez su que depuis plus de deux jours elle était absolument sans connaissance ; et encore hier matin, quand son médecin arriva, et que nous nous approchâmes de son lit, elle ne nous reconnut ni l’un ni l’autre, et nous ne pûmes obtenir ni une parole, ni le moindre signe. Hé bien ! à peine étions-nous revenus à la cheminée, et pendant que le médecin m’apprenait le triste événement de la mort de M. de Valmont, cette femme infortunée a retrouvé toute sa tête, soit que la nature seule ait produit cette révolution, soit qu’elle ait été causée par ce smots répéts de M. de Valmont et de mort, qui ont pu rappeler à la malade les seules idées dont elle s’occupait depuis longtemps.
    Quoi qu’ilo en soit, elle ouvrit précipitamment les rideaux de son lit en s’écriant : Quoi ! que dites-vous ? M. de Valmont est mort ? J’espérais lui faire croire qu’elle s’était trompée ; et je l’assurai d’abord qu’elle avit mal entendu : mais loin de se laisser persuader ainsi, elle exigea du médecin qu’il recommençât ce cruel récit ; et sur ce que je voulus essayer encore de la dissuader, elle m’appela et me dit à voix basse : Pourquoi vouloir me tromper ? n’était-il pas déjà mort pour moi ! Il a donc fallu céder.
    Notre malheureuse amie a écouté d’abord d’un air assez tranquille, mais bientôt après, elle a interrompu le récit, en disant : Assez, j’en ai assez. Elle a demandé sur-le-champ qu’on fermât ses rideaux ; et lorsque le médecin a voulu s’occuper ensuite des soins de son état, elle n’a jamais voulu souffrir qu’il approchât d’elle.
    Dès qu’il a été sorti, elle a pareillement renvoyé sa garde et sa femme de chambre ; et quand nous avons été seules, elle m’a priée de l’aider à se mettre à genoux sur son lit, et de l’y soutenir. Là, elle est restée quelque temps en silence, et sans autre expression que celle de ses larmes qui coulaient abondamment. Enfin, joignant ses mains et les élevant vers le Ciel : Dieu tout-puissant, a-t-elle dit d’une voix faible, mais fervente, je me soumets à ta justice : mais pardonne à Valmont. Que mes malheurs, que je reconnais avoir mérités, ne lui soient pas un sujet de reproche, et je bénirai ta miséricorde ! Je me suis permis, ma chère et digne amie, d’entrer dans ces détails sur un sujet que je sens bien devoir renouveler et aggraver vos douleurs, parce que je ne doute pas que cette prière de madame de Tourvel ne porte cependant une grande consolation dans votre âme. » (Lettre CLXV de Mme de Volanges à Mme de Rosemonde, GF, pp. 489-490.)
Annotations :
1. Sous la gravure : « La Présidente Tourvel. » Plus bas, toujours au centre : « de lui ! grand Dieu....... Reprenez la, reprenez la.. Tiré des Liaisons dangereuses, Lettre CXLIX ». Plus bas : « A Paris, chez Romain Girard, Marché Neuf, Quartier Notre-Dame, près le Corps-de-Garde, N° 8. »