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Sir Hargrave tente d'épouser Miss Byron de force (Histoire de Sir Charles Grandison, 1764) - Stock

Date :
Entre 1758 et 1764
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
258.930 -# FID
Ňíuvre sign√©e

Analyse

Dans une lettre à son amie Lucy, Miss Byron raconte les événements qui ont précédé sa fuite en carrosse avec Sir Hargrave.
Sir Hargrave retient Miss Byron prisonnière dans la maison d'une veuve à sa solde, il prétend la forcer à l'épouser. Cependant Miss Byron interrompt le pasteur qui avait commencé la cérémonie du mariage :

¬ę Mes fr√®res bien aim√©s (*), commen√ßa √† lire le Monstre en parlant du nez‚Ķ
O, ma ch√®re Lucy¬†! Votre cŇďur ne souffre-t-il pas pour votre Harriett¬†! Il me sembloit que le mien se soulevoit, s'arrachoit de sa place, & tournoit dans mon corps, √† cette lecture‚Ķ J'√©tois pr√™te √† √©touffer. Il faut que je quitte la plume pour quelques minutes.

LETTRE XXXI.
Suite.
Je redevins comme une frénétique. Ne lis plus, m'écriai-je ; & dans ma fureur, je fis sauter le livre des mains du Ministre, si c'en étoit un : je vous demande pardon, Monsieur, lui dis-je, mais vous ne devez pas lire plus avant ; je suis indignement trahie : Je ne puis, ni ne veux être à lui.
Continuez, continuez, dit Sir Hargrave en prenant ma main de force, toute Amazone qu'elle est, je veux bien l'avo√ľer pour ma femme‚Ķ Etes-vous la douce, la civile Miss Byron, Mademoiselle, ajouta-t-il en ricannant, & me regardant entre les deux yeux¬†!
Hélas ! ma chère Lucy, je n'étois pas une Amazone ; j'étois dans une frénésie complette ; mais ce ne fut pas une frénésie malheureuse, puisque selon toute apparence elle m'empêcha de tomber en défaillance : défaillance qui ne m'auroit pas sauvée, à ce que dit le malheureux.Mes frères bien aimés, recommença l'homme horrible. O, ma Lucy ! Je n'aimerai jamais ces mots. Comme des circonstances odieuses peuvent détruire la force des mots les plus tendres ! Sir Hargrave tenoit encore ma main que je m'efforçois d'arracher.
Je trépignois, & m'éloignois de lui de la longueur de mon bras, ne pouvant fuir plus loin. Point de frères bien aimés, m'écriai-je. J'étois absolument hors de moi. Je ne savois que dire, ni que faire.
Le barbare sélerat rioit de ma peine. Point de frères bien aimés, répéta-t-il ; c'est vraiment comique, ma foi ! il rioit encore ; mais continuez, continuez, Docteur.Nous sommes ici assemblés devant Dieu…
Cela m'affecta encore davantage. Je vous somme, dis-je au Ministre, au nom de ce Dieu, devant qui vous dites que nous sommes assembl√©s, je vous somme de ne pas continu√ęr. Je vous somme, Sir Hargrave, par ce m√™me nom redoutable, d'emp√™cher qu'on ne continu√ę. Prenez ma vie. De tout mon cŇďur, prenez ma vie. Mais ma main ne peut jamais, jamais √™tre √† vous.
Continuez Docteur¬†; Docteur, continuez, je vous prie, dit le l√Ęche Sir Hargrave. A la fin du jour, elle sera charm√©e d'avou√ęr son mariage.
Tremblez de continu√ęr, Monsieur, lui dis-je, si vous √™tes un vrai Ministre de ce Dieu dont votre lecture suppose la pr√©sence, gardez-vous de continu√ęr. Ne me r√©duisez pas au desespoir Madame, dis-je, en me tournant vers la Veuve¬†; vous √™tes M√®re, & vous m'avez donn√© lieu de penser que vous √™tes une honn√™te femme¬†; regardez-moi comme si j'√©tois une de vos filles¬†: pourriez-vous voir l'une d'elles ainsi trait√©e¬†?¬†¬Ľ (p. 239-240)

(*) C'est le commencement de la Lithurgie du mariage en Angleterre.

La cérémonie doit donc s'interrompre. Sir Hargrave prie Mme Awvberry, la Veuve qui prête sa maison pour cette sinistre parodie de mariage, de se retirer avec ses filles et avec Miss Byron, et de tenter de raisonner cette dernière. Rien n'y fait. Sir Hargarve les fait alors sortir pour rester seul avec Miss Byron, qui tente de sortir avec elles :

¬ę¬†mais le malheureux, en fermant la porte sur elles, au moment que j'√©tois moiti√© dehors, moiti√© dedans, me serra d'une fa√ßon terrible, et le sang me ruissela par le nez. ¬Ľ (p.¬†244)

Miss Byron s'évanouit.

Annotations :

1. Gravure n¬įIII.
Sign√© sous la gravure √† droite : ¬ę Stock sc. ¬Ľ

Sources textuelles :
Richardson, Histoire du chevalier Grandisson (1754)
Tome I, p. 239-240

Informations techniques

Notice #020105

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