Charles-Joseph Natoire, Don Quichotte désarmé par les dames de la Duchesse, en 2 mn
Émilie Schemoul | Musique par Augustin PostDon Quichotte au XVIIIe siècle est devenu matière d'opéra. La deuxième partie du roman de Cervantès s'y prêtait tout particulièrement : lorsque le duc et la duchesse comprennent qu'ils vont recevoir dans leur château l'ingénieux hidalgo dont ils ont déjà lu les aventures loufoques, ils donnent ordre pour qu'il soit reçu comme si son monde imaginaire était vrai.
C'est ainsi que don Quichotte, qui vient d'arriver au château, est déshabillé par les demoiselles de la duchesse comme un chevalier de théâtre, pour le plus grand amusement des gens du château qui sont au spectacle.
En apparence, tout le monde s'affaire avec déférence autour du héros fourbu. Mais comment ne pas remarquer échanges de regards et sourires entendus ?
Don Quichotte désarmé par les dames de la Duchesse (Tenture de Don Quichotte) - Natoire
D'après un carton de Charles-Joseph Natoire, Don Quichotte désarmé par les dames de la Duchesse, Tenture de Don Quichotte, entre 1735 et 1744, tapisserie de 360x280 cm, Aix-en-Provence, Musée des Tapisseries.
On connaît à l'œuvre plusieurs titres : Don Quichotte armé chevalier est un contresens, car on le désarme au contraire à son arrivée au château ; Don Quichotte déshabillé par les demoiselles de la duchesse ou par les dames de la duchesse est plus correct. Cervantès évoque en effet deux jeunes filles :
Lorsqu'ils entrèrent dans une grande cour, deux belles jeunes filles s'avancèrent et placèrent sur les épaules de don Quichotte un grand et splendide manteau d'écarlate. En un instant toutes les galeries de la cour se couronnèrent de serviteurs et de servantes qui se mirent à crier :
— Bienvenue à la fleur et crème des chevaliers errants ! (p. 872)
Au début de la séquence, les personnages ne sont pas encore entrés dans le château ; ils se tiennent encore dans la cour devant son perron. Les bâtiments de la cour sont dotés de coursives extérieures, où viennent se placer les serviteurs du ducs et de la duchesse, pour jouer leur rôle et composer le chœur de bienvenue. Cette disposition en cour est celle du théâtre espagnol du siècle d'or, mais n'est pas celle du théâtre français, qui a adopté les salles à l'italienne, avec leurs loges et leurs balcons. Natoire situe bien la scène en rez-de-chaussée et en semi-extérieur : l'espace de sa scène est celui du début de la séquence. Mais on désarme don Quichotte, c'est déjà ce qui se passe ensuite. Chez Cervantès, c'est à l'étage :
… ils arrivèrent à l'étage et on le fit entrer dans une salle décorée de somptueuses tapisseries d'or et de brocart, où si demoiselles le désarmèrent et lui servirent de pages, toutes instruites et averties par le duc et la duchesse de ce qu'elles avaient à faire, et de la façon dont elles devaient le traiter pour qu'il s'imaginât et vît qu'on le traitait comme un chevalier errant. (p. 874)
La tapisserie donne à voir l'action de cette scène, mais dans un espace artificiel qui condense les temps successifs du récit. Ce n'est pas l'étage, mais ce n'est plus la cour. Ce n'est pas à l'intérieur, mais ce n'est plus à l'extérieur du château. C'est une scène de théâtre qu'on verrait depuis la coulisse, avec ses spectateurs au fond. Spectateurs et non acteurs : on ne les voit nullement acclamer l'hidalgo, encore moins lui verser de l'eau de senteur comme le raconte Cervantès.
Don Quichotte se trouve de la sorte placé entre les pièces d'armure jetées au sol au premier plan, cuirasse et bouclier, et le balcon derrière lui, où on se presse pour le spectacle : la ligne qui va du bouclier au balcon coupe en diagonale la composition et établit les plans successifs. Entre la nature morte des pièces d'armure qui joue le rôle d'embrayeur visuel au devant et la loge des spectateurs à l'arrière, il est encerclé.
Fort de la mise en abyme de la fiction imaginée par Cervantès, Natoire prend donc le dispositif scénique à revers : il condense l'arrivée de don Quichotte dans la cour du château, son installation au 1er étage, l'affairement des suivantes de la duchesse en un moment unique artificiel, qui n'existe pas dans le roman. Don Quichotte vient de s'asseoir sur scène, on va lui ôter ses bottes, tout le monde se presse autour de lui pour le spectacle. La pourpre du manteau de gloire qu'on lui assigne dans le roman est redoublée par la pourpre du rideau de scène suspendu au-dessus de lui. Le message est clair : toute cette gloire est du théâtre.
Pourtant, dans cette belle organisation jusqu'ici parfaitement cohérente, quelque chose cloche. Personne ne regarde don Quichotte, ni la suivante qui le déchausse, ni celle qui prend son épée, ni celle qui lui retire sa dossière de cuirasse, ni les femmes qui lui apportent de l'eau pour sa toilette, ni même derrière lui celles qui se sont placées sur le balcon. Tout le monde est au spectacle, mais personne ne regarde ! Les spectateurs d'entreregardent, l'objet de la représentation est la circulation du regard entre les spectateurs : le public devient, pour nous le spectacle. Natoire saisit, par ce coup de génie, l'autonomisation de la sphère privée comme public, c'est-à-dire la révolution de l'espace public des Lumières.
Charles-Joseph Natoire, Don Quichotte désarmé, 1741-42, carton de tapisserie, 295x251 cm, Château de Compiègne, C.2012.001.
Pour préparer une tenture, c'est-à-dire une série de tapisseries, la manufacture commande d'abord au peintre ce qu'on appelle des cartons, qui sont des toiles aux dimensions des futures tapisseries, destinées à servir de modèle pour le lissier, l'artisan qui va les tisser. Les cartons sont placés derrière les fils de trame, afin que le lissier puisse nouer les fils de couleur depuis l'envers de ce qui va devenir la tapisserie. La tapisserie est donc réalisée à l'envers du carton.
Natoire peint les cartons pour la tenture de don Quichotte à partir de 1735, date de la commande de Pierre Grimod du Fort pour l'hôtel Chamillart, et avant leur installation dans le nouveau château de Pierre Grimod du Fort, en 1741. Ce carton est exposé seul au Salon de 1742 (n°22 dun livret) : le peintre signifie sans doute au public l'achèvement de sa commande , et on peut penser du coup que c'est cette toil qu'il a peinte en dernier, en 1741 ou 1742.
On ne reprendra pas ici le détail de la composition imaginée par Natoire, il est analysé à propos de la tapisserie. La toile appelle cependant quelques remarques sur la couleur. Lorsqu’on observe les deux œuvres, on remarque que les tons diffèrent par leur intensité. Dans le cas de la tapisserie, les brins de laine absorbent la couleur et la gamme des teintures est limitée volontairement afin de n’utiliser que des colorations solides et profondes. C’est pour cette raison que les teintes sur la tapisserie paraissent avoir plus de force et sont plus contrastées. Sur le carton, le peintre peut travailler la nuance des couleurs et jouer sur la lumière. La tenture a donc plus d’intensité tandis que le carton est tout en nuances, jouant sur l’ombre et sur les tons de gris, rouge et doré. Cependant les couleurs choisies par les lissiers se sont atténuées au fil du temps, ce qui donne cet aspect gris à la peau des personnages sur la tapisserie.
On peut imaginer cependant que l'effet tactile et textile de la tapisserie a été anticipé par Natoire dès l'exécution de la peinture : le sens de la scène picturale repose en effet sur l'homologie de couleur entre le rideau de scène, ici en haut à droite, et le « grand et splendide manteau d'écarlate » jeté par les demoiselles de la duchesse sur les épaules de l'ingénieux hidalgo, ici tombé sur ses genoux. Par cette homologie, il est signifié que la chevalerie de don Quichotte, glorifiée par le manteau écarlate, n'est que du théâtre, que figure le rideau relevé. Au tissu dans la scène répond le tissu qui circonscrit la scène, comme au carton répond la tapisserie.
Nous avons vu enfin, sur la tapisserie, comment la circulation des regards entre les dames de la duchesse excluait don Quichotte, constituant la sphère privée des spectateurs en public autonome, qui n'a plus besoin de la scène et devient à lui seul, pour nous, le spectacle. C'est moins net sur la peinture, où la demoiselle qui débarrasse don Quichotte de son épée lui fait face et le regarde. Sur la tapisserie, son regard semble aller haut, vers ses compagnes placées derrière le chevalier. Est-ce délibéré, ou est-ce un artefact du tissage ?
Louis de Surugue d'après Antoine Coypel, Don Quichotte servi par les demoiselles de la Duchesse, 1724, gravure sur cuivre, estampe tirée de l’Histoire de Don Quichotte gravée d’après ses cartons de tapisserie.
La gravure de Surugue est réalisée en 1724 juste après le tableau de Coypel, qui date de 1723. Ces compositions sont de vingt ans antérieures à celle de Natoire, exposée au Salon de 1742. Coypel a déjà commencé d'opérer les transformations nécessaires à la scénographie théâtrale du récit de Cervantès. Il situe l'accueil de don Quichotte dans un espace qui n'est ni la cour du château du duc et de la duchesse, ni la salle d'apparat du 1er étage, où Cervantès le fait désarmer.
La scène est dans le hall d'entrée du château, donnant sur le parc. C'est une pièce beaucoup plus fermée que chez Natoire, avec une fenêtre à croisillons sur la droite, sans le balcon que Natoire a imaginé pour tenir lieu de la coursive extérieure espagnole. Chez Coypel, le décor de fond de scène – l'arche flanquée de deux niches donnant sur le parc – structure l'ensemble de la composition. C'est la structure tripartite importée du théâtre italien de la Renaissance, elle-même héritée de l'espace multiple du retable gothique.
Coypel suit de plus près le récit du début du chapitre 31 de la 2e partie : pendant que, d'un côté, donc Quichotte est revêtu d'un manteau (qu'on voit à peine) et débarrassé de son épée, de l'autre Sancho prie les demoiselles de s'occuper de son âne. Au fond, au centre, un couple descend l'escalier qui conduit du parc au château : faut-il y deviner le duc et la duchesse ?
Don Quichotte désarmé par les dames de la Duchesse (Tenture de Don Quichotte) - Natoire
D'après un carton de Charles-Joseph Natoire, Don Quichotte désarmé par les dames de la Duchesse, Tenture de Don Quichotte, entre 1735 et 1744, tapisserie de 360x280 cm, Aix-en-Provence, Musée des Tapisseries.
On connaît à l'œuvre plusieurs titres : Don Quichotte armé chevalier est un contresens, car on le désarme au contraire à son arrivée au château ; Don Quichotte déshabillé par les demoiselles de la duchesse ou par les dames de la duchesse est plus correct. Cervantès évoque en effet deux jeunes filles :
Lorsqu'ils entrèrent dans une grande cour, deux belles jeunes filles s'avancèrent et placèrent sur les épaules de don Quichotte un grand et splendide manteau d'écarlate. En un instant toutes les galeries de la cour se couronnèrent de serviteurs et de servantes qui se mirent à crier :
— Bienvenue à la fleur et crème des chevaliers errants ! (p. 872)
Au début de la séquence, les personnages ne sont pas encore entrés dans le château ; ils se tiennent encore dans la cour devant son perron. Les bâtiments de la cour sont dotés de coursives extérieures, où viennent se placer les serviteurs du ducs et de la duchesse, pour jouer leur rôle et composer le chœur de bienvenue. Cette disposition en cour est celle du théâtre espagnol du siècle d'or, mais n'est pas celle du théâtre français, qui a adopté les salles à l'italienne, avec leurs loges et leurs balcons. Natoire situe bien la scène en rez-de-chaussée et en semi-extérieur : l'espace de sa scène est celui du début de la séquence. Mais on désarme don Quichotte, c'est déjà ce qui se passe ensuite. Chez Cervantès, c'est à l'étage :
… ils arrivèrent à l'étage et on le fit entrer dans une salle décorée de somptueuses tapisseries d'or et de brocart, où si demoiselles le désarmèrent et lui servirent de pages, toutes instruites et averties par le duc et la duchesse de ce qu'elles avaient à faire, et de la façon dont elles devaient le traiter pour qu'il s'imaginât et vît qu'on le traitait comme un chevalier errant. (p. 874)
La tapisserie donne à voir l'action de cette scène, mais dans un espace artificiel qui condense les temps successifs du récit. Ce n'est pas l'étage, mais ce n'est plus la cour. Ce n'est pas à l'intérieur, mais ce n'est plus à l'extérieur du château. C'est une scène de théâtre qu'on verrait depuis la coulisse, avec ses spectateurs au fond. Spectateurs et non acteurs : on ne les voit nullement acclamer l'hidalgo, encore moins lui verser de l'eau de senteur comme le raconte Cervantès.
Don Quichotte se trouve de la sorte placé entre les pièces d'armure jetées au sol au premier plan, cuirasse et bouclier, et le balcon derrière lui, où on se presse pour le spectacle : la ligne qui va du bouclier au balcon coupe en diagonale la composition et établit les plans successifs. Entre la nature morte des pièces d'armure qui joue le rôle d'embrayeur visuel au devant et la loge des spectateurs à l'arrière, il est encerclé.
Fort de la mise en abyme de la fiction imaginée par Cervantès, Natoire prend donc le dispositif scénique à revers : il condense l'arrivée de don Quichotte dans la cour du château, son installation au 1er étage, l'affairement des suivantes de la duchesse en un moment unique artificiel, qui n'existe pas dans le roman. Don Quichotte vient de s'asseoir sur scène, on va lui ôter ses bottes, tout le monde se presse autour de lui pour le spectacle. La pourpre du manteau de gloire qu'on lui assigne dans le roman est redoublée par la pourpre du rideau de scène suspendu au-dessus de lui. Le message est clair : toute cette gloire est du théâtre.
Pourtant, dans cette belle organisation jusqu'ici parfaitement cohérente, quelque chose cloche. Personne ne regarde don Quichotte, ni la suivante qui le déchausse, ni celle qui prend son épée, ni celle qui lui retire sa dossière de cuirasse, ni les femmes qui lui apportent de l'eau pour sa toilette, ni même derrière lui celles qui se sont placées sur le balcon. Tout le monde est au spectacle, mais personne ne regarde ! Les spectateurs d'entreregardent, l'objet de la représentation est la circulation du regard entre les spectateurs : le public devient, pour nous le spectacle. Natoire saisit, par ce coup de génie, l'autonomisation de la sphère privée comme public, c'est-à-dire la révolution de l'espace public des Lumières.
Charles-Joseph Natoire, Don Quichotte désarmé, 1741-42, carton de tapisserie, 295x251 cm, Château de Compiègne, C.2012.001.
Pour préparer une tenture, c'est-à-dire une série de tapisseries, la manufacture commande d'abord au peintre ce qu'on appelle des cartons, qui sont des toiles aux dimensions des futures tapisseries, destinées à servir de modèle pour le lissier, l'artisan qui va les tisser. Les cartons sont placés derrière les fils de trame, afin que le lissier puisse nouer les fils de couleur depuis l'envers de ce qui va devenir la tapisserie. La tapisserie est donc réalisée à l'envers du carton.
Natoire peint les cartons pour la tenture de don Quichotte à partir de 1735, date de la commande de Pierre Grimod du Fort pour l'hôtel Chamillart, et avant leur installation dans le nouveau château de Pierre Grimod du Fort, en 1741. Ce carton est exposé seul au Salon de 1742 (n°22 dun livret) : le peintre signifie sans doute au public l'achèvement de sa commande , et on peut penser du coup que c'est cette toil qu'il a peinte en dernier, en 1741 ou 1742.
On ne reprendra pas ici le détail de la composition imaginée par Natoire, il est analysé à propos de la tapisserie. La toile appelle cependant quelques remarques sur la couleur. Lorsqu’on observe les deux œuvres, on remarque que les tons diffèrent par leur intensité. Dans le cas de la tapisserie, les brins de laine absorbent la couleur et la gamme des teintures est limitée volontairement afin de n’utiliser que des colorations solides et profondes. C’est pour cette raison que les teintes sur la tapisserie paraissent avoir plus de force et sont plus contrastées. Sur le carton, le peintre peut travailler la nuance des couleurs et jouer sur la lumière. La tenture a donc plus d’intensité tandis que le carton est tout en nuances, jouant sur l’ombre et sur les tons de gris, rouge et doré. Cependant les couleurs choisies par les lissiers se sont atténuées au fil du temps, ce qui donne cet aspect gris à la peau des personnages sur la tapisserie.
On peut imaginer cependant que l'effet tactile et textile de la tapisserie a été anticipé par Natoire dès l'exécution de la peinture : le sens de la scène picturale repose en effet sur l'homologie de couleur entre le rideau de scène, ici en haut à droite, et le « grand et splendide manteau d'écarlate » jeté par les demoiselles de la duchesse sur les épaules de l'ingénieux hidalgo, ici tombé sur ses genoux. Par cette homologie, il est signifié que la chevalerie de don Quichotte, glorifiée par le manteau écarlate, n'est que du théâtre, que figure le rideau relevé. Au tissu dans la scène répond le tissu qui circonscrit la scène, comme au carton répond la tapisserie.
Nous avons vu enfin, sur la tapisserie, comment la circulation des regards entre les dames de la duchesse excluait don Quichotte, constituant la sphère privée des spectateurs en public autonome, qui n'a plus besoin de la scène et devient à lui seul, pour nous, le spectacle. C'est moins net sur la peinture, où la demoiselle qui débarrasse don Quichotte de son épée lui fait face et le regarde. Sur la tapisserie, son regard semble aller haut, vers ses compagnes placées derrière le chevalier. Est-ce délibéré, ou est-ce un artefact du tissage ?
Louis de Surugue d'après Antoine Coypel, Don Quichotte servi par les demoiselles de la Duchesse, 1724, gravure sur cuivre, estampe tirée de l’Histoire de Don Quichotte gravée d’après ses cartons de tapisserie.
La gravure de Surugue est réalisée en 1724 juste après le tableau de Coypel, qui date de 1723. Ces compositions sont de vingt ans antérieures à celle de Natoire, exposée au Salon de 1742. Coypel a déjà commencé d'opérer les transformations nécessaires à la scénographie théâtrale du récit de Cervantès. Il situe l'accueil de don Quichotte dans un espace qui n'est ni la cour du château du duc et de la duchesse, ni la salle d'apparat du 1er étage, où Cervantès le fait désarmer.
La scène est dans le hall d'entrée du château, donnant sur le parc. C'est une pièce beaucoup plus fermée que chez Natoire, avec une fenêtre à croisillons sur la droite, sans le balcon que Natoire a imaginé pour tenir lieu de la coursive extérieure espagnole. Chez Coypel, le décor de fond de scène – l'arche flanquée de deux niches donnant sur le parc – structure l'ensemble de la composition. C'est la structure tripartite importée du théâtre italien de la Renaissance, elle-même héritée de l'espace multiple du retable gothique.
Coypel suit de plus près le récit du début du chapitre 31 de la 2e partie : pendant que, d'un côté, donc Quichotte est revêtu d'un manteau (qu'on voit à peine) et débarrassé de son épée, de l'autre Sancho prie les demoiselles de s'occuper de son âne. Au fond, au centre, un couple descend l'escalier qui conduit du parc au château : faut-il y deviner le duc et la duchesse ?