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1001 quarts d’heure. Schems-Eddin (Cabinet des fées, t21, 1785) - Marillier

Notice #016925

Image HD

Série de l'image :
Chevalier de Mayer, Cabinet des fées, ou coll. choisie des contes de fées…, 1785
Auteur(s) :
Marillier, Clément-Pierre (1740-1808)
Le Veau, Jean Jacques André (1729-1785), graveur au burin
Date :
1785
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Lieu de conservation :
Madison Wisconsin, Memorial Library
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
PZ24C3 (21)
Traitement de l'image :
Photo numérique

Analyse

Analyse de l'image :
Shemseddin Mohammed, visir du sultan d’Égypte, est un personnage des Mille et une nuits. Il refuse de marier sa fille au sultan qui le lui demande (Cabinet des fées, vol. 8, 99e nuit, p. 73, Histoire de Bedreddin Hassan).
   
    L’histoire de Gueulette est la suivante :
    Un derviche d’Astracan confie un enfant trouvé à un tailleur et à sa femme qui vient de perdre une fille en couches. Le petit garçon est nommé Schems-Eddin. Le jeune homme devient à son tour un tailleur réputé : il confectionne des vêtements parfaitement ajustés rien qu’en regardant ses clients, sans avoir à prendre de mesures. Une vieille lui demande de venir habiller une des plus belles dames d’Astracan. Mais il devra se laisser bander les yeux. Schems-Eddin est conduit dans un salon où trois dames voilées sont assises sur un trône d’argent. La plus âgée lui demande de confectionner des habits pour les deux plus jeunes, sans prendre leur mesure. On lui confie les plus riches étoffes et on le ramène chez lui, les yeux à nouveau bandés. Mais Schems-Eddin a été frappé par la beauté et les yeux de la plus jeune dame. Il livre une semaine plus tard les habits, que les dames essaient, il est à nouveau ébloui par la plus jeune. On lui en commande d’autres. Au quatorzième habit, Schems-Eddin fou d’amour glisse une lettre dans la poche de l’habit qu’il destine à celle qu’il aime. A la faveur d’une prétendue retouche à faire, on lui glisse une réponse : il est aimé, mais en pure perte car la dame est destinée aux plaisirs du vieux roi d’Astracan.
    Schems-Eddin tombe malade. Les dames, bravant dangers et interdits, viennent à son chevet. Il leur promet de livrer les vêtements suivants. Lors des essayages, on lui demande de les rehausser de bijoux. A ce moment le roi d’Astracan fait irruption furieux. Schems-Eddin lui lance un poignard et le blesse profondément. Alors que Schems-Eddin allait être exécuté, la plus âgée des dames reconnaît sous son sein droit une tache en forme de grenade : c’est son fils, qu’elle avait abandonné à cause d’une prédiction qu’il serait le meurtrier de son père.
    Le roi d’Astracan pardonne Schems-Eddin et le reconnaît officiellement pour son fils. Il conjure Zeb-El-Caton, la demoiselle du sérail dont il était vainement amoureux, de bien vouloir épouser Schems-Eddin, et il meurt réconcilié avec sa première épouse.
    Schems-Eddin épouse alors la femme qu’il aime, mais il est bientôt tourmenté de cauchemars qui lui représentent son père sanglant. Il part avec Zebd-El-Caton en pélerinage à la Mecque pour expier son parricide. Sur le retour sa femme tombe malade et meurt en lui prophétisant de nouvelles épreuves.
    Sur la route, leur caravane est attaquée par des Bédoins qui les massacrent et pillent leurs richesses, dont le cercueil de Zebd-El-Caton. Schems-Eddin est laissé pour mort, il cherche le corps de son épouse. Un iman le recueille. Il réussit à rentrer à Astracan.
    Mais là un neveu du visir Ben-Bukar l’accueille et le fait mettre aux chaînes : Ben-Bukar a pris le pouvoir en son absence, après avoir assassiné la mère de Schems-Eddin, la sultane Dugmé. C’est lui aussi qui a fait assassiner Zebd-El-Caton. Ben-Bukar n’ose pas assassiner Schems-Eddin : il le fait aveugler avec un fer ardent et jeter en prison.
   
   La scène ici illustrée représente, après l’arrestation de Schems-Eddin par Zemzin, l’arrivée de l’usurpateur Ben-Bukar et de ses quatre bourreaux :
    « Mais quel fut l’étonnement de Schems-Eddin, en entrant [dans son palais], de se voir chargé de chaînes par le même Zemzin qui venoit de le combler d’honneur. Il apprit alors avec une douleur sans égale, que le cruel Ben-Bukar son beau-frère, après avoir lui-même étranglé sa femme & la sultane Dugmé, s’étoit emparé du royaume, avoit fait massacrer se sfisèles sujets, & ceux qui avoient voulu s’opposer à son élévation, & qu’il devoit lui-même se préparer bientôt à un pareil sort.
    […] Le prince n’avoit pas achevé ces mots, que l’usurpateur, suivi de quatre bourreaux, entra dans le sallon où étoit Schems-eddin ; sa présence l’épouvanta : ah ! barbare visir, lui cria-t-il, du plus loin qu’il le vit, viens-tu couronner ton crime? Le sang de ta femme & de ma mère, qui s’élève déjà assez contre toi, ne peut-il assoucir ta rage ; voilà ma tête, frappe, mais songe qu’un jour devant le tribunal du grand dieu, je te reprocherai l’énormité de tes actions ; & que, lorsque les anges lui rendront témoignage de la vérité, toute cette puissance, sous qui tremblent & gémissent mes sujets, n’empêchera pas alors que tu ne sois condamné & sévérement puni de ton exécrable parricide.
    Ces vifs reproches étonnèrent [= frappèrent de stupeur] l’usurpateur ; il n’eut pas la force en ce moment d’ordonner la mort de son roi légitime ; ses menaces l’épouventèrent ; il crut déjà voir la main de dieu levée sur sa tête ; il se contenta seulement, pour mettre Schems-Eddin hors d’état de remonter jamais sur le trône, de lui faire passer plusieurs fois devant les yeux un fer ardent, qui le priva de la vue, & le fit ensuite conduire dans une profonde prison. »
   
   Suite de l’histoire :
    Cependant, deux visirs fidèles à Schems-Eddin conduisent une révolte et assassinent Ben-Bukar. Un médecin, Abubeker, apprend au roi d’Astracan rétabli sur le trône qu’il peut peut-être recouvrer la vue grâce à un oiseau qui se trouve sur l’île de Serendib, sur un arbre aux feuilles coupantes, et porte un vase d’or autour du cou, qui recueille une liqueur que distille son bec. Seule la femme fidèle du malade peut accéder à ce vase…
    Les autres médecins se moquent d’Abubeker, mais celui-ci part en expédition, avec le soutien du roi. En son absence, les médecins jaloux se vengent sur le fils d’Abubeker…
Annotations :
1. En haut à gauche « Les Milles et un Quart d’heure », à droite « pag. 21. pag. 36 » (lire : Tome 21, page 36)
Légende dans le cartouche : « Ah ! Barbare Visir viens-tu couronner ton crime ; le | sang de ta femme et de ma mere, qui s’eleve déjà | assez contre toi ne peut-il assouvir ta rage. »
Signé sous le cartouche à gauche « C. P. Marillier dir. », à droite « Le Veau sc. »
Gravure insérée après la p. 36, la citation débute à la 8e ligne.