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Laonice surprend Tircis endormi (L’Astrée, 1733, V, 9) - Rigaud

Notice #016275

Image HD

Série de l'image :
L’Astrée de M. d’Urfé, Paris, Pierre Witte & Didot, 1733, 5 vol. in-12
Auteur(s) :
Rigaud, Jacques (vers 1681-1754)
Date :
1733
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 17e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Y2-7045
Traitement de l'image :
Image web

Analyse

Analyse de l'image :
Suite de l’histoire de Tircis et de Laonice
   Tircis s’est réfugié dans une caverne au bord du chemin. Laonice l’y surprend une première nuit, et y retourne la nuit suivante. Là, alors qu’il est plongé dans un demi sommeil, elle lui enjoint de la chercher, de cesser de haïr sa beauté, et de l’aimer.
   
    « Cela fut cause qu’en y allant, elle jetta tousjours curieusement les yeux d’un costé et d’autre, pour voir s’il ne seroit point perdu, comme il avoit desja fait une fois ; mais n’en ayant appris aucunes nouvelles, elle arriva enfin sur le milieu de la nuict, au mesme lieu où elle avoit suivy Tircis un peu auparavant ; et d’abord s’estant mise à l’ouverture de l’autre, elle presta l’oreille pour sçavoir s’il estoit endormy, dequoy elle ne fust pas plustost assurée, que s’estant recommandée à l’Amour, et au dieu du sommeil et des songes, elle adoucit sa voix le plus qu’elle pust, et se mit à nommer trois fois Tircis.
   A ce nom le berger s’esveilla à moitié, et jettant un grand souspir, se tourna du costé de Laonice, qui, commençant de bien esperer de son dessein : Sçaches, Tircis, continua-t’elle avec le mesme ton de voix, que c’est de la part des dieux, que je te viens commander de finir cette hayne que tu as conceue si peu justement contre la beauté de Laonice. Son amour doit estre desormais l’object de tes desirs sur peine d’attirer sur toy le courroux de la divinité qui te l’ordonne, et afin que tu cognoisses plus clairement, que tout cecy est conduit par la volonté de ces supremes intelligences, sois assuré que tu treuveras demain cette bergere assez proche d’icy, aussi disposée à te pardonner ses rigueurs, que tu le dois estre à t’en repentir. Ne manque donc pas à la chercher avec soing, et ne crains plus d’offenser Cleon, puis que c’est elle-mesmes qui t’en apporte le commandement.
   A ce mot Laonice se retira, et Tyrcis, qui au nom de Cleon avoit commencé d’ouvrir les yeux, eut seulement le temps de la voir disparoistre, car en cet instant son antre se treuva si remply de clairté, à cause que la lune donnoit à plain dans l’ouverture, que ce berger n’en pouvant souffrir l’esclat, fut contraint de se tourner de l’autre costé. Il avoit ouy assez confusement le discours de Laonice, et pourtant il ne laissa pas d’en retenir le sens, mais comme il n’estoit pas bien esveillé, il se rendormit aussi-tost, sans avoir fait autre chose que nommer en souspirant, deux fois le nom de Cleon, que Laonice entendit distinctement, car elle ne fut pas plustost retirée, qu’elle revint prester l’oreille à l’ouverture de l’antre, pour apprendre ce que Tircis diroit. Ayant donc eu cette marque d’avoir este ouye, elle se retira tout à fait dans sa demeure, et reposa comme elle put jusqu’au jour. »
Annotations :
1. Signé sous la gravure à gauche « J. Rigaud. In. Sp. » (invenit et sculpsit).