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Révélation à Roland de l’histoire d’Angélique (Cycle d’Effiat)

Notice #001982

Image HD

Série de l'image :
Cycle du château d’Effiat sur le Roland furieux (Riom, Auvergne, 1625-1632)
Entre 1625 et 1632
Nature de l'image :
Peinture sur toile
Sujet de l'image :
Fiction, 16e siècle
Lieu de conservation :
Clermont-Ferrand, Musée d’Art Roger-Quilliot
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
52.5.1, réf. 3181
Traitement de l'image :
Scanner
N° de commande :
Localisation de la reproduction :
Collection particulière

Analyse

Analyse de l'image :
Ce tableau, qui serait le premier du cycle, mettrait en scène les causes de la folie de Roland, telles qu’elles sont exposées par l’Arioste au chant VIII du Roland furieux.
    Roland est à Paris, il fait un rêve : Angélique lui apparaît sur une verte rive, vision merveilleuse (str. 80). Mais tout à coup c’est la tempête, Roland perd sa dame et s’éveille.
    On est dans ce texte assez loin de ce que représente le tableau.
   Au premier plan à gauche, Roland assis sur un talus devant une rivière voit apparaître devant lui Angélique. Il a déposé les armes : on distingue son bouclier et son épée à ses pieds devant lui. En haut à droite, Amour vise Roland de sa flèche. Nulle mention des armes de Roland dans l’épisode du chant VIII, ni des flèches d’Amour durant ce rêve.
   Au second plan en contrebas, deux cavaliers à pied tenant un cheval en bride désignent du doigt une femme au troisième plan, agenouillée dans l’herbe, qui semble ramasser des herbes dans la prairie. Le cheval porte une couronne de feuillages. Ce groupe n’a aucun équivalent dans le récit du chant VIII.
   Angélique à droite au second plan est accompagnée d’une suivante. Elle montre également du doigt la femme du 3e plan. Il s’agit bien d’Angélique, dont la robe bleue et le surtout blanc à fleurs se retrouvent dans le tableau 52.5.3. Mais que signifie ce geste de la main ?
   La femme du 3e plan n’a aucun sens dans le contexte du chant VIII.
   
   C’est elle qui va nous permettre de proposer une nouvelle interprétation de ce qui est représenté ici : il ne peut guère s’agir en effet que d’Angélique ramassant les herbes magiques pour soigner Médor blessé, au chant 19 (str. 22) :
    « Elle se souvient qu’en traversant une agréable prairie, elle a vu une herbe, soit dictame, soit panacée, ou toute autre plante de même vertu, qui arrête le sang, calme la douleur des blessures et prévient tout danger. Elle la trouve non loin de là, la cueille, et revient à l’endroit où elle a laissé Médor. »
   Angélique n’est pas vêtue de la même manière au 2e plan et au 3e plan : elle est donc représentée dans des moments nettement séparés dans le temps. (Les tableaux du cycle d’Effiat obéissent à une logique narrative qui est la même que celle des gravures d’illustration et ne respecte pas les contraintes aristotéliciennes d’unité qui s’imposent dans les dispositifs scéniques : un même personnage peut être représenté plusieurs fois et dans des lieux différents, dans le même tableau.)
   
   Je propose donc de réinterpréter cet épisode en prenant en compte également que le cycle se concentre sur les chants 23 et 24, et sur la folie de Roland.
   Au chant 23, après que Roland a découvert les monogrammes AM dans la forêt, le berger lui raconte l’histoire d’Angélique et de Médor.
   A la strophe 116, Roland dépose ses armes, on voit les armes déposées au 1er plan. Il confie son cheval Bride-d’or aux soins d’un bon valet, c’est ce que l’on voit au 2e plan au centre.
   Alors, le berger raconte à Roland l’histoire (str. 118).
   Le berger n’est pas représenté sur la toile, c’est ce qui a obscurci son interprétation. Le geste du valet qui montre, et le geste d’Angélique qui montre sont la manière par laquelle le peintre nous indique qu’il représente un récit dans le récit.
   Roland voit donc Angélique à droite (mais pourquoi est-elle accompagnée d’une suivante ?) et il voit ensuite Angélique ramassant les herbes magiques qui ont guéri Médor. La maison au fond est la maison du berger où les deux amants ont été recueillis.
   Pendant que le berger raconte à Roland cette histoire, Amour le bombarde de flèches, qui vont lui faire perdre la raison :
    « Cette conclusion fut pour lui une hache
   qui détacha d’un coup sa tête des épaules ,
   quand Amour, son bourreau, se vit rassasié
   de lui avoir porté d’innombrables blessures.
   Roland cherche à cacher sa douleur, qui pourtant
   lui fait violence et que mal il peut celer » (str. 121)
    Le visage de Roland ne porte guère l’expression de la souffrance, il est vrai !
   
   Dans la pièce de Mairet, Angélique est vraiment présente dans la maison du berger. Si l’on suit cette ficion, Roland peut réellement voir Angélique rapporter à sa confidente ou suivante qu’elle a soigné là, quelques semaines plus tôt, le beau Médor blessé.
Annotations :
2. Ici commence la 2e partie du cycle, consacrée à la révélation : l’histoire d’Angélique se révèle progressivement à Roland. Dans ce premier tableau, toute l’histoire est là, mais elle demeure incompréhensible pour le chevalier. Le peintre fait le lien avec le tableau précédent, pourtant distant de 12 chants dans le texte de l’Arioste : après avoir combattu, Roland dépose les armes. Il est encore dans tout l’éclat de sa bravoure chevaleresque.
3. Le peintre a pu s’inspirer, pour cette composition totalement inédite, de celle d’Angélique et Médor gravant leur nom dans la forêt, qui elle était répandue. Dans quelques cas, le couple est accompagné par un ou des Amours. Voir notamment la composition de Carletto Caliari (1587-1588), diffusée par la gravure de Sadeler (début 17e).