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Un mari donne les Innocents à sa servante (Heptaméron N45, Amsterdam, 1698)

Notice #007674

Image HD

Série de l'image :
Contes et nouvelles de Marguerite de Valois, Amsterdam, G. Gallet, 1698
Auteur(s) :
De Hooghe, ou De Hooch, Romeyn (1645-1708)
1698
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre, taille-douce (au burin)
Sujet de l'image :
Fiction, 16e siècle
Lieu de conservation :
Versailles, Bibliothèque municipale centrale
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
F.A. in-8° E431e (2e volume)
Traitement de l'image :
Photo numérique

Analyse

Analyse de l'image :
« A la requeste de sa femme, un tapissier bailla les Innocens à sa chamberiere, de laquelle il estoit amoureux, mais ce fut de telle façon qu’il luy donnoit ce qui appartenoit à sa femme seule, qui estoit si simple, qu’elle ne put jamais croire que son mary luy tinst un tel tort, combien qu’elle en fut assez avertye par une sienne voysine. »
   
    Le jour de la fête des saints Innocents (28 déc.) on tentait de surprendre les endormis ou les paresseux et on les fouettait. Donner ou bailler les Innocents, c’est fouetter ou fesser au lit, au sens comique et/ou libertin le plus souvent.
    Le tapissier utilise cette coutume pour séduire sa servante, paresseuse mais jolie. La servante se plaint en vain à sa maîtresse qui ne comprend pas ce qu’elle entend vraiment par « donner les Innocents ». Un matin qu’il avait neigé, le tapissier entreprend sa servante dans la neige du jardin, mais est surpris par une voisine :
    « Il continua ceste vie longuement, sans que sa femme s’en apperceut, tant que les grandes neiges vindrent; et tout ainsy que le tapissier avoit donné les Innocents sur l’herbe en son jardin, il luy en vouloit autant donner sur la neige ; et ung matin, avant que personne fut esveillé en sa maison, la mena toute en chemise faire le crucifix sur la neige, et, en se jouant tous deux à se bailler de la neige l’un l’aultre, n’oblierent le jeu des Innocents. Ce que advisa une de leurs voisines, qui s’estoit mise à la fenestre qui regardoit tout droict sur le jardin, pour veoir quel temps il faisoit ; et, voiant ceste villenye, fut si courroucée qu’elle se delibera de le dire à sa bonne commere, afin qu’elle ne se laissast plus tromper d’un si mauvais mary, ny servir d’une si meschante garse. Le tapissier, après avoir faict ses beaulx tours, regarda à l’entour de luy si personne ne le povoit veoir ; et advisa sa voisine à sa fenestre, dont il fut fort marry. Mais, luy, qui sçavoit donner couleur à toute tapisserie, pensa si bien colorer ce faict, que sa commere seroit aussi bien trompée que sa femme. Et, si tost qu’il fut recouché, feit lever sa femme du lict toute en chemise, et la mena au jardin comme il avoit mené sa chamberiere ; et se joua long temps avecq elle de la neige, comme il avoit faict avecq l’autre, et puis luy bailla les Innocens tout ainsy qu’il avoit faict à sa chamberiere ; et après s’en allerent tous deux coucher. »
   
   Sur la gravure, le tapissier tient une boule de neige d’une main, et tâte le sein de sa servante de l’autre. On ne voit pas la voisine qui les épie.
Annotations :
2. 5e journée, 45e nouvelle.