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Cléombrote envoyé en exil par Léonidas - Benjamin West

Notice #010218

Image HD

Artiste :
West, Benjamin (1738-1820)
Date :
1768
Nature de l'image :
Peinture sur toile
Sujet de l'image :
Sujet historique. Léonidas
Lieu de conservation :
Londres, Tate Britain (anciennement The Tate Gallery)
N.00121
Dimensions (HxL cm) :
138x185

Analyse

Analyse de l'image :
« Léonidas semblait mal disposé surtout envers lui, et laissant Agis de côté, c’est contre Cléombrote qu’il marcha, suivi d’une troupe de soldats. Mis en sa présence, il lui reprochait avec colère d’avoir conspiré contre un Prince dont il était le gendre, de l’avoir dépouillé de la royauté et chassé de sa patrie. XVII. Cléombrote n’avait rien à répondre ; en proie à la pire détresse, il restait assis et se taisait. Mais Chilonis, la fille de Léonidas, était là. Elle avait jadis partagé le triste sort fait à son père ; et, lors de l’avènement de Cléombrote, elle s’était séparée de son mari pour assister ce père dans le malheur. A Sparte, elle s’associait aux supplications de Léonidas ; après son exil, elle prit le deuil et se montra jusqu’au bout sévère pour Cléombrote. Alors, toujours fidèle au malheur, bien que la victime eût changé, on put la voir à côté de son mari, en posture de suppliante comme lui. Elle l’enlaçait de ses mains et elle avait à ses pieds leurs deux enfants, un de chaque côté. Comme tout le monde l’admirait et versait des larmes sur sa bonté et sa tendresse, elle porta la main à ses vêtements et à sa chevelure négligés en disant « Mon père, cette tenue et cette mine ne viennent pas de ma pitié pour Cléombrote ; je les dois à tes malheurs. Depuis ton exil, le deuil est mon commensal et mon compagnon de chaque jour. Me faut-il donc, lorsque tu règnes à Sparte et que tu remportes la victoire, vivre toujours dans le malheur ? Ou bien pourrai-je prendre les vêtements éclatants d’une Reine, après t’avoir vu tuer l’époux de ma jeunesse ? S’il n’arrive pas à te fléchir et à te désarmer par les larmes de ses enfants et de sa femme, son dessein malheureux d’autrefois lui vaudra une peine plus rigoureuse que toi, tu ne le voudrais : il me verra, moi qu’il aime tant, mourir avant lui ! Car de quel front me présenter devant les autres femmes, moi qui n’obtiens de pitié ni de mon mari, ni de pion père ? Je n’ai été épouse et fille que pour partager l’infortune et le déshonneur des miens. Si mon mari pouvait jadis invoquer un prétexte spécieux, je le lui ai ôté en faisant avec toi cause commune et en témoignant contre sa conduite. Mais toi, tu lui rends aisée la défense de son crime, en montrant que la royauté est un bien si grand et si enviable que, pour elle, il est juste de tuer ses gendres et de négliger ses enfants ! » XVIII. Chilonis, en faisant entendre ces prières, mit son visage contre la tête de Cléombrote et reporta sur les assistants le regard trouble de ses yeux consumés par le chagrin. Léonidas, lui, après avoir conféré avec ses amis, dit à Cléombrote de se relever et de partir ; mais il priait sa fille de rester et de ne pas l’abandonner, lui qui l’aimait tant et lui avait accordé la grâce de son mari. Cependant il n’arriva pas à la convaincre. Comme son mari se relevait, elle lui mit dans les mains l’un des petits enfants, prit l’autre, et, après s’être prosternée devant l’autel du dieu, elle partit avec lui. » (Plutarque, Vies parallèles, Agis et Cléomène)