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Recherche infructueuse

Pléiade p. 378

Bertrand avec Raton, l’un singe et l’autre chat,
Commensaux d’un logis, avaient un commun maître.
D’animaux malfaisants c’était un très bon plat :
Ils n’y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage :
Bertrand dérobait tout : Raton, de son côté,
Etait moins attentif aux souris qu’au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire

Nos galands y voyaient double profit à faire,

Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.

Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd’hui 
         
Que tu fasses un coup de maître.

Tire-moi ces marrons ; si Dieu m’avait fait naître 
         
Propre à tirer marrons du feu,
         
Certes marrons verraient beau jeu.

Aussitôt fait que dit : Raton avec sa patte,
         
D'une manière délicate,

Écarte un peu la cendre, et retire les doigts, 
         
Puis les reporte à plusieurs fois ;

Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque. 
         
Et cependant Bertrand les croque.

Une servante vient : adieu mes gens. Raton
        
N’était pas content, ce dit-on,

Aussi ne le sont pas la plupart de ces Princes 
         
Qui, flattés d’un pareil emploi,
         
Vont s’échauder en des Provinces,
         
Pour le profit de quelque Roi.

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