Faunus, Hercule et Omphale et la nudité des Luperques
Mais pourquoi principalement Faunus évite-t-il les vêtements ?
Une anecdote ancienne, pleine de sel, nous l'explique.
Un jour, le jeune Tirynthien accompagnait sa maîtresse ;
Faunus, du haut d'un mont, les aperçut tous deux.
Il les vit, s'enflamma et dit : "Divinités de la montagne,
plus rien ne me lie à vous : voici désormais l'objet de mon ardeur".
La Méonienne s'avançait, ses cheveux parfumés sur les épaules,
attirant les regards avec son vêtement tissé d'or.
Elle était cependant à l'abri des chauds rayons du soleil,
grâce à Hercule, qui tenait dans sa main une ombrelle dorée.
Déjà elle rejoignait le bois de Bacchus et les vignes de Tmole,
tandis qu'Hespérus, humide de rosée, s'avançait sur son cheval sombre.
Omphale pénètre dans une caverne tapissée de tuf et de roche vive ;
tout près de l'entrée coulait un ruisseau au doux gazouillis.
Tandis que ses serviteurs préparent repas, vins et boissons,
elle revêt l'Alcide de ses propres atours.
Elle lui tend ses tuniques légères, teintes de pourpre de Gétulie,
elle lui passe la souple ceinture qui à l'instant lui serrait la taille.
La ceinture est trop courte ; Hercule donne du jeu aux attaches
pour laisser le passage à ses grandes mains ;
il avait cassé les bracelets, qui n'étaient pas adaptés à ses bras
et ses énormes pieds rompaient les fines lanières des sandales.
De son côté, elle prend la lourde massue, la dépouille de lion
et les plus petits des traits enfouis dans leur carquois.
Ainsi parés, ils prennent leur repas, puis livrent leurs corps au sommeil ;
ils avaient posé les lits côte à côte et reposaient séparément :
la raison en était qu'ils préparaient en l'honneur de l'inventeur de la vigne
un sacrifice qu'ils accompliraient, au lever du jour, en état de pureté.
Il était près de minuit. À quelle audace renonce un amour sans retenue ?
Dans l'obscurité, Faunus parvint à l'antre humide ;
voyant leurs compagnons abîmés dans le sommeil et le vin,
il se met à espérer que les maîtres connaissent la même torpeur.
L'amoureux entre et erre un peu au hasard ; prudemment
il tend les mains en avant et progresse à tâtons.
Il était parvenu à la couchette convoitée du lit de repos,
et, dès sa première tentative, était près d'atteindre son bonheur ;
touchant la toison du lion fauve hérissée de poils,
il prit peur et retint sa main ; épouvanté de frayeur,
il recula, comme souvent un voyageur retire son pied
quand il se trouble à la vue d'un serpent.
Alors, il touche les étoffes délicates du lit voisin,
et se laisse abuser par cet indice trompeur ;
il monte et se couche sur le lit tout proche de lui ;
son membre gonflé était plus dur qu'une corne.
Entre-temps il relève les tuniques à partir du bas :
des jambes rugueuses apparaissent hérissées de poils.
Faunus tentant d'autres gestes, le héros de Tirynthe le repoussa brusquement,
et le fit tomber du haut du lit. Un bruit retentit ;
la Méonienne appelle ses suivants, demande de la lumière ;
on apporte des torches ; les faits sont manifestes.
Faunus, projeté avec force du haut du lit, pousse un gémissement
et a bien du mal à se relever de la terre dure.
Alcide rit, de même rient ceux qui l'ont vu à terre,
la jeune femme de Lydie se rit aussi de son amoureux.
Abusé par un vêtement, le dieu n'aime pas les vêtements trompeurs
et invite des hommes nus à célébrer son culte.