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Biren trahit Olympe, Roger chez Logistille (Roland furieux, Valgrisi, 1560 ch10)
Biren trahit Olympe, Roger chez Logistille (Roland furieux, Valgrisi, 1560 ch10)

Notice #001308

Image HD

Série de l'image :
Lodovico Ariosto, Orlando furioso, Venise, V. Valgrisi, 1560, con privilegio
Auteur(s) :
Dosso Dossi, Giovanni de Lutero dit (1489-90/1542)
Problème datation
Entre 1556 et 1560
Nature de l'image :
Gravure sur bois
Sujet de l'image :
Fiction, 16e siècle
Lieu de conservation :
Montpellier, Médiathèque centrale d’agglomération Émile Zola
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
37511RES
Sujet de recherche :
Iconographie du Roland furieux
Traitement de l'image :
Image web
N° de commande :
2110189
Date de commande :
22/06/2001
Photo sur papier
Localisation de la reproduction :
https://memonum-mediatheques.montpellier3m.fr

Analyse

Analyse de l'image :

    Au chant IX, Olympe, sacrifiant famille et royaume, a sauvé Biren, prisonnier du roi Cimosque à Dordrecht en Hollande, en implorant l’aide de Roland. Mais Biren tombe amoureux de la fille de Cimosque (X, 10), pourtant promise à son frère.     Au premier plan de la gravure est représentée la trahison de Biren. Emmenant avec lui Olympe et la fille de Cimosque, Biren rentre de Hollande, où il était prisonnier, mais son vaisseau s’égare sur une île déserte (st. 16). À droite sur le bateau sont représentés Biren (BIR) et deux femmes. Olympe (OL) à gauche, bras croisés contre la poitrine, tête inclinée, est dans la position pudique et chaste. Biren lui tourne le dos pour convoiter la fille de Cimosque.     Biren ayant fait dresser une tente sur l’île avait feint de s’endormir avec Olympe. À gauche, Olympe endormie et confiante (OL) ne voit pas que Biren, au centre, reprenant ses vêtements, est en train d’embarquer sur son vaisseau, l’abandonnant sur l’île. Par une contradiction caractéristique des compositions narratives, le vaisseau de Biren au premier plan à droite figure à la fois le moment de l’arrivée dans l’île (les trois protagonistes sont encore à bord) et celui du départ nocturne et subreptice sans Olympe.     Au second plan à gauche, Olympe délaissée sur l’île fait de grands gestes, implorant à droite le retour du bateau qui l’a abandonnée (st. 23).     Avec le troisième plan, on change d’histoire (st. 35). Face à face sont représentées l’île d’Alcine (ISOLA DI ALC.) et l’île de Logistille (ISOLA DEI LOGI.), la fée de la luxure et la fée de la raison (en fait, dans le texte, il s’agit de deux parties d’une même île, séparées d’un côté par un golfe, de l’autre par une montagne inhabitée. Voir VI, 45). De gauche à droite, Roger (RV) sur son cheval fuit le palais d’Alcine. Trois suivantes d’Alcine essaient de le retarder en le tentant avec les plaisirs du banquet (st. 36). Roger sans s’arrêter s’embarque avec son cheval sur la barque d’un vieux nocher (st. 43), affronte les bateaux d’Alcine (deux bateaux au-dessus de lui) avec son bouclier magique (figuré par les rayons lumineux autour de la barque, censés éblouir et anéantir l’adversaire ; st. 49) et accoste dans l’île de Logistille où il est accueilli par quatre dames, Andronique, Phronésis, Dicille et Sophrosyne (st. 52 ; A., P., D., S.).     A droite, au premier étage du palais, Roger (R repris sur la colonne par RV) retrouve Astolphe (A) auprès de Logistille (LO ; st. 64). La fée Mélisse (ME), qui a rétabli les prisonniers d’Alcine dans leur apparence humaine et les a fait venir chez Logistille, demande à celle-ci aide et protection pour les deux chevaliers (fenêtre de gauche, st. 65). Sur le toit du palais, on distingue la végétation du jardin suspendu (st. 61), à la manière du palais de Logistique dans Le Songe de Poliphile.     Au-dessus, à droite, la flotte de Logistille met le feu à celle d’Alcine, au centre, qui s’enfuit seule en barque (AL. ; st. 54), vers son île. Complètement à gauche (sous l’enseigne du palais d’Alcine), Roger (RV) tenant l’hippogriphe en bride termine son tour du monde et arrive en Angleterre (INGH, st. 72) où il rejoint Renaud (RIN, un peu au-dessus) envoyé par Charlemagne et passant en revue les troupes qui viendront en renfort pour défendre Paris (st. 74). Roger fait une démonstration de son hippogriffe face aux soldats émerveillés puis part vers l’Irlande (RV. ; st. 91).     Tout en haut, de la gauche vers le centre, Roger survole les côtes d’Irlande (IRLAN à gauche) d’où il voit Angélique (ANG.) attachée au rocher sur l’île des pleurs, qu’habitent les Ebudiens (EBV ; st. 93). Au centre, depuis son hippogriffe Roger ne parvient pas à tuer l’orque avec sa lance (st. 101).     Roger confie donc à Angélique l’anneau magique de Mélisse et éblouit l’orque avec le bouclier d’Atlant. Mais il ne réussit toujours pas à tuer l’orque. Angélique supplie alors Roger de laisser l’orque évanouie, de la délivrer et de l’emmener. Prenant Angélique en croupe, Roger passe en Bretagne sur son hippogriphe : l’arrivée en Bretagne est représentée au coin supérieur gauche de la gravure ; l’Irlande fait alors office de Bretagne... Face à Angélique nue, Roger est alors pris d’un furieux et coupable désir.         La composition d’ensemble de la gravure est tripartite : l’île où Biren abandonne Olympe délimite le territoire du bas, consacré à la contre-performance par excellence qu’est la trahison. Le territoire intermédiaire est occupé par l’île d’Alcine, décomposée en deux îles dont la répartition spatiale est symbolique : à gauche, l’île d’Alcine est l’île de la tentation et des plaisirs, allégorisés par les trois demoiselles qui entourent Roger et tentent de le retenir avec de la nourriture. A droite, l’île de Logistille est l’île de la raison et de la vertu, allégorisées par les quatre demoiselles aux noms grecs qui accueillent Roger. La barque où Roger dévoile le bouclier d’Atlant, entre ces deux îles, figure le balancement, le suspens entre les valeurs et les contre valeurs. La refondation symbolique à droite n’est pas chevaleresque, mais humaniste : c’est la raison, non la chevalerie qu’incarne Logistille, qui donne à Roger un harnais pour domestiquer l’hippogriffe, allégorie de la domestication des passions par la raison. Tout en haut, l’Angleterre, l’Irlande et Ébude constituent le troisième territoire, du retour à la chevalerie, autour de deux performances : la revue des troupes par Renaud, passage obligé de la littérature épique (même si l’Arioste accorde plus d’importance aux bannières qu’aux guerriers, aux effets de sens des images qu’à l’évocation des noms), et le combat de Roger contre l’orque.

Annotations :

1. Gravure en verso, sur page de gauche. Numéro de page en haut à gauche, 90, En-tête centré CANTO [DECIMO, p. 91].
3. Francescchi représente non le retour furtif et honteux de Biren, mais sa descente du bateau, ostensiblement galante : il donne la main à Olympe. Le retour de Biren est relégué au second plan.