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Livre V. La tempête (Pharsale, trad Brébeuf, 1657)

Notice #016861

Image HD

Série de l'image :
La Pharsale de Lucain, trad. Brébeuf, Rouen, Maury pour Paris, Sommaville, 1657
1657
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Sujet historique. César et Pompée (49 av. JC)
Lieu de conservation :
Collection particulière (Madison)
Traitement de l'image :
Image web

Analyse

Analyse de l'image :
César et le batelier Amyclas dans la tempête.
   
   Il achevait à peine, un tourbillon rapide ébranle la poupe, rompt les cordages, enlève et fait voltiger la voile au-dessus du fragile mât. La barque gémit sous le coup. Alors tous les périls ensemble fondent sur le héros, tous les vents viennent l’assaillir. Ce fut toi, Corus, qui le premier, élevas ta tête du sein de la mer Atlantique. Le volume immense des flots soulevés t’obéissait, et allait se briser contre le rivage, quand le froid Borée s’élance et les repousse : la mer entre vous suspendue, ne sait auquel des deux céder. Mais vient l’Aquilon furieux, qui emporte les flots roulés sur eux-mêmes, et laisse le sable à découvert. Aucun de ces vents ne parvient à pousser jusqu’au bord les vagues qu’il entraîne ; elles se brisent contre les vagues que pousse le vent opposé ; et quand les vents s’apaiseraient soudain, les flots se heurteraient encore. Il semble que des fougueux enfants d’Éole, aucun ne soit resté dans ses antres profonds. Chacun d’eux défend ses rivages ; et grâce â leurs efforts contraires, la mer se contient dans son lit. Jamais les rochers qui la bordent n’avaient vu ses eaux s’élever avec tant de fureur et de violence. On croit revoir le temps où le Dieu souverain du ciel, las de lancer la foudre sur la terre, remit nos crimes à punir au Trident du dieu des eaux, et lui céda peur quelques jours une partie de son empire. La mer alors ne reconnut d’autres limites que les cieux. Peu s’en fallut qu’il n’en fût de même dans cette nuit, dont les ténèbres rappelaient la nuit des enfers. L’air s’affaisse, la mer s’élance, et le flot va dans les nuages se grossir de nouvelles eaux. Cette horreur profonde n’est pas même éclairée par les terribles feux de la foudre ; ils sont éteints aussitôt qu’allumée dans l’humide épaisseur de l’air. Au bruit du tonnerre et des flots, au choc des vents et des tempêtes, les voûtes du ciel sont ébranlées, et du monde chancelant sur son axe les deux pôle. semblent fléchir. La nature bouleversée frémit de rentrer dans le chaos. On eût dit que les éléments avaient rompu leur alliance, et qu’on allait revoir ce ténébreux désordre où étaient confondus les cieux et les enfers. 
Le seul espoir de salut qui reste à César, c’est de voir qu’il n’a pas encore péri dans ce combat des éléments. Quand la barque est portée sur la croupe des flots, le pâle matelot voit l’abîme au-dessous de lui ; et lorsque la barque se précipite dans le vaste sillon des ondes, à peine la cime du mât parait-elle au-dessus des eaux. Tantôt les voiles sont dans les nuages, et tantôt la carène touche au sable de la mer, car toute la masse des eaux divisée en monceaux d’écume, laissé leur intervalle à sec.