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Le vieillard et ses enfants (La Fontaine, Desaint et Saillant, 1755) - Oudry

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Date :
1755
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Burin et eau-forte
Sujet de l'image :
RĂ©s YE 114, Tome II, livre 4, Fable 78
ƒuvre signĂ©e
LĂ©gende

Analyse

Toute puissance est faible, Ă  moins que d’ĂȘtre unie :
Ecoutez là-dessus l’esclave de Phrygie.
Si j’ajoute du mien à son invention,
C’est pour peindre nos mƓurs, et non point par envie ;
Je suis trop au-dessous de cette ambition.
PhÚdre enchérit  souvent par un motif de gloire ;
Pour moi, de tels pensers me seraient malséants.
Mais venons à la fable, ou plutît à l’histoire
De celui qui tñcha d’unir tous ses Enfants.
Un Vieillard prĂȘt d’aller oĂč la mort l’appelait :
Mes chers enfants, dit-il (Ă  ses Fils il parlait),
Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble ;
Je vous expliquerai le nƓud qui les assemble.
L’AĂźnĂ© les ayant pris et fait tous ses efforts,
‹Les rendit, en disant : Je le donne aux plus forts.‹
Un second lui succùde, et se met en posture,‹
Mais en vain. Un Cadet tente aussi l’aventure.‹
Tous perdirent leur temps, le faisceau résista :
De ces dards joints ensemble un seul ne s’éclata.
Faibles gens ! dit le pĂšre, il faut que je vous montre
Ce que ma force peut en semblable rencontre.
On crut qu’il se moquait, on sourit, mais à tort.
Il sépare les dards, et les rompt sans effort.
Vous voyez, reprit-il, l’effet de la concorde.
Soyez joints, mes Enfants, que l’amour vous accorde.
Tant que dura son mal, il n’eut autre discours.
Enfin, se sentant prĂȘt de terminer ses jours :
Mes chers Enfants, dit-il, je vais oĂč sont nos pĂšres.
Adieu, promettez-moi de vivre comme FrĂšres ;
Que j’obtienne de vous cette grñce en mourant.
Chacun de ses trois Fils l’en assure en pleurant.
Il prend Ă  tous les mains ; il meurt ; et les trois FrĂšres
Trouvent un bien fort grand, mais fort mĂȘlĂ© d’affaires.
Un Créancier saisit, un Voisin fait procÚs :
D’abord notre trio s’en tire avec succùs.
Leur amitiĂ© fut courte,  autant qu’elle Ă©tait rare.
Le sang les avait joints, l’intĂ©rĂȘt les sĂ©pare.
L’ambition, l’envie, avec les Consultants,
Dans la succession entrent en mĂȘme temps.
On en vient au partage, on conteste, on chicane.
Le Juge sur cent points tour Ă  tour les condamne.
Créanciers et Voisins reviennent aussitÎt ;
Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut.
Les FrĂšres dĂ©sunis sont tous d’avis contraire ;
L’un veut s’accommoder, l’’autre n’en veut rien faire.
Tous perdirent leur bien, et voulurent trop tard
Profiter de ces dards unis et pris Ă  part.

Annotations :

1. SignĂ© sous l’image Ă  gauche « J. B. Oudry inv. », Ă  droite « NoĂ«l Le Mire Sculp. »
Légende dans le cartouche, « LE VIELLARD ET SES ENFANS. Fable LXXVIII. »
2. Fables choisies mises en vers
, tome second.

Sources textuelles :
La Fontaine, Fables (1668-1692)
Livre IV, Fable 18, Pléiade p. 165

Informations techniques

Notice #012691

Image HD

Identifiant historique :
B2010
Traitement de l'image :
Image web
Localisation de la reproduction :
https://gallica.bnf.fr