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Recherche infructueuse

Portrait de Diderot - Louis Michel Van Loo

SĂ©rie de l'image :
Date :
1767
Nature de l'image :
Peinture sur toile
Dimensions (HxL cm) :
81x65
Sujet de l'image :
Lieu de conservation :
RF 1958
ƒuvre signĂ©e
ƒuvre datĂ©e

Analyse

Livret du Salon de 1767 :

« Par M. Vanloo, Ecuyer, Chevalier de l’Ordre du Roi, premier Peintre du Roi d’Espagne, Directeur de l’Ecole Royale des ElĂšves ProtĂ©gĂ©s, ancien Recteur.
N°1. [
]
8. Le Portrait de M. Diderot. »

Commentaire de Diderot dans le Salon de 1767 :

Monsieur Diderot. Moi. J’aime Michel ; mais j’aime encore mieux la vĂ©ritĂ©. Assez ressemblant. Il peut dire Ă  ceux qui ne le reconnaissent pas, comme le fermier de l’opĂ©ra-comique : “C’est qu’il ne m’a jamais vu sans perruque.” TrĂšs vivant. C’est sa douceur, avec sa vivacitĂ©. Mais trop jeune, tĂȘte trop petite. Joli comme une femme, lorgnant, souriant, mignard, faisant le petit bec, la bouche en cƓur. Rien de la sagesse de couleur du Cardinal de Choiseul. Et puis un luxe de vĂȘtement Ă  ruiner le pauvre littĂ©rateur, si le receveur de la capitation vient Ă  l’imposer sur sa robe de chambre. L’écritoire, les livres, les accessoires aussi bien qu’il est possible, quand on a voulu la couleur brillante et qu’on veut ĂȘtre harmonieux. PĂ©tillant de prĂšs, vigoureux de loin, surtout les chairs. Du reste de belles mains, bien modelĂ©es, exceptĂ© la gauche qui n’est pas dessinĂ©e. On le voit de face. Il a la tĂȘte nue. Son toupet gris avec sa mignardise lui donne l’air d’une vieille coquette qui fait encore l’aimable. La position, d’un secrĂ©taire d’État et non d’un philosophe. La faussetĂ© du premier moment a influĂ© sur tout le reste. C’est cette folle de Mme Vanloo qui venait jaser avec lui, tandis qu’on le peignait, qui lui a donnĂ© cet air-lĂ  et qui a tout gĂątĂ©. Si elle s’était mise Ă  son clavecin et qu’elle eĂ»t prĂ©ludĂ© ou chantĂ©, Non ha ragione, ingrato, un core abbandonato, ou quelque autre morceau du mĂȘme genre, le philosophe sensible eĂ»t pris un tout autre caractĂšre, et le portrait s’en serait ressenti. Ou mieux encore, il fallait le laisser seul et l’abandonner Ă  sa rĂȘverie. Alors sa bouche se serait entrouverte, ses regards distraits se seraient portĂ©s au loin, le travail de sa tĂȘte fortement occupĂ©e se serait peint sur son visage, et Michel eĂ»t fait une belle chose. Mon joli philosophe, vous me serez Ă  jamais un tĂ©moignage prĂ©cieux de l’amitiĂ© d’un artiste, excellent artiste, plus excellent homme. Mais que diront mes petits-enfants, lorsqu’ils viendront Ă  comparer mes tristes ouvrages avec ce riant, mignon, effĂ©minĂ©, vieux coquet-lĂ  ? Mes enfants, je vous prĂ©viens que ce n’est pas moi. J’avais en une journĂ©e cent physionomies diverses, selon la chose dont j’étais affectĂ©. J’étais serein, triste, rĂȘveur, tendre, violent, passionnĂ©, enthousiaste. Mais je ne fus jamais tel que vous me voyez lĂ . J’avais un grand front, des yeux trĂšs vifs, d’assez grands traits, la tĂȘte tout Ă  fait du caractĂšre d’un ancien orateur, une bonhomie qui touchait de bien prĂšs Ă  la bĂȘtise, Ă  la rusticitĂ© des anciens temps. Sans l’exagĂ©ration de tous les traits dans la gravure qu’on a faite d’aprĂšs le crayon de Greuze, je serais infiniment mieux. J’ai un masque qui trompe l’artiste, soit qu’il y ait trop de choses fondues ensemble, soit que les impressions de mon Ăąme se succĂ©dant trĂšs rapidement et se peignant toutes sur mon visage, l’Ɠil du peintre ne me retrouvant pas le mĂȘme d’un instant Ă  l’autre, sa tĂąche devienne beaucoup plus difficile qu’il ne la croyait. Je n’ai jamais Ă©tĂ© bien fait que par un pauvre diable appelĂ© Garand, qui m’attrapa, comme il arrive Ă  un sot qui dit un bon mot. Celui qui voit mon portrait par Garand, me voit. Ecco il vero Polichinello. M Grimm l’a fait graver ; mais il ne le communique pas. Il attend toujours une inscription qu’il n’aura que quand j’aurai produit quelque chose qui m’immortalise. - Et quand l’aura-t-il ? - Quand ? demain peut-ĂȘtre. Et qui sait ce que je puis ! Je n’ai pas la conscience d’avoir encore employĂ© la moitiĂ© de mes forces. Jusqu’à prĂ©sent, je n’ai que baguenaudĂ©. J’oubliais parmi les bons portraits de moi, le buste de Mlle Collot ; surtout le dernier qui appartient Ă  M Grimm, mon ami. Il est bien. Il est trĂšs bien. Il a pris chez lui la place d’un autre que son maĂźtre M Falconet avait fait et qui n’était pas bien. Lorsque Falconet eut vu le buste de son Ă©lĂšve, il prit un marteau et cassa le sien devant elle. Cela est franc et courageux. Ce buste en tombant en morceaux sous le coup de l’artiste, mit Ă  dĂ©couvert deux belles oreilles qui s’étaient conservĂ©es entiĂšres sous une indigne perruque dont Mme Geoffrin m’avait fait affubler aprĂšs coup. M Grimm n’avait jamais pu pardonner cette perruque Ă  Mme Geoffrin. Dieu merci, les voilĂ  rĂ©conciliĂ©s ; et ce Falconet, cet artiste si peu jaloux de sa rĂ©putation dans l’avenir, ce contempteur si dĂ©terminĂ© de l’immortalitĂ©, cet homme si disrespectueux de la postĂ©ritĂ©, dĂ©livrĂ© du souci de lui transmettre un mauvais buste.

Annotations :

1. Signé : « L. M. Van Loo / 1767 »

Composition de l'image :
Personnage unique
Objets :
Table
Absorbement

Informations techniques

Notice #000782

Image HD

Identifiant historique :
A0101
Traitement de l'image :
Image web
Localisation de la reproduction :
L’Histoire par l’image (https://www.histoire-image.org)
Bibliographie :
Diderot et l’art de Boucher à David (cat), 1984
n° 115, p. 388
Yann Le Pichon, Le Musée retrouvé de Denis Diderot, Stock, 1993
p. 4
Diderot, Salons de 1767-69, Ă©d. Bukdahl, Delon, Lorenceau, Hermann, 1990
Texte p. 81