Marthésie enfermée dans la grotte avec Marcassin découvre que la nuit il a figure d'homme. Pendant qu'il dort elle lui prend la peau de sanglier qu'il revêt chaque jour. Au matin, le prince cherche en vain sa peau. Il explique alors à Marthésie le sort dont il est frappé.
— Quel que vous puissiez devenir, mon cher prince, lui dit Marthésie, je ne changerai jamais pour vous, il me restera toujours une idée charmante de votre métamorphose. — Je me flatte, dit-il, que les fées ne voudront pas nous faire souffrir longtemps : elles prennent soin de nous : ce lit qui vous paraît de mousse est d’excellent duvet et de laine fine : ce sont elles qui mettaient à l’entrée de la grotte tous les beaux fruits que vous avez mangés. » Marthésie ne se lassait point de remercier les fées de tant de grâces.
Pendant qu’elle leur adressait ses compliments, Marcassin faisait les derniers efforts pour remettre la peau de sanglier ; mais elle était devenue si petite, qu’il n’y avait pas de quoi couvrir une de ses jambes. Il la tirait en long, en large, avec les dents et avec les mains, rien n’y faisait ; il était bien triste et déplorait son malheur, car il craignait avec raison que la fée qui l’avait si bien marcassiné ne vînt la lui remettre pour longtemps : « Hélas ! ma chère Marthésie, disait-il, pourquoi avez-vous caché cette fatale peau ? C’est peut-être pour nous en punir que je ne puis m’en servir comme je faisais. Si les fées sont en colère, comment les apaiserons-nous ? » Marthésie pleurait de son coté, c’était là un sujet d’affliction bien singulier de pleurer, parce qu’il ne pouvait plus devenir marcassin.
Dans ce moment la grotte trembla, puis la voûte s’ouvrit… (éd. N. Jasmin, p. 492)