Aller au contenu principal

La biche au bois (Dessins pour le Cabinet des FĂ©es) - Marillier

Notice précédente Notice n°12 sur 126 Notice suivante

Date :
1785
Nature de l'image :
Dessin (lavis)
Sujet de l'image :
Fonds Rothschild, Picot 225
LĂ©gende

Analyse

Le prince, qui erre dans la forĂȘt, chasse une biche blanche et la blesse. Celle-ci n’est autre que la princesse qu’il convoite et qui a Ă©tĂ© changĂ©e en biche par un sortilĂšge. Il l’a attachĂ©e Ă  un arbre et est allĂ© chercher de l’aide pour la transporter : lorsqu’il revient avec son serviteur, GiroflĂ©e, la servante de la princesse est en train de la libĂ©rer.
Il s’exclame alors et invoque son droit de propriĂ©tĂ© sur la biche parce que c’est lui qui l’a blessĂ©e. La servante lui rĂ©pond que la biche est sienne, et le prouve en montrant que l’animal la comprend.
Marillier choisit de donner pour lĂ©gende Ă  ce second dessin dĂ©diĂ© au conte de La biche au bois la requĂȘte du prince dĂ©nonçant l’acte comme un vol.
Au premier plan, Ă  gauche, le prince de trois quarts dos et son serviteur de profil regardent vers la droite, en direction de la biche et de la servante. Au second plan, Ă  droite, la biche blanche couchĂ©e, une flĂšche dans la cuisse, de profil tourne le dos au deux hommes. La servante tient la tĂȘte de la biche dans ses bras et fait face aux arrivants. En arriĂšre-plan, un grand arbre, l’arriĂšre d’une maison avec une fenĂȘtre, puis la forĂȘt.
Les deux premiers plans constituent la scĂšne proprement dite, c’est-Ă -dire l’espace restreint de la scĂšne, Ă©quivalant Ă  la scĂšne de thĂ©Ăątre. Il est dĂ©limitĂ©, tout devant, par une ligne de feuillage, et derriĂšre, par l’arbre et les buissons. La maison constitue le dĂ©cor de fond de scĂšne.
La scĂšne est occupĂ©e par deux groupes de personnages, Ă  gauche et Ă  droite, au premier et au second plan. Le groupe de gauche se dĂ©tache sur la forĂȘt, tandis que le groupe de droite se dĂ©tache sur l’arbre et la maison. Le groupe de gauche vient de l’extĂ©rieur, et porte agression contre le groupe de droite.
A gauche, pour l’identifier et le distinguer du serviteur, le prince est en armes, une Ă©pĂ©e Ă  la taille, un carquois sur le dos, un arc Ă  la main ; son chapeau Ă  plume est Ă©galement une marque de distinction. Le bras tendu du prince vers la biche rappelle son affirmation de propriĂ©tĂ© sur la biche, et son port de tĂȘte plein de hauteur exprime sa dĂ©termination. Le serviteur, avec la mĂȘme hauteur, mais plus souriante, se range au cĂŽtĂ© de son maĂźtre : il renforce sa requĂȘte tout en restant en retrait.
A droite, la robe de la servante forme un drapĂ© de forme un peu Ă©trange derriĂšre elle, comme si elle s’était accrochĂ©e au buisson. Marillier suggĂšre ainsi l’embarras dans lequel GiroflĂ©e est prise, tandis qu’elle cherche Ă  dĂ©nouer les rubans avec lesquels le prince a attachĂ© la biche, le temps d’appeler son serviteur Becafigue Ă  la rescousse. Il faudrait rattacher le groupe que GiroflĂ©e forme avec la biche aux reprĂ©sentations mĂ©diĂ©vales de la dame Ă  la licorne.
La bouche ouverte de la biche indique qu’elle souffre, ou plutĂŽt qu’elle est en train de lĂ©cher la servante en signe de reconnaissance. Sa tĂȘte tournĂ©e vers la servante indique qu’elle cherche Ă  Ă©chapper aux deux hommes. La servante quant Ă  elle a une attitude protectrice vis-Ă -vis de la biche, presque maternelle. Elle s’oppose clairement Ă  la volontĂ© du prince et sa bouche ouverte suggĂšre qu’elle est en train de lui rĂ©pondre.
On observe un fort contraste entre les hommes armĂ©s, debout, en train d’avancer et les deux personnages fĂ©minins, proches du sol, ne pouvant fuir, acculĂ©s.
La maison de l’arriĂšre-plan est l’auberge dans laquelle le prince et la princesse ont tout deux cherchĂ© refuge et qu’ils habitent chacun Ă  l’insu de l’autre. Pourtant cette maison est bien plus Ă©loignĂ©e de la scĂšne que ce que la gravure indique : mais il s’agit lĂ  d’un raccourci pour rappeler le rĂŽle de cet asile qui recueille les deux personnages et leur permettra de se rencontrer enfin.
Le raccourci est à la fois spatial et temporel : il désigne à la fois ce qui a précédé et ce qui va suivre la scÚne, constituant ainsi celle-ci en instant prégnant.

Annotations :

1. LĂ©gende dans le cartouche sous le dessin : « Quelque respect que j’aie pour vous Madame | permettez-moi de m’opposer au larcin que vous | voulez me faire »
2. 3e illustration du volume 3.

Sources textuelles :
Mme d’Aulnoy, La Biche au bois (FàM, 1698, t1)
Cabinet des fées, Picquier, 2000, p. 305

Informations techniques

Notice #008226

Image HD

Identifiant historique :
A7545
Traitement de l'image :
Photo numérique