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Alexis face aux vers feints pour Amynthe (L’Astrée, 1733, III, 10) - Guélard

Notice #016252

Image HD

Série de l'image :
L’Astrée de M. d’Urfé, Paris, Pierre Witte & Didot, 1733, 5 vol. in-12
Auteur(s) :
Guélard, Jean-Baptiste Antoine, grav. parisien actif 1730-1755
Date :
1733
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 17e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Y2-7043
Traitement de l'image :
Image web

Analyse

Analyse de l'image :
Céladon déguisé en Alexis marche en rêvant au bord du Lignon, suivi d’Astrée et de Diane, Léonide restant en arrière pour attendre Paris. Céladon-Alexis se croit seul et se souvient des lettres d’Astrée qu’il lisait sous un vieux saule. Il arrive devant ce vieux saule et y retrouve avec douleur les vers qu’il a gravés de son faux amour pour Amynthe. Ce faux amour de commande, pour donner le change aux parents que contrariait son amour pour Astrée, a précipité la rupture d’Astrée, sa tentative de suicide par noyade et toutes les aventures qui ont suivi.
   
    « Leonide s’arresta donc pour attendre Paris, et les deux bergeres continuerent leur chemin, et hasterent de sorte leurs pas, qu’elles attaignirent la feinte Druyde [=Céladon-Alexis], regardant un vieux saule, qui m’y-mangé de l’injure du temps, ne retenoit plus qu’une vuide et creuse escorce le long de ce petit bras de Lignon, - O saule, disoit-elle en soy mesme, que sont devenuës les lettres que j’ay confiees si souvent sous ta foy, et pourquoy ne me rends-tu pas les mesmes bons offices que tu faisois en ce temps-là, en me donnant tous les jours une nouvelle asseurance de la bonne volonté de ma bergere, puis que tu ne me revois pas avec moins d’Amour, ny moins d’affection ? O Dieux, je t’entends bien ! ô saule bien-aymé ! tu veux dire que si le cœur de cette belle bergere eust esté aussi arresté par les services que je luy ay rendus, que tu l’és par tes racines, tu me presenterois ce matin aussi bien que tu faisois en ce temps là tous les jours une de ses lettres, ou plustost les chers tesmoignages de sa bonne volonté, mais que comme du temps que j’estois si heureux, tu ne m’as jamais voulu tromper, de mesme ne le feras tu point à cette heure que le malheur m’accompagne avec tant d’opiniastreté.
     Pour peu qu’elle eust proferé ces paroles plus haut, ces belles bergeres les eussent ouyes, mais de bonne fortune, elle n’ouvroit point la bouche, et c’estoit sa seule pensee qui les alloit redisant : et parce qu’elles ne voulurent interrompre les douces imaginations qu’elles pensoient qui fussent avec elle, elles s’arresterent, et lors que la Druyde marchoit elles en faisoient de mesme, non pas pour descouvrir ce qu’elle avoit en l’ame, mais seulement pour ne la point divertir par leur presence d’un entretien qu’elles jugeoient luy estre si agreable. Alexis donc pensant estre seule continuoit ses pensees, et ses pas le long de ce petit ruisseau, ce qu’elle ne fit pas long temps sans rencontrer l’Arbre à main droicte, où deux jours avant son malheureux accident [=la noyade de Céladon] elle avoit gravé les vers qui tesmoignoient avec combien de contrainte il feignoit de vouloir du bien à la bergere Amynthe, et soudain y jettant les yeux dessus, ô combien cette veue luy donna de mortels ressouvenirs ! Peut estre que la lecture de ces parolles luy eussent fait dire quelque chose assez haut pour estre ouye de ces bergeres qui la suivoyent, si de fortune en mesme temps Silvandre, qui n’estoit pas loing de là, ne se fust mis à chanter : Et parce que la voix venoit du costé où ces bergers estoient, Alexis tournant la teste de son costé, les apperceut non point trop éloignees. » (éd. 1619, 433r-v)
Annotations :
1. Signé sous la gravure à droite « Guélard sculp. »