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Boca, ou La vertu récompensée (Dessins pour le Cabinet des Fées) - Marillier
Boca, ou La vertu récompensée (Dessins pour le Cabinet des Fées) - Marillier

Notice #008549

Image HD

Série de l'image :
Marillier, Dessins pour le Cabinet des fées, 2 vol., 1785
Auteur(s) :
Marillier, Clément-Pierre (1740-1808)
Date :
1785
Nature de l'image :
Dessin (lavis)
Sujet de l'image :
Fiction, 18e siècle
Lieu de conservation :
Paris, Bibliothèque nationale de France, Manuscrits
Références (n° inv, cote, salle, coll.) :
Fonds Rothschild, Picot 225
Traitement de l'image :
Photo numérique

Analyse

Analyse de l'image :

L’histoire débute au Pérou. Boca est un jeune homme, sculpteur de son état, mais trop pauvre pour vivre de son métier. Il exerce donc la menuiserie, mais sculpte des boîtes d’ivoire à ses heures. Un inconnu lui en offre de l’argent, qui se transforme malheureusement en fourmis. Seconde offre d’un inconnu : l’argent se change en mouches Boca tombe malade. Troisième offre, plus forte encore. L’argent disparaît à nouveau, Boca ne peut pas payer ses créanciers.
    Cependant, dans le coffre où Boca avait rangé l’argent, il trouve un bâton d’ébène, puis une coque, d’où sort un oiseau. merveilleux, qui disparaît après avoir rencontré une araignée. Le bâton produit deux fois quatre réaux, puis un papier contenant un message lui enjoignant de partir en voyage pour l’Orient :
    « Ne t’arrête point en chemin,
   Quoique tu trouves des obstacles,
   Boca, pour faire des miracles,
   Il te suffira d’être humain. »
    Boca s’embarque pour Java. Son bâton produit dans sa poche toujours quatre réaux par jour. A Java, il retrouve l’oiseau merveilleux, qui le conduit sur un autre navire, qui quitte le port aussitôt. Le bateau est rempli d’insectes qui pourvoient à sa subsistance. Ils accostent enfin. En chemin, Boca est arrêté par un vieillard qui lui demande de l’aide pour déterrer un trésor. Boca poursuit son chemin et tombe sur une vieille qui cherche ses lunettes. Elle le trouve finalement et lui propose de lui conter des histoires, mais refuse de lui montrer le chemin vers un gîte. Boca réfrèe sa curiosité et poursuit son chemin. « Il avoit marché l’espace d’un quart-d’heure, l’esprit occupé de ces pensées, quand il apperçut devant lui, quoique d’un peu loin, quelque chose de blanc étendu sur la terre. » C’est une nappe sur laquelle un enfant dispose des mets. Boca résiste à la tentation et poursuit son chemin.
    Vient ici la scène que Marillier a illustrée :
    « Il y avoit environ quatre heures qu’il marchoit sans se détourner de la grande route, quand des cris douloureux, qui pénétroient jusqu’au cœur, lui causèrent une émotion extraordinaire : plus il avançoit, plus les cris redoubloient. Quelle fut sa frayeur ! quand il vit une femme que deux hommes achevoient de lier à un arbre. Alors, un mouvement de pitié plus fort que la crainye lui faisant oublier qu’il étoit sans armes & sans défense, il courut à elle avec ardeur ; & voyant que les cruels tiroient tous deux leurs sabres pour frapper cette infortunée : Arrêter, leur cria-t-il, arrêtez, barbares, inhumains.
   A ces mots, ces hommes lançant des regards terribles ; Sois notre première victime, dirent-ils, meurs, malheureux. Aussitôt, levant le bras sur lui pour l’immoler à leur fureur, ils restèrent tous deux immobiles, & peu s’en falloit que Boca ne leur ressemblât, attendant le coup prêt à tomber sur sa tête : cependant, rassuré par le prodige qui venoit de garantir ses jours, il sentit succéder à sa frayeur un mortel déplaisir : il venoit de s’arrêter. »
    Boca craint donc d’avoir désobéi à l’injonction du papier, de ne jamais s’arrêter dans son voyage. Mais la jeune fille le rassure : l’injnction d’être humain est plus importante. Elle lui propose alors de le conduire à sa dernière épreuve. Le chemin se rétrécit et traverse une voûte d’arbres obscure. Aux ténèbres s’ajoutent des hurlements affreux. Boca s’avanouit. A son réveil, il se trouve dans un lieu merveilleux, mais seul. Il marche et se trouve face à une statue de princesse qui parle. Elle lui enjoint de la porter dans un salon en dôme et de la jeter dans une cuve d’eau bouillante. La statue se transforme en jeune femme évanouie. Un homme apparaît et récupère dans une boîte d’ivoire une boule d’ambre qui sort de sa bouche. La jeune femme commande à Boca d’aller au palais, jusqu’au trône, et de le frapper de son bâton. Aussitôt le palais s’emplit d’une foule en liesse, trois dames s’avancent vers lui, dont la jeune fille de la forêt et la statue vivante.
    La plus jeune des dames est la princesse Abdelazis, qui entreprend de raconter à Boca son histoire. Sa suivante se nomme Zineby. Encore enfant, Abdelazis a été promise au prince Jaloux, qui la tient recluse dans son palais en attendant de l’épouser. Le prince éloigne d’elle Zineby, jaloux de l’amitié des deux jeunes filles. Abdelazis prend le prince en haine, mais dissimule et obtient le retardement de son mariage. Furieux, Jaloux s’en va, laissant Abdelazis avec Zineby. En se promenant sur la plage, elles trouvent une jeune et belle personne couchée sur le sable : la mystérieuse Zobéide. Abdelazis et Zineby entreprennent de la cacher, de façon que la cour, la gouvernante et le prince ne sachent rien d’elle. La mère d’Abdelazis lui rend visite, elle ne peut plus voir Zobéide, et se prend de jalousie pour Zineby, qui la voit tous les jours. Zineby, qui comprend les sentiments naissants entre Abdelazis et Zobéide., leur ménage une entrevue secrète.
   La fée Bienfaisante, protectrice d’Abdelazis, arrive sur ces entrefaites et découvre son secret. Elle lui révèle alors la véritable identité de Zobéide : c’est le prince Sedy Assan. Bienfaisante n’ayant pas réussi à dissiper l’amour de d’Abdelazis, la transporte en bateau avec son prince et son amie Zineby, jusque dans les états de Sedy Assan, dont elle a chassé l’usurpateur. Elle donne pour les protéger au prince le baton de Boca, à la princesse une boîte d’ivoire, pour protéger son corps, et contenant une boule d’ambre, pour protéger son âme. Deux génies sont chargés de veiller sur eux : Nourghean pour Sedy Assan, Kalem pour Abdelazis.
   Bienfaisante partie, la cérémonie du mariage s’ordonne : elle est interrompue par Kiribanou, le prince Jaloux. La boîte d’ivoire tombe et s’ouvre, Kiribanou s’en empare, la princesse avale la boule d’ambre, il la change en statue de marbre. Sedy Assan veut se jeter sur Kiribanou, qui le fait engloutir par la terre et métamorphose les habitants du royaume en insectes. Abdelazis est installée sur un piédestal ; Sedy Assan enfermé dans un souterrain sous la statue.
   Mais Kiribanou a négligé de s’emparer du baton magique, que récupère Nourghean, tandis que Kalem est chargé par Bienfaisante de s’emparer de a boîte. Le destin veut qu’un étranger vertueux délivre les deux captifs. Il devra d’abord réaliser une boîte d’ivoire identique à celle que détient Kiribanou, afin que Kalem puisse la substituer. Lorsqu’il aura entrepris son voyage, Zineby devra l’attendre et l’accueillir pour le guider dans les dernières étapes.
   Voyant arriver Boca, Zineby s’est précipitée au delà de l’enceinte invisible où elle était protégée par Bienfaisante et a été saisie par les génies malfaisants du prince Jaloux. C’est le pouvoir du bâton magique qui l’a alors protégée.
    « On donna à Boca un petit appartement dans le palais. La candeur de ses mœurs, son désintéressement, son humanité, sa franchise, le firent aimer & honorer de tout le monde. Ce qui prouve bien que la vertu, pour se faire respecter, n’a pas besoin d’emprunter l’éclat des richesses, ni des grandeurs. » (p. 456, fin du 18e volume.)
   
   Le petit bâton magique de Boca est visible à sa ceinture.
   

Annotations :

1. Au-dessus de l’image, en haut à gauche, « boca », à droite « tom. 18. 3ème des. ».
Légende dans le cartouche : « arrêtez, arrêtez barbares, inhumains. »
2. 3ème illustration du volume 18, après la p. 360.
Paru initialement dans les Nouveaux contes des fées allégoriques, contenant le phénix, Lysandre Carline, Boca, etc, par M. D*** [Par la présidente Dreuillet, Françoise Duché de Vancy, dame Le Marchand, M. de Villeroy et Mme de Caylus], Paris, Didot, 1735, in-12, 284 p., cote Bnf Y2-8816.
En 1756, Mme Husson fait paraître Boca ou la vertu récompensée, conte nouveau, plagiat du texte de 1735 : à Londres [fausse adresse] et se trouve à Paris, chez Duchesne, cote Bnf 16-Y2-17889.