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La mort de Dursan (La Vie de Marianne, 10e partie, éd. 1778) - Fokke

Notice #006968

Image HD

Série de l'image :
Marivaux, La Vie de Marianne, Amsterdam, Changuion, 2 vol in12, 1778
Auteur(s) :
Fokke, Simon (1712-1784)
1742
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Département Littérature et art
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Smith Lesouef R-1874
Traitement de l'image :
Photo numérique
Localisation de la reproduction :
Collection particulière (Cachan)

Analyse

Analyse de l'image :
Tervire, représentée au premier plan à gauche, le mouchoir à la main, détournant les yeux à ce spectacle émouvant, est la grande organisatrice de cette scène, aidée par l’amie de Mme Dursan, Mme Dorfrainville, debout derrière elle près de la porte entrouverte.
    On a amené Dursan fils mourant dans une chambre de Mme Dursan mère, à son insu. Il s’agit de la forcer à se réconcilier avec son fils qui a fait une mésalliance. Un prêtre, convoqué pour administrer les derniers sacrements au mourant, fait venir Mme Dursan au chevet de celui qu’elle ne sait pas être son fils. Le prêtre, à droite, introduit de la main la scène et, en quelque sorte, initie la reconnaissance.
    Dursan fils a saisi la main de sa mère, la forçant à lever les yeux sur lui. Pendant ce temps, son petit-fils lui baise l’autre main, tandis que l’épouse roturière s’essuie humblement les yeux derrière lui. De cette façon le dessinateur a condensé les trois temps de la reconnaissance, qui va crescendo du fils mourant au petit-fils et à la bru, entrée au service de la vieille dame sous le faux nom éloquent de « Brunon ».
    L’espace théâtral de la scène proprement dite est rehaussé par une estrade, sur laquelle est posé le lit. Tervire comme Mme Dorfrainville ne sont pas sur l’estrade et occupent l’espace vague de la scène, en spectatrices attendries. Le prêtre, placé sur l’estrade à droite, mais en retrait, assure par son geste la fonction d’embrayeur visuel. Le rideau du lit est soulevé d’un côté seulement : ce détail est dans le texte. Le rideau est l’écran de la scène : il se lève pour découvrir l’identité du mourant à Mme Dursan.
    Mme Dorfranville, Mme Dursan, son petit-fils et sa bru barrent en diagonale la surface de la représentation : elles constituent un écran concurrent du premier, un écran sensible manifestant la contagion de l’émotion. De part et d’autre de cet écran, Tervire figure le signifiant de la scène, dont elle est la narratrice, et Dursan fils figure le signifié : son visage détient le secret et fournit l’enjeu de la scène.
    L’hésitation entre ces deux dispositions de la scène (le rideau écran / la contagion sensible écran) rend la composition de cette gravure confuse, et beaucoup plus compliquée que celle des gravures de Schley pour les premières parties du roman. Fokke a tenté de réunifier l’ensemble au moyen d’un très invraisemblable rideau de premier plan, en haut à gauche, qui fait de l’ensemble de la composition une scène de théâtre.
Annotations :
1. En haut à droite, au-dessus de la gravure, « X. Part. ».
En bas à gauche, « S. Fokke inv. et fec. 1742 ».