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Le loup et le renard (Fables de La Fontaine, 1694) - atelier de Chauveau

Date :
1693
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
RĂ©s. Lebaudy in-12 200

Analyse

D’oĂč vient que personne en la vie
N’est satisfait de son Ă©tat ?
Tel voudrait bien ĂȘtre Soldat
A qui le Soldat porte envie.
Certain Renard voulut, dit-on,
Se faire Loup. Hé ! qui peut dire
Que pour le métier de Mouton
Jamais aucun Loup ne soupire ?
Ce qui m’étonne est qu’à huit ans
Un Prince en Fable ait mis la chose,
Pendant que sous mes cheveux blancs
Je fabrique Ă  force de temps
Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés
Ne sont en l’ouvrage du poùte
Ni tous, ni si bien exprimés.
Sa louange en est plus complĂšte.
De la chanter sur la musette,
C’est mon talent ; mais je m’attends
Que mon HĂ©ros, dans peu de temps
Me fera prendre la trompette.
Je ne suis pas un grand prophÚte ;
Cependant je lis dans les cieux
Que bientĂŽt ses faits glorieux
Demanderont plusieurs HomÚres ;
Et ce temps-ci n’en produit guùres.
Laissant Ă  part tous ces mystĂšres,
Essayons de conter la fable avec succĂšs.
Le Renard dit au Loup : Notre cher, pour tous mets
J’ai souvent un vieux Coq, ou de maigres Poulets ;
C’est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chĂšre avec moins de hasard.
J’approche des maisons, tu te tiens Ă  l’écart.
Apprends-moi ton métier, Camarade, de grùce :
Rends-moi le premier de ma race
Qui fournisse son croc de quelque Mouton gras,
Tu ne me mettras point au nombre des ingrats.
Je le veux, dit le Loup ; il m’est mort un mien frùre ;
Allons prendre sa peau, tu t’en revĂȘtiras.
Il vint, et le Loup dit : Voici comme il faut faire
Si tu veux Ă©carter les MĂątins du Troupeau.
Le Renard, ayant mis la peau,
Répétait les leçons que lui donnait son maßtre.
D’abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien,
Puis enfin il n’y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu’il pouvait l’ĂȘtre,
Qu’un Troupeau s’approcha. Le nouveau Loup y court
Et rĂ©pand la terreur dans les lieux d’alentour.
Tel vĂȘtu des armes d’Achille,
Patrocle mit l’alarme au camp et dans la ville :
MĂšres, brus et vieillards au temple couraient tous.
L’ost au Peuple bĂȘlant crut voir cinquante Loups.
Chien, Berger, et Troupeau, tout fuit vers le village,
Et laisse seulement une Brebis pour gage.
Le larron s’en saisit. A quelque pas de là
Il entendit chanter un Coq du voisinage.
Le Disciple aussitît droit au Coq s’en alla,
Jetant bas sa robe de classe,
Oubliant les Brebis, les leçons, le Régent,
Et courant d’un pas diligent.
Que sert-il qu’on se contrefasse ?
Prétendre ainsi changer est une illusion :
L’on reprend sa premiùre trace
A la premiĂšre occasion.
De votre esprit, que nul autre n’égale,
Prince, ma Muse tient tout entier ce projet :
Vous m’avez donnĂ© le sujet,
Le dialogue, et la morale.

Annotations :

1. Gravure non signée.
2. Edition de 1694, Livre VII, Fable 9.

Sources textuelles :
La Fontaine, Fables (1668-1692)
Livre XII, Fable 9, Pléiade p. 468

Informations techniques

Notice #009022

Image HD

Identifiant historique :
A8341
Traitement de l'image :
Photo numérique
Localisation de la reproduction :
Collection particuliĂšre