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Roger tente de violer Angélique (Roland furieux, Valgrisi, 1560, chant 11)
Roger tente de violer Angélique (Roland furieux, Valgrisi, 1560, chant 11)

Notice #002181

Image HD

Série de l'image :
Lodovico Ariosto, Orlando furioso, Venise, V. Valgrisi, 1560, con privilegio
Auteur(s) :
Dosso Dossi, Giovanni de Lutero dit (1489-90/1542)
Date :
Entre 1556 et 1560
Nature de l'image :
Gravure sur bois
Sujet de l'image :
Fiction, 16e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Résac yd 389
Sujet de recherche :
Iconographie du Roland furieux
Traitement de l'image :
Scanner
N° de commande :
2301847
Date de commande :
31/01/2003
Photo sur papier
Localisation de la reproduction :
Collection particulière (Cachan)

Analyse

Analyse de l'image :

Au premier plan, à gauche, Roger, pris d’un furieux désir pour Angélique qu’il vient de délivrer de l’orque des Ébudiens, cherche fébrilement à se débarrasser de son armure (X, 114-115). Angélique à droite, baissant pudiquement les yeux sur sa nudité, tombe sur l’anneau magique (str. 3) que Roger lui avait mis au doigt (anneau qui lui avait appartenu, que Brunel lui avait volé dans le Roland amoureux, que Bradamante avait repris à Brunel au chant IV du Roland furieux, puis confié à Mélisse qui le donne à Roger au chant VIII).     Grâce à cet anneau, Angélique pourra disparaître et échapper à Roger. Au second plan à gauche, elle se réfugie dans une caverne souterraine où elle trouve de la nourriture (str. 9). Le berger qui habite cette caverne (PAS) en sort au moment où elle entre : elle ne se fait pas voir (str. 10). Au-dessus de la caverne, Angélique grossièrement vêtue s’empare de l’une des cavales du berger (str. 12).    

Au centre de la gravure, Roger (RVG) lève les yeux et les bras au ciel en constatant que son hippogriffe, qu’il avait oublié d’attacher, s’est envolé (en haut de la gravure, str. 13-14).    

Sur la droite, Roger sortant de la forêt surprend un géant (GIG) terrassant un guerrier, qu’il prend pour Bradamante (BRA, str. 18-19). Au-dessus, Roger tente de poursuivre le Géant qui emporte Bradamante sur son dos (str. 20).    

En haut est représenté l’épisode de Roland chez les Ébudiens : Roland arrive lentement en bateau en vue de l’île d’Ébude. Voiles remontées, ancre jetée sur la gauche, le bateau est à l’arrêt. Sur la droite, Roland s’avance en canot jusqu’à l’écueil où Olympe (OLIM) est attachée (Roland ne la reconnaît que str. 54). Après avoir planté une ancre dans la gueule de l’orque, il tire le câble pour la ramener sur la rive (str. 41-42). Complètement à gauche, craignant les représailles de Protée, les Ébudiens assaillent Roland qui les met en pièces (str. 46-51), pendant que les Irlandais, qui ont envahi l’île mettent le feu aux habitations (coin supérieur gauche, str. 52).    

Entre le massacre des Ébudiens et le halage de l’orque, le graveur a intercalé la rencontre de Roland (OR) et d’Obert (OBE) : les deux chevaliers s’embrassent devant Olympe nue (str. 59-64).    

Tout en haut sur la gauche, la flotte d’Obert se dirige vers l’Irlande, emmenant Olympie et Roland (str. 77). Puis d’Irlande Roland passe en France, matérialisée par une autre île plus à droite (str. 78).        

La composition de la gravure est tripartite, le territoire central constituant une sorte de triangle dont la base est le côté droit de la gravure. En bas se déploie la contre-performance (c’est le moins qu’on puisse dire !) de Roger, qui trahit Bradamante et échoue à violer Angélique. Au centre Roger laissant filer son hippogriffe est placé entre la fuite d’Angélique à gauche (la tentation du vice) et la fausse vision de Bradamante en danger à droite (le retour à la vertu). C’est ici le lieu du retournement symbolique. Le haut est occupé par les exploits de Roland, le seul chevalier absolument désintéressé : les valeurs se refondent ici, mais dans la parodie de la chevalerie, puisque Roland ne tire aucune gloire de son héroïque exploit ; les Ébudiens délivrés lui tombent dessus et Olympe échoit (avec sa bénédiction) à Obert. Le don d’Olympe à Obert constitue le point culminant du désintéressement de Roland : le graveur le place au centre de l’île, comme couronnement du haut fait (le halage de l’orque à droite) et de son envers moins héroïque, le massacre des Ébudiens : ici encore la disposition des épisodes dans l’espace obéit moins à des contraintes géométrales que symboliques.

Annotations :

1. Gravure en verso, sur page de gauche. Numéro de page en haut à gauche, 102 ; en-tête centré, CANTO [VNDECIMO, p. 103].

3. Dans l’édition Franceschi, Angélique nue est tournée de dos, par pudeur ? Sur la figuration d’Angélique comme détournement érotique de la Vénus pudique, dite Vénus du Cnide, voir la gravure de l’édition Valvassori (lien).