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Clémentine cherche à échapper aux chirurgiens (Histoire de Sir Charles Grandison, 1764) - Eisen

Date :
1758
Nature de l'image :
Gravure sur cuivre
Sujet de l'image :
258.930 -# FID
Œuvre signée
Œuvre datée

Analyse

Le secret de Clémentine est maintenant connu de tous : elle aime Sir Charles Grandisson, mais résiste à cet amour par conviction religieuse, car il est protestant et entend le rester, tandis qu'il n'est pas question pour elle de quitter la religion catholique. Les parents de Clémentine, malgré leur affection pour Sir Charles, se résolvent difficilement à l'éventualité d'un mariage mixte. Clémentine sombre peu à peu de la mélancolie vers la folie.

Alors que la santé de Clémentine se dégrade, les médecins tentent de la saigner, puis veulent lui appliquer des vésicatoires à la tête. Clémentine se débat, cherche à échapper à cette persécution à laquelle la famille, croyant bien faire, l'astreint.

Sur la gravure, Sir Charles, au centre, baise la main de Clémentine qui vient d'entrer, Jeronymo derrière lui, encore convalescent est en bonnet de nuit, et soutient avec peine sa mère la marquise, prête à s'évanouir au spectacle de sa fille.

« Dans ce moment, à l'étonnement de tous trois, accourut la chère Clémentine elle-même… Heureuse délivrance ! dit-elle Dieu soit loué ;… son bras étoit bandé.
On l'avoit piquée, mais il n'étoit sorti que deux ou trois goutes de sang.
O ma Maman ! Et vous vouliez aussi vous enfuir loin de moi, vouliez-vous ! Vous n'avez pas coutume d'être cruelle, & de me laisser avec ces Chirurgiens… Voyez ! voyez ! elle levoit son joli bras un peu ensanglanté, & ne voyoit personne que sa Mère, que la surprise rendoit muette aussi bien que nous… Ils ont essayé de me blesser, mais leur cruauté n'a pu réussir. Et j'ai couru pour me réfugier dans les bras de ma Maman : très-chère, très-chère Madame, dit-elle en l'embrassant, ne me laissez pas sacrifier. Qu'est-ce que votre pauvre enfant a fait pour être ainsi traitée ?…
O ma Clémentine !
Et ô ma Maman, aussi ! n'ai-je pas souffert assez ?…
La porte s'ouvrit. Elle y  jetta un regard effrayé, serrant plus fortement sa Mère… Ils viennent pour me prendre… Sortez, Camille, (c'étoit elle) sortez quand je vous l'ordonne. Ils ne me prendront pas… Ma maman me sauvera de leurs mains… N'est-il pas vrai, ma Maman ? Elle la serroit plus fortement de ses bras, & cachoit son visage dans son sein. Puis relevant la tête, Sortez, vous dis-je, Camille. Ils ne m'auront pas… Camille sortit.
Mon frère ! mon cher frère ! vous me protègerez, n'est-il pas vrai ?
Je me levai. Je ne pouvois soutenir cette touchante scène… Elle me vit.
Bon Dieu ! s'écria-t-elle… Puis, disant ce vers d'Hamlet, qu'elle avoit beaucoup remarqué quand nous avions lu cette pièce ensemble…Anges, ministres de la grace, défendez nous… (*)
elle quitta sa Mère, & s'avança doucement vers moi, regardant d'un air étonné, en avançant la tête, comme doutant si c'étoit moi.
Je saisis sa main, & la pressoi de mes lévres… O Mademoiselle !… o très-chère Clémentine ! Je n'en pus dire davantage.
C'est lui ! C'est lui, en vérité Madame ! dit-elle tournant la tête vers sa Mère, levant une main, d'un air de surprise, pendant que je tenois l'autre.
Le fils soutenoit sa Mère presque évanouïe, mêlant ses larmes avec les siennes.
Pour l'amour de Dieu ! Pour l'amour de moi, cher Grandison, dit-il… & il s'arrêta. »

(*) Hamlet, acte I, scène 4, ce sont les mots d'Hamlet face à l'apparition du spectre de son père.

Annotations :

1. Gravure n°IX.
Signé et daté sous la gravure à gauche « C. Eisen del. », à droite « Bernigeroth sc[ulpsit] Lips[iae] 1758. »

Sources textuelles :
Richardson, Histoire du chevalier Grandisson (1754)
tome III, p. 314-315

Informations techniques

Notice #020091

Image HD

Traitement de l'image :
Image web