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Les Noces de Tanzaï (Crébillon, L’Écumoire, 1735, gravure frontispice)

Notice #007155

Image HD

Artiste :
Du Bourg, Louis Fabricius (1693-1775), peintre d’histoire et graveur à Amsterdam
Date :
1735
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Lieu de conservation :
Commerce d’art
Dimensions (HxL cm) :
11,6x6,8

Analyse

Analyse de l'image :
Tanzaï s’apprête à épouser la princesse Néadarné, dans le Temple du Singe, où officie le Grand-Prêtre Saugrenutio. Mais Tanzaï doit préalablement conjurer une malédiction qui lui interdit de se marier avant sa 20e année accomplie. Pour ce faire, la Fée Barbacela, qui le protège, lui a fait présent d’une écumoire gigantesque qu’il doit enfoncer dans la bouche d’une vieille, de force, puis du Grand-Prêtre, avec son contentement. Il réussira la première, mais non la deuxième épreuve, déclenchant toutes les péripéties suivantes...
    Le roi, père de Tanzaï et sa future épouse sont représentés à droite sur le char qui les conduit au Temple circulaire qui se dresse au fond : on distingue sur le seuil Saugrenutio le Grand-Prêtre et, au-dessus de lui, le Singe-dieu. Tanzaï vient de descendre du char et, à gauche, se jette sur une vieille femme.
    « La première chose que fit Tanzaï en mettant le pied à terre, fut de chercher s’il ne découvrirait pas la vieille dont Barbacela lui avait parlé.
    Il l’aperçut enfin qui, cachée derrière les gardes, faisait son possible pour lui échapper ; il courut à elle. Quelle fut sa surprise, quand il reconnut la nourrice de Roussa ! Il ne l’en retint pas moins ; mais croyant qu’il fallait adoucir par un compliment la violence qu’il allait lui faire : C’est avec un regret sensible, lui dit-il, que je me vois forcé d’exécuter sur vous les ordres qui m’ont été prescrits. Vous m’obligeriez beaucoup, ma bonne, si vous vous prêtiez de bonne grâce à ce que je vais exiger de vous. Et de quoi s’agit-il donc ? demanda la vieille. Au fond, c’est une bagatelle, reprit le Prince : vous voyez le manche de cette Écumoire, il faut permettre que je vous l’enfonce dans la bouche. À moi, barbare ! s’écria-t-elle. Point d’injures, reprit-il avec dignité, il le faut, et puisque vous répondez si mal à mes bontés, nous allons voir. Qu’on la saisisse, ajouta-t-il.
    Alors la vieille, entre les mains des Gardes, fut forcée de céder aux volontés du Prince. Quoique avec la bouche qu’elle avait, elle eût moins à craindre qu’une autre, le manche était d’une grosseur si prodigieuse qu’elle ne put le regarder sans effroi. Tanzaï s’approcha, et malgré la colère de la vieille, s’apprêta à lui faire subir ce nouveau genre de supplice. Quelque dextérité qu’il employât à cette opération, quelque énorme que fût la bouche à qui il avait affaire, il ne put si bien s’y prendre qu’il ne cassât à la vieille les deux seules dents qui lui fussent restées. La moitié des assistants riait, l’autre plaignait la victime, tous enfin ignoraient pourquoi le Prince se portait à cette violence. Le Grand-Prêtre, surtout, était surpris qu’il se passât à la porte du Temple une chose qui lui paraissait indécente ; il en murmurait tout haut, mais il fut bien plus scandalisé quand le Prince ayant retiré le manche, courut avec promptitude le lui porter. Allons, lui dit-il, que votre Révérence se dépêche, tout dépend de sa diligence. Quoi ? dit Saugrenutio. Je dis, répliqua le Prince, que votre Révérence doit avaler ce manche. » (Livre I, chap. 7, éd. Garnier, pp. 296-297.)
    La vieille s’avère donc être la nourrice de Roussa Blafarda, c’est-à-dire une fée : « une vieille Fée, sa nourrice et son conseil » (I, 5, p. 290). Le nom de cette fée est révélé au chapitre VII : « Souviens-toi, dit-elle à Tanzaï, de ton Écumoire, et gémis à jamais de la vengeance de la Fée Concombre. » (P. 300.)
Annotations :
1. Signé sous la gravure à gauche « L. F. D. B. inv. » (Louis-Fabrice Du Bourg, selon Cohen-Ricci, col. 266), à droite « A. V. D. L. fec. »
2. L’Écumoire, histoire japonoise. Par Mr de Crébillon le fils. Tome premier. A Londres. Aux dépens de la Compagnie. MDCCXXXV
Cette édition comporte deux gravures frontispices, en tête de chacun des deux tomes, reliés en un seul volume dans l’exemplaire de la Bnf : RES 8-Z ADLER-552.
Autre exemplaire :
Institut de France, 8 Pierre 2515
L’adresse à Londres est fausse : Amsterdam ? Paris ?
Le titre de départ et le titre courant sont « Tanzaï et Néadarné ».