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GueniĂšvre embrasse Lancelot (Lancelot du lac, Ms Fr112-1)

SĂ©rie de l'image :

Notice n°1 sur 4 Notice suivante

Date :
1470
Nature de l'image :
Enluminure
Français 112(1), folio 101

Analyse

Galehaut a organisĂ© une entrevue discrĂšte entre Lancelot et GueniĂšvre, Ă  l’écart dans la forĂȘt, de façon que les gens du roi Arthur ne le reconnaissent pas. Il a retardĂ© cette entrevue, pour laisser le temps Ă  Lancelot, en piteux Ă©tat, de retrouver son beau visage, que GueniĂšvre n’a jamais vu. Enfin arrive le moment tant attendu :

« Ils arrivent alors sous les arbres. Galehaut et la reine s’éloignent et s’asseoient d’un cĂŽtĂ©, les dames d’un autre, Ă©tonnĂ©es de se trouver en si petite compagnie. Le valet se rend auprĂšs du sĂ©nĂ©chal et lui porte son message. AussitĂŽt, celui-ci emmĂšne le chevalier. Ils passent le fleuve et vont Ă  travers prĂ©s comme le valet le leur montre. Tous deux Ă©taient de si beaux chevaliers qu’on en eĂ»t vainement cherchĂ© de plus beaux dans leur pays.Quand ils approchent, les dames les regardent et la dame de Malehaut reconnaĂźt tout de suite le chevalier qu’elle a longtemps eu dans sa prison. Comme elle ne veut pas ĂȘtre reconnue de lui, elle baisse la tĂȘte et se retourne vers mademoiselle Laure. Ils passent leur chemin. Le sĂ©nĂ©chal salue la reine et Galehaut dit Ă  la reine : Voici le meilleur chevalier du monde. — Lequel est-ce ? dit la reine — Dame, que vous en semble ? — Sans doute, dit-elle, tous deux sont de beaux chevaliers ; mais je n’en vois aucun oĂč il doive y avoir la moitiĂ© de la valeur qui distinguait le noir chevalier. — Dame, sachez que c’est l’un d’eux. Ils arrivent devant la reine. Le chevalier tremble si fort qu’il a beaucoup de mal Ă  la saluer. Il a perdu toutes ses couleurs et la reine s’en Ă©tonne. Ils s’agenouillent tous les deux. Le sĂ©nĂ©chal salue la reine, et l’autre aussi, mais bien pauvrement ; il garde les yeux baissĂ©s, comme s’il Ă©tait honteux. La reine se dit alors que c’est le chevalier noir. Et Galehaut dit au sĂ©nĂ©chal : Allez tenir compagnie Ă  ces dames, car elles sont bien seules. Celui-ci fait ce que son seigneur commande. La reine prend le chevalier par la main, tandis qu’il est Ă  genoux, l’assied devant elle, lui fait un trĂšs bon visage et lui dit en riant : Seigneur, nous vous avons tellement dĂ©sirĂ© que, par la grĂące de Dieu et de Galehaut ici prĂ©sent, nous vous voyons enfin. Cependant je ne sais pas encore si vous ĂȘtes le chevalier que je recherche.Galehaut me l’a dit ; mais je voudrais bien encore entendre de votre bouche qui vous ĂȘtes, si tel Ă©tait votre plaisir. Il rĂ©pond qu’il ne le sait pas, sans jamais la regarder dans les yeux ; et la reine se demande ce qu’il peut avoir, jusqu’à ce qu’elle devine une partie de ce qu’il a. Galehaut, qui le voit honteux et Ă©bahi, pense qu’il parlerait plus aisĂ©ment Ă  la reine seul Ă  seule. Il regarde autour de lui et dit trĂšs fort, pour que les dames l’entendent : Vraiment, je suis d’une impolitesse ! Toutes ces dames n’ont qu’un chevalier pour compagnie. On les laisse bien seules. Alors il se lĂšve et rejoint l’endroit oĂč les dames sont assises. Elles se lĂšvent Ă  son arrivĂ©e et il les fait rasseoir. Puis ils commencent Ă  parler de maintes choses. [Suit l’interrogatoire de la reine, qui lui permet d’identifier son chevalier comme Ă©tant Lancelot du Lac. Celui-ci lui confesse timidement son amour. Galehaut vient Ă  la rescousse pour suggĂ©rer Ă  GueniĂšvre d’embrasser Lancelot. P. 895 :] Alors ils s’éloignent tous les trois et font semblant de converser. La reine voit que le chevalier n’ose en faire plus. Elle le prend par le menton et, devant Galehaut, l’embrasse trĂšs longuement, de telle sorte que la dame de Malehaut comprit qu’elle l’embrassait. Puis elle commence Ă  parler, comme la trĂšs sage et vaillante dame qu’elle Ă©tait : Beau doux ami, dit-elle au chevalier, vous avez tant fait que je suis Ă  vous, et j’en ai beaucoup de joie. mais prenez garde que la chose demeure secrĂšte, comme il se doit. » (Lancelot du lac, Livre de Poche, « Lettres gothiques », Ă©d. F. MozĂšs, pp. 877sq.)

Annotations :

1. Rubrique (au-dessus de l’enluminure, en rouge) : « comment messire lancelot du lac s’acointa premierement de la royne genievre et fut son chevalier et elle sa dame par les moyens de galehault »

Sources textuelles :
Lancelot du lac, début du 13e siÚcle
Livre de Poche, « Lettres gothiques », éd. F. MozÚs, pp. 877sq

Informations techniques

Notice #006870

Image HD

Identifiant historique :
A6189
Traitement de l'image :
Image web
Localisation de la reproduction :
BibliothÚque numérique Gallica, BibliothÚque nationale de France (https://gallica.bnf.fr)