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Roger tue Eriphile & arrive chez Alcine (Roland furieux Franceschi 1584 ch7) - G. Porro

Attribution incertaine
Date :
1584
Date incertaine
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Dimensions (HxL cm) :
20,2x14
Sujet de l'image :
RĂ©sac yd396

Analyse

Eriphile garde le pont : Roger doit la vaincre pour franchir ce pont (au milieu à droite) et parvenir au palais d’Alcine (en haut au centre).    
Au premier plan, Roger Ă  droite (RVGIERO) frappe Eriphile Ă  gauche (ERIFILA), montĂ©e sur un loup, et atteint son Ɠil de sa lance (« sotto l’elmo », VII,6). DerriĂšre Roger, les deux demoiselles qui lui ont demandĂ© d’engager ce combat assistent au combat montĂ©es sur des licornes.    
Au-delĂ  du pont, au centre, Roger encadrĂ© par les deux dames Ă  la licorne fait route vers le palais d’Alcine.    
En haut au centre, Alcine accueille les trois arrivants au seuil de son palais, qui occupe le cĂŽtĂ© droit (VII,9). Dans la loggia du palais, au premier Ă©tage, ils sont assis Ă  la table d’un banquet.    
Plus haut Ă  gauche, la magicienne MĂ©lisse (Mel.) vient Ă  la rencontre de Bradamante (Brad.), montĂ©e sur son cheval. Puis, plus Ă  droite, sous les traits du magicien Atlant qui l’a Ă©levĂ© (Meliss.), elle adresse ses remontrances Ă  Roger, qui prend le frais dans une tenue effĂ©minĂ©e sous un arbre et prĂšs d’un ruisseau (str. 53).     Dans la cour Ă  l’arriĂšre du palais, sur la droite, Roger, qui a rĂ©cupĂ©rĂ© ses armes, s’échappe du palais en repoussant les serviteurs d’Alcine.    
Tout en haut Ă  gauche, dans les nuages, MĂ©lisse chevauche son coursier volant, pour aller de la forĂȘt oĂč elle a rencontrĂ© Bradamante Ă  l’üle d’Alcine.        
 

Comme dans la gravure du chant III, partagĂ©e entre le paysage en haut et la grotte de Merlin en bas, l’image s’organise autour de deux espaces principaux, l’espace mĂ©diĂ©val du combat en bas, le dĂ©cor de la Renaissance en haut, avec son palais Ă  colonnades, sa loggia et sa grande cour dallĂ©e. Le pont, enjeu du combat contre Ériphile, devient l’élĂ©ment d’articulation entre les deux espaces.
L’espace du bas est l’espace de la contre-performance agonistique : Roger combat une parodie d’adversaire dans une parodie de service courtois.
L’espace du haut ordonne tous les Ă©lĂ©ments d’une narration riche et complexe autour de la cour dallĂ©e, vĂ©ritable scĂšne : quel est ce couple qui au premier plan de cette scĂšne, Ă  droite, Ă  mi-hauteur de la gravure, dĂ©ambule enlacĂ© devant le palais ? Il ne peut guĂšre s’agir que de Roger et d’Alcine, astucieusement constituĂ©s par Girolamo Porro en Ă©crans : Alcine se dĂ©tourne de la scĂšne et empĂȘche Roger de la voir, ce qui rĂ©sume bien l’ensemble du rĂ©cit.

Annotations :

1. La gravure est numérotée VII dans un petit médaillon en haut au centre de la bordure. En haut à gauche, numéro de la page, 60 et CANTO [SETTIMO, page de droite]. Argument p. 61 :

« La gigantessa Erifila ha giĂ  vinto Ruggier, per chi l’incarco ne gli ha dato. Indi sen va nel cieco Labirinto, Ou’Alcina ha piĂč d’un preso e legato. Melissa il graue errore, ou’ù sospinto. Li fa vedere, & ha il remedio Ă  lato. Ond’ei, c’ha per rossor basse le ciglia, Subito Ă  prender fuga si consiglia. »

3. La gravure imite visiblement, dans sa partie infĂ©rieure, la gravure sur bois de l’édition Valgrisi. Comme souvent dans ce cas, ce qui Ă©tait Ă  gauche se retrouve Ă  droite. Le valet tenant l’hippogriphe a Ă©tĂ© supprimĂ©, pour une meilleure lisibilitĂ©. La transformation sĂ©miologique, d’une composition narrative en dispositif scĂ©nique, est nette : au premier plan, l’espace agonistique est dĂ©sormais circonscrit, au devant par la lance d’Eriphile tombĂ©e Ă  terre (au lieu des lances croisĂ©es, selon le modĂšle traditionnel, dans l’édition Valgrisi), Ă  l’arriĂšre, par la position surplombante des dames spectatrices, dont le regard est barrĂ© par les cornes des licornes. Dans la partie supĂ©rieure de la gravure, en revanche, le modĂšle de l’édition Valgrisi est abandonnĂ© : le palais d’Alcine est dĂ©placĂ© du centre vers la droite et la cour est dallĂ©e en un quadrillage pointillĂ© instaurant l’espace gĂ©omĂ©tral d’une scĂšne. La reprĂ©sentation de MĂ©lisse rencontrant Bradamante constitue une entorse Ă  l’unification de l’espace de la reprĂ©sentation. L’édition Valgrisi l’assumait sans problĂšme. Ici, le graveur a ajoutĂ© MĂ©lisse chevauchant dans les nuages, pour essayer d’établir une continuitĂ© spatiale.

Composition de l'image :
Composition narrative. Plusieurs Ă©pisodes
Sources textuelles :
Roland furieux, chant 07 (Roger au chĂąteau de la magicienne Alcine)
Sujet de recherche :
Iconographie du Roland furieux

Informations techniques

Notice #001297

Image HD

Identifiant historique :
A0616
Traitement de l'image :
Scanner
Localisation de la reproduction :
Montpellier, Inst. de rech. sur la Renaissance l’ñge classique & les Lumiùres