Aller au contenu principal
La goutte et l’araignée (Fables de La Fontaine, 1668) - Chauveau

Notice #001583

Image HD

Série de l'image :
Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, in-4°, Denys Thierry, 1668
Auteur(s) :
Chauveau, François (1613-1676)
1668
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 17e siècle
Lieu de conservation :
Versailles, Bibliothèque municipale centrale
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Rés. Lebaudy in-4 32
Traitement de l'image :
Photo numérique
N° de commande :
Localisation de la reproduction :
Collection particulière

Analyse

Analyse de l'image :
La gravure représente un riche palais. Au premier plan, un malade atteint de la goutte est entouré de ses médecins. On lui porte un remède, on examine ses urines, on panse sa jambe souffrante. Seul l’exercice permettrait de guérir de la goutte ; ce malade riche et choyé fait donc prospérer la maladie. Ce premier espace est délimité par un mur de séparation ouvrant au second plan sur une autre pièce, où l’araignée au centre de sa toile est chassée par une servante qui fait le ménage. Le palais du riche est donc bon pour la goutte et mauvais pour l’araignée. La gravure met ici en relation deux scènes opposées. Ces scènes ne sont pas simultanées. L’araignée chassée correspond au premier mouvement de la fable, tandis que la goutte triomphante correspond au second mouvement. Jamais l’araignée et la goutte ne se sont trouvées ensemble au même moment dans le palais du riche. Le moment de la représentation est donc un moment artificiel. L’araignée semble regarder, au-delà du mur-écran, son amie la goutte prospérer.
   
   Texte de la fable :
   Quand l’Enfer eut produit la Goutte et l’Araignée :
   Mes filles, leur dit-il, vous pouvez vous vanter
   D’être pour l’humaine lignée
   Egalement à redouter.
   Or avisons aux lieux qu’il vous faut habiter.
   Voyez-vous ces cases étrètes,
   Et ces palais si grands, si beaux, si bien dorés ?
   Je me suis proposé d’en faire vos retraites.
   Tenez donc ; voici deux bûchettes :
   Accommodez-vous, ou tirez.
   Il n’est rien, dit l’Aragne, aux cases qui me plaise.
   L’autre, tout au rebours, voyant les palais pleins
   De ces gens nommés Médecins,
   Ne crut pas y pouvoir demeurer à son aise.
   Elle prend l’autre lot, y plante le piquet,
   S’étend à son plaisir sur l’orteil d’un pauvre homme,
   Disant : Je ne crois pas qu’en ce poste je chomme,
   Ni que d’en déloger et faire mon paquet
   Jamais Hippocrate me somme.
   L’Aragne cependant se campe en un lambris,
   Comme si de ces lieux elle eût fait bail à vie ;
   Travaille à demeurer ; voilà sa toile ourdie ;
   Voilà des moucherons de pris.
   Une servante vient balayer tout l’ouvrage.
   Autre toile tissue ; autre coup de balai :
   Le pauvre Bestion tous les jours déménage.
   Enfin après un vain essai,
   Il va trouver la Goutte. Elle était en campagne,
    Plus malheureuse mille fois
   Que la plus malheureuse Aragne.
   Son hôte la menait tantôt fendre du bois,
   Tantôt fouir, houer. Goutte bien tracassée
   Est, dit-on, à demi pansée.
   Oh ! je ne saurais plus, dit-elle, y résister :
   Changeons, ma sœur l’Aragne. Et l’autre d’écouter.
   Elle la prend au mot, se glisse en la cabane :
   Point de coup de balai qui l’oblige à changer.
   La Goutte d’autre part, va tout droit se loger
   Chez un Prélat qu’elle condamne
   A jamais du lit ne bouger.
   Cataplasmes, Dieu sait. Les gens n’ont point de honte
   De faire aller le mal toujours de pis en pis.
   L’une et l’autre trouva de la sorte son conte ;
   Et fit très sagement de changer de logis.
   Je me suis proposé d’en faire vos retraites.
   Tenez donc ; voici deux bûchettes :
   Accommodez-vous, ou tirez.
   Il n’est rien, dit l’Aragne, aux cases qui me plaise.
   L’autre, tout au rebours, voyant les palais pleins
   De ces gens nommés Médecins,
   Ne crut pas y pouvoir demeurer à son aise.
   Elle prend l’autre lot, y plante le piquet,
   S’étend à son plaisir sur l’orteil d’un pauvre homme,
   Disant : Je ne crois pas qu’en ce poste je chomme,
   Ni que d’en déloger et faire mon paquet
   Jamais Hippocrate me somme.
   L’Aragne cependant se campe en un lambris,
   Comme si de ces lieux elle eût fait bail à vie ;
   Travaille à demeurer ; voilà sa toile ourdie ;
   Voilà des moucherons de pris.
   Une servante vient balayer tout l’ouvrage.
   Autre toile tissue ; autre coup de balai :
   Le pauvre Bestion tous les jours déménage.
   Enfin après un vain essai,
   Il va trouver la Goutte. Elle était en campagne,
   Plus malheureuse mille fois
   Que la plus malheureuse Aragne.
   Son hôte la menait tantôt fendre du bois,
   Tantôt fouir, houer. Goutte bien tracassée
   Est, dit-on, à demi pansée.
   Oh ! je ne saurais plus, dit-elle, y résister :
   Changeons, ma sœur l’Aragne. Et l’autre d’écouter.
   Elle la prend au mot, se glisse en la cabane :
   Point de coup de balai qui l’oblige à changer.
   La Goutte d’autre part, va tout droit se loger
   Chez un Prélat qu’elle condamne
   A jamais du lit ne bouger.
   Cataplasmes, Dieu sait. Les gens n’ont point de honte
   De faire aller le mal toujours de pis en pis.
   L’une et l’autre trouva de la sorte son conte ;
Et fit très sagement de changer de logis.
Annotations :
1. Signé en bas vers le centre gauche « F. C. »
2. Livre III, Fable 8.