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Voyage de Critile & d’Andrenius 2 (Dessins pour le Cabinet des Fées) - Marillier

Notice #008610

Image HD

Série de l'image :
Marillier, Dessins pour le Cabinet des fées, 2 vol., 1785
Auteur(s) :
Marillier, Clément-Pierre (1740-1808)
Date :
1785
Nature de l'image :
Dessin (lavis)
Sujet de l'image :
Fiction, 17e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Manuscrits
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Fonds Rothschild, Picot 225
Traitement de l'image :
Photo numérique

Analyse

Analyse de l'image :
Critile est à la recherche de son ami Andrenio, séduit par une magicienne, Falsirene, qui l’a fait disparaître. N’ayant rien trouvé à Madrid, il décide de partir consulter Artemie. En chemin, il rencontre un homme qui « avoit six sens de nature, un plus que les autres » : Egenie. Egenie l’accompagne à la Cour pour trouver son ami, ésoit qu’il soit encore homme, ou qu’il soit tout-à-fait devenu bête ».
   
    « attends, repliqua Egenie, laisse-moy appliquer mon sixiéme sens, seul remede contre les charmes du sexe : voilà ce gros monceau d’ordures d’où il sort une fumée épaisse, il y a là du feu : ils jetterent tout le fumier qui bouchoit la porte d’une Cave horrible, ils l’ouvrirent avec peine, & apperceurent dedans, à la lueur d’un feu soûterrain, plusieurs corps sans ame, étendus contre terre : il y en avoit de jeunes fort bien faits ; des gens de Lettres & des sçavans, des vieillards riches, qui avoient seulement les yeux ouverts, d’autres qui les avoient bandez avec des linges rudes. En quelques-uns, il n’y avoit presque plus d’autre marque de vie que des soûpirs, ils étoient si nuds qu’on ne leur avoit pas laissé de quoy les ensevelir ; enfin vers le milieu ils trouverent Andrenio, mais si changé que Critile avoit de la peine à le reconnoître ; il se jetta sur luy, & l’embrassa en pleurant, il luy prit la main sans y toruver ny poulx ny chaleur. Cependant Egenie reconnut que la lumiere qui éclairoit ce lieu, ne venoit pas du feu, mais d’une main qui sortit de la muraille ; elle estoit entourée d’un bracelet de perles, & dans les doigts étoient des diamans qui brilloient comme autant de flambeaux, & cette lumiere produisoit un feu qui embrasoit jusqu’aux entrailles. Quelle main est-ce là demanda Critile ? ce ne peut-estre que la main d’un bourreau, répondit Egenie, puisqu’elle étouffe, & qu’elle tuë : il la toucha, & aussi-tost ils se sentirent tous deux émus. Enfin, Egenie voulut essayer s’il ne pourroit point luy ôter son feu. Vilà, dit-il, un feu de goudron, que le vent des amoureux soûpirs, & l’eau des larmes augmentent ; n’importe j’en connois le remede : en effet, il jetta de la poussiere & d ela terre dessus, & ainsi il éteignit ce feu, & dés qu’il fut éteint, tous ces Cadavres se ranimerent. »
Annotations :
1. Au-dessus du dessin à gauche « voyage de critile et d’andrenius », à droite « n° 54 »
Légende dans le cartouche : « Il lui prit la main sans y trouver ny | poulx ny chaleur. »
2. Origine de ce livre :
[Baltasar Gracián,] El Criticon, Por Lorenzo Gracián, 3 vol. in-8°, 1651, 1653, 1657.
Trad. italienne : Il Criticon, Venise, N. Pezzana, 1685, 312p. in-4°.
Trad. française : L’homme détrompé ou le Criticon de Baltazar Gracian. Traduit de l’Espagnol [par M. de Maunoy selon la Bibliothèque universelle des romans, mai 1781], La Haye, Jacob van Ellinckhuysen, 1708, 3 vol. in-12. (1 ex. à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne, L. & L. 4472).
3. Marillier réalise ce dessin pour les Voyages imaginaires, romanesques, merveilleux, allégoriques, amusans, comique et critiques, suivis des Songes et visions, et des Romans cabalistiques, Amsterdam et Paris, rue et hôtel Serpente, 1787-1789, 39 vol. in-8°.