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Un gentilhomme se fait cordelier de dépit (Heptaméron N64, Amsterdam, 1698)

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Date :
1698
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre, taille-douce (au burin)
Sujet de l'image :
F.A. in-8° E431e (2e volume)

Analyse

« Après qu’une damoyselle eut, l’espace de cinq ou six ans, experimenté l’amour que luy portoit un gentil homme, desirant en avoir plus grande preuve, le meit en tel desespoir que, s’estant rendu religieux, ne le peut recouvrer quand elle voulut. »

La gravure représente le moment où la demoiselle de Valence, cherchant à reconquérir son amant déçu, se rend en son monastère et tombe évanouie entre ses bras. Le moine la porte alors vers un siège de la chapelle :

« Ainsy, entrant au monastere, sur la fin de vespres, le feit appeller en une chappelle dedans le cloistre. Luy, qui ne sçavoit qui le demandoit, s’en alla ignoramment à la plus forte bataille où jamais avoit esté. Et, à l’heure qu’elle le veid tant palle et desfaict, que à peyne le peut-elle recongnoistre, neantmoins remply d’une grace non moins amyable que auparavant, l’amour la contraignit d’avancer ses bras pour le cuyder embrasser ; et la pitié de le veoir en tel estat luy feit tellement affoiblir le cueur, qu’elle tomba esvanouye. Mais le pauvre religieux, qui n’estoit destitué de la charité fraternelle, la releva et assist dedans ung siege de la chappelle. Et, luy, qui n’avoit moins de besoing de secours, faignit ignorer sa passion, en fortiffiant son cueur en l’amour de son Dieu contre les occasions qu’il voyoit presentes, tellement qu’il sembloit à sa contenance ignorer ce qu’il voyoit. Elle, revenue de sa foiblesse, tournant ses oeilz tant beaulx et piteulx vers luy, qui estoient suffisans de faire amolir un rochier, commencea à luy dire tous les propos qu’elle pensoit dignes de le retirer du lieu où il estoit. A quoy respondit le plus vertueusement qu’il luy estoit possible ; mais, à la fin, feit tant le pauvre religieux, que son cueur s’amolissoit par l’abondance des larmes de s’amye, comme celluy qui voyoit Amour, ce dur archer, dont tant longuement il avoit porté la douleur, ayant sa fleische dorée preste à luy faire nouvelle et plus mortelle playe ; s’enfuyt de devant l’Amour et l’amye, comme n’aiant autre povoir que parfouyr. »

Toute l’ambiguïté de l’image tient à ce qu’une scène de viol ne serait pas autrement représentée…

Annotations :

2. 7e journée, 64e nouvelle.

Sources textuelles :
Marguerite de Navarre (1492-1549), L’Heptaméron (1542-1546)
Nouvelle 64, LP, p. 630, scène p. 635

Informations techniques

Notice #007693

Image HD

Identifiant historique :
A7012
Traitement de l'image :
Photographie numérique