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Roger tue Eriphile & est accueilli par Alcine (Roland furieux, Valgrisi, 1560 ch7)
Roger tue Eriphile & est accueilli par Alcine (Roland furieux, Valgrisi, 1560 ch7)

Notice #001310

Image HD

Série de l'image :
Lodovico Ariosto, Orlando furioso, Venise, V. Valgrisi, 1560, con privilegio
Auteur(s) :
Dosso Dossi, Giovanni de Lutero dit (1489-90/1542)
Problème datation
Date :
Entre 1556 et 1560
Nature de l'image :
Gravure sur bois
Sujet de l'image :
Fiction, 16e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Résac yd 389
Sujet de recherche :
Iconographie du Roland furieux
Traitement de l'image :
Scanner
N° de commande :
2110189
Date de commande :
22/06/2001
Photo sur papier
Localisation de la reproduction :
Collection particulière (Cachan)

Analyse

Analyse de l'image :

L’enjeu narratif essentiel de ce chant VII, c’est qu’Ériphile garde le pont : Roger doit la vaincre pour franchir ce pont (au milieu à droite) et parvenir au palais d’Alcine (en haut au centre).    

Au premier plan, Roger à gauche (RVG.) frappe Eriphile à droite (ERI.), montée sur un loup, et atteint son œil de sa lance (« sotto l’elmo », VII,6). Au dessus de Roger, les deux demoiselles qui lui ont demandé d’engager ce combat assistent au combat montées sur des licornes. Au centre de la gravure, un valet tient par la bride l’hippogriphe.    

Au dessus du pont, au centre, Roger et les deux dames à la licorne font route vers le palais d’Alcine. A droite, Mélisse (MEL.) vient à la rencontre de Bradamante à cheval (BRA.) pour lui révéler ce que devient Roger. Dans le texte, cette rencontre se déroule à l’autre bout de la terre...    

En haut au centre, Alcine accueille les trois arrivants au seuil de son palais (VII,9). Au fond du palais, ils sont assis à la table d’un banquet. À droite, la magicienne Mélisse envoyée par Bradamante, sous les traits du magicien Atlant qui l’a élevé, adresse ses remontrances à Roger, qui prend le frais près d’une rivière dans une tenue efféminée.    

En haut à gauche, Roger, qui a récupéré ses armes, s’échappe du palais en repoussant les serviteurs d’Alcine.        

La composition d’ensemble de la gravure est tripartite :    

En bas, le face à face de Roger et d’Ériphile, avec les deux lances croisées, reprend le motif médiéval du combat chevaleresque, très courant dans l’enluminure. Les lances ne se croisent pas au centre de la gravure, mais sur la droite : le cheval de Roger est plus avancé que le loup d’Eriphile, dont la tête disparaît par ailleurs par derrière. L’avantage de Roger est ainsi signifié.    

Au centre, Roger et les deux demoiselles chevauchent de droite à gauche, du bien vers le mal, de Mélisse et Bradamante vers la forêt qui les mènera chez Alcine. Évidemment, dans le récit, Bradamante et Mélisse se trouvent alors ailleurs. L’organisation de l’espace est ici symbolique, au mépris de la vraisemblance narrative.

En haut, le palais d’Alcine, flanqué des remontrances de Mélisse à Roger à droite et de la sortie de Roger en armes à gauche, suggère paradoxalement la refondation des valeurs, le retour de Roger à la chevalerie. Le retour de Roger à la chevalerie est figuré par le trajet narratif de la droite (Roger encore vêtu en femme écoute les remontrances de Mélisse) vers la gauche (Roger à nouveau vêtu en chevalier entreprend de sortir en armes du palais). Mais cette refondation est paradoxale : la sortie en armes, figurée tout en haut à gauche, constituera le premier plan de la gravure suivante, illustrant le chant VIII. Là, ce face à face du cavalier et des piétons dans ce qui ressemble à une lice mais n’est qu’une arrière-cour constituera le modèle de la contre-performance...        

Comment comprendre la signification de ces licornes, qui s’opposent au crapaud qu’Eriphile porte sur son heaume et sur son bouclier ? Les licornes sont en principe un symbole de chasteté. On les trouve par exemple dans les représentations allégoriques du Triomphe de la chasteté (cassone du musée du Castelvecchio de Vérone). Or c’est ici vers le palais d’Alcine, c’est-à-dire le contraire même de la chasteté, que les deux demoiselles conduisent Roger. Quant au crapaud, il figurerait plutôt luxure et jactance, la déchéance des valeurs courtoises et chevaleresques. Le système allégorique semble ici perturbé, inversé...

Annotations :

1. Gravure en verso sur page de gauche. Numéro de page en haut à gauche, 60. En-tête centré, CANTO [SETTIMO, p. 61].
3. L’édition Franceschi reprend d’assez près cette gravure, en inversant la composition. Mais le palais d’Alcine est représenté en haut non plus de face, mais en biais, en perspective. Il donne sur une terrasse dallée, et non sur un chemin de terre : le dallage accentue l’effet de perspective. L’écuyer au centre qui tient l’hippogriphe pendant que Roger tue Eriphile assure près du pont la transition avec la séquence du haut, comme l’écuyer de la gravure du chant V.