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Jonquille désenchante Néadarné (Crébillon, Tanzaï & Néadarné, éd. 1740)

Notice #008810

Image HD

Série de l'image :
[Crébillon,] Tanzaï et Néadarné, histoire japonoise, Pékin [Paris], 1740
Date :
1740
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Lieu de conservation :
Versailles, Bibliothèque municipale centrale
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Royer in-12 EPi 6
Traitement de l'image :
Photo numérique

Analyse

Analyse de l'image :
Néadarné est arrivée dans l’île du génie Jonquille, qui doit la désenchanter en lui rendant son sexe, mystérieusement disparu à la suite des persécutions dont son mari Tanzaï a été l’objet.
    «  On lui représenta respectueusement qu’il falloit qu’elle se couchât, elle répondit, en se jettant sur un canapé, qu’elle ne vouloit point se coucher, et témoigna tant d’opiniâtreté sur cet article, qu’à la fin ses femmes se retirèrent. Elles étoient à peine sorties, qu’elle courut fermer toutes les portes de sa chambre. Elle se croyoit bien en sûreté contre Jonquille, et reprenoit le chemin de son canapé, lorsqu’elle apperçut auprès d’elle, celui contre qui elle prenoit tant de précautions. […] Eh quoi, Madame, lui dit-il, voyant qu’elle s’arrangeoit sur son canapé, toujours des précautions contre moi  ? Et vous, lui répondit-elle, prétendez-vous toujours me persécuter  ? […] Ah Princesse  ! ajouta-t-il en s’asseyant sur le canapé, je méritois de vous moins d’injustice, et plus de complaisance. (En cet endroit, Néadarné commença à rêver.) J’ose dire, que si vous aviez pu être touchée de quelque chose, vous l’auriez été de mon amour, et que vous ne lui auriez point opposé une si cruelle ingratitude; ce n’est pas, continua-t-il, en posant doucement sa main sur la jambe de la Princesse, ce n’est pas que je croye avoir mérité de vous aucune récompense, mais vous vous lasserez de l’état auquel Concombre vous a réduite […]. (Alors la Princesse le regarda assez long-tems, rebaissa les yeux, soupira assez tristement, et Jonquille s’avança sur le canapé, et lui prenant la main, poursuivit ainsi son discours)  : Si vous me haïssiez moins , vous ne vous verriez pas sans horreur obligée de recourir aux soins d’un autre, qui moins sensible que moi, vous fera peut-être regretter d’avoir rejetté les miens. A ce discours si tendre, Néadarné serra la main de Jonquille, qui tenoit la sienne, et le Génie avançant à diverses reprises celle qu’il avoit d’abord posée sur la jambe de la Princesse, en fit usage assez indiscrètement pour qu’elle s’en fût offensée, si elle n’avoit été plongée en cet instant dans la plus profonde rêverie. Ah Princesse, dit-il d’une voix entre-coupée, qu’il me seroit doux de vous voir répondre à ma flamme  ! Mes sentimens sont dignes d’une aussi grande félicité  ; mais cette bouche si charmante, ajouta-t-il en la baisant avec ardeur, et vos yeux, sont également muets. J’aurois tort de presser une réponse, elle ne me seroit pas aussi favorable que votre silence. Il n’a tenu qu’au Lecteur de remarquer qu’à mesure que Jonquille parloit, il s’avançoit sur le siège de Néadarné, si bien, et avec si peu de ménagement, qu’il en étoit enfin venu au point de le partager avec elle, et qu’il avoit profité de sa distraction pour prendre les plus grandes libertés. Elle sortit enfin de son assoupissement à la dernière, mais le Génie avoit si bien pris ses mesures que quelques fussent le efforts de Néadarné, ils ne lui servirent à rien. A peine se fut-elle apperçue qu’il étoit inutile de combattre, qu’elle pria Jonquille dans les termes les plus supplians de ne pas pousser plus loin ses entreprises ; mais le Génie, aussi distrait en ce moment qu’elle l’avoit été elle-même, ne répondit à ses prières que par de plus grands efforts : Elle recommença sa résistance, mais elle éprouva pour lors que si la vertu peut toujours combattre, elle n’est pas toujours sûre de vaincre. Les obstacles que le Génie opposoit à sa suite, et ses transports, excitèrent enfin sa fureur. Barbare, s’écria-t-elle, ah trai... ! Les cris les plus douloureux l’interrompirent, et par la peine qu’elle eut à être desenchantée, il ne tint qu’à elle de juger de la force de l’enchantement. L’affront qu’elle essuyoit, et sa résistance l’avoient accablée de douleur et de fatigue, et la firent tomber dans une espèce d’anéantissement qui lui ôtoit la force de faire éprouver au Génie la violence de son courroux, et lui déroba en même tems, le désagrément d’être témoin de ses transports. Jonquille ! le victorieux Jonquille ! loin de la secourir, goûtoit à loisir les charmes de son triomphe. » (Garnier, p. 412-4)
Annotations :
2. Tome second, face p. 168.