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Résumé

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Références de l’article

Omniprésence du mot « figure »

Figures et images

Une « figure » n’est pas la même chose qu’une « image » mais ce sont des termes assez voisins pour que l’exploration de leurs relations soit particulièrement problématique et intéressante.

« Figure » est de fait un terme omniprésent dans le domaine des arts visuels. En français, il concerne largement la peinture : d’une part on parle par exemple des « figures » présentes dans un paysage1 ; d’autre part on oppose plus largement peinture « figurative » et peinture abstraite… Mais le terme peut aussi renvoyer à d’autres arts engageant les images ou la dimension visuelle. La sculpture est même liée étymologiquement à la figure, figura appartenant à la même famille que le verbe fingere, qui signifie au sens propre « modeler », comme le rappelle Auerbach dans son essai de 19382 précisément intitulé Figura3. On parle ainsi de « figure » en français dans des emplois plus généraux que ceux de « statue » et tant qu’il n’y a pas « groupe » mais également de figure sculpture en anglais. En sculpture comme en peinture, il est possible de parler de « demi-figure », coupée à mi-corps.

« Figure » désigne également une image présente dans un livre. Cet usage concerne autant les schémas, diagrammes ou arborescences, qui peuvent être identifiés à des « figures » dans les ouvrages médiévaux comme en atteste notamment le Liber figurarum de Joachim de Flore à la fin du XIIe siècle4. Cette volonté de représentation graphique de données intellectuelles constitue déjà une alliance de l’écriture et de l’image. Surtout le terme a en outre longtemps concerné les images d’illustration, désignées comme des « figures » parfois sur la page de titre des livres concernés, avant que le terme d’« illustration » ne prenne ce sens et ne se généralise au XIXe siècle : sachant que l’art et la pratique de l’illustration sont bien antérieurs à cette période, on devrait explorer cet emploi spécifique du mot « figure » plutôt que de lui substituer systématiquement celui d’« illustration »5.

« Figure » ne renvoie pourtant pas systématiquement à un objet ni même à une forme fixe : le mot est en usage dans cet art du mouvement qu’est la danse (les « figures » d’une chorégraphie6) mais également dans le domaine de l’équitation (« figures de manège ») et dans nombre de sports, où un enchaînement de gestes constitue une « figure » en mouvement voire telle « figure imposée ».

Les notices d’œuvres présentes dans Utpictura18 reflètent en partie cette polysémie qui traverse des domaines artistiques variés : vases grecs antiques à figures noires ou à figures rouges, paysages avec figures, figures de tel ou tel être identifié (humain, animal, voire fleuve antique…), figures de fantaisie, schémas et diagrammes, figures gravées pour telle ou telle édition…

Les usages communs ouvriraient encore le champ sémantique par des connotations contrastées : tantôt dévalorisantes comme si une « figure », abrégée en « fig. » sous une reproduction, était toujours moins qu’une véritable image ; tantôt survalorisées comme si la « figure » emblématique d’une époque était toujours plus qu’une personne, comme si sa « figure » permettait d’identifier un être à son seul visage ; tantôt presque indifférentes comme si « figure » pouvait vraiment être un mot neutre7. À l’inverse, les théories littéraires, notamment dans une perspective comparatiste8, ont pu faire du mot de « figure » un concurrent de celui de « héros » voire de « personnage », dont la place a largement été revisitée dans la littérature contemporaine.

Ces emplois dans le contexte des arts visuels peuvent-ils être séparés des autres usages du terme qui, s’ils semblent parfois moins familiers, sont fondamentaux ?

Des âges de la figure ?

Le terme latin Figura est d’abord au cœur deux traditions majeures, dans lesquelles il est mis en relation avec les textes et manifeste une dimension polysémique.

Ce mot s’était imposé dans la rhétorique romaine comme la traduction du grec skhèma, au sens de « figure de style » (Celentano 1999) ; il s’est répandu dans les langues européennes, jusqu’à culminer au début du XIXe siècle dans le projet de Fontanier de rassembler les « figures du discours » « l’un des chefs d’œuvre de l’intelligence taxinomique » (Genette 1977). Cette satisfaction peut s’étendre à une lexicographie, capable de distinguer le sens littéral et le sens « figuré » d’un terme, de jouer la « littéralité » contre la « figuralité » ; à l’inverse la rhétorique contemporaine tendrait à souligner la « problématicité » de la littérature fondée sur « une figurativité ou figuralité accrue »9.

Figura est aussi un terme clef de l’exégèse chrétienne, dès les textes des Pères de l’Église : pour la patristique latine, figura désignait ce qui dans la Bible hébraïque, dès lors désignée comme « Ancien testament », était interprété comme autant d’annonces du « Nouveau testament ». De Lubac revient sur les étapes de cette démarche herméneutique et sur les « quatre sens de l’Écriture » distingués par Augustin : le sens littéral, le sens allégorique, le sens moral (ou « tropologique ») et le sens spirituel (ou « anagogique ») (De Lubac 1959). Notre propos n’est pas de revenir sur cette synthèse, complexe au sein même de la théologie chrétienne et que l’on peut rapprocher par ailleurs des quatre niveaux d’interprétation de la Torah. Il est en revanche particulièrement significatif qu’il revienne à la figure de permettre le passage entre ces différents sens. C’est dans cette perspective que l’on a pu nommer cette démarche exégétique « lecture figurale » ou « figurative », voire encore « typologique » : le même paradigme sémantique relie la figura latine, au sens de ce qui est modelé, et le « type », issu du grec tupos, qui signifie « modèle » mais aussi « empreinte ».

Cette tradition exégétique ne constitue pas seulement un champ d’application de la notion de figure à son domaine propre, elle est le réservoir de démarches herméneutiques plus larges. La « conception de la réalité qui a prévalu à la fin de l’Antiquité et durant le moyen âge » est ainsi interprétée comme « figurative » sur le modèle de l’« ancienne conception chrétienne » par Erich Auerbach, dans Figura10 mais aussi dans un recueil d’articles postérieurs rassemblés dans Mimésis :

L’interprétation figurative […] établit une relation entre deux événements ou deux personnes dans laquelle l’un des deux termes ne représente pas seulement lui-même mais aussi l’autre, tandis que celui-ci inclut le premier ou l’accomplit. Les deux pôles de la figure sont séparés par le temps, mais tous deux se situent dans le temps, en tant qu’événements véritables ou personnes ; ils sont tous deux compris dans le fleuve ininterrompu que constitue la vie historique, et seule la compréhension, l’intellectus spiritualis, de leur relation est un acte spirituel11.

Notons que l’adjectif allemand figural chez Auerbach est traduit par « figuratif » par Cornelius Heim dans Mimésis (Auerbach, 1968), suivi en cela par Marc André Bernier quand il publie sa traduction de Figura, au prétexte que « figuratif est attesté dans la tradition exégétique française depuis le XVIIe siècle au moins (cf. Pascal, Pensées)12 ».

L’élargissement de la notion explique les retours de la figure, qui signalent notamment deux tournants épistémiques majeurs en Occident. Aux XVIe et XVIIe siècles, la figure est ainsi littéralement « réinventée » comme un processus d’articulation entre les domaines bibliques, rhétoriques et visuels (Guiderdoni-Bruslé 2013 ; Dekoninck et Guiderdoni 201713). Elle est en tant que telle une notion centrale des questionnements sur la mimèsis et des réflexions sur la représentation. On remarque que chez Paul Ricœur les trois modalités de la mimèsis, préfiguration, configuration et refiguration, sont autant de variations sur la figure, sans jamais la réduire à la figuration (Ricœur 1983 ; Baroni 2009).

Dans les théories de la représentation au XXe siècle, on assiste à un second retour et certainement une seconde « réinvention » de la figure sous la forme du « figural », nourrie par la lecture de Freud, tant en philosophie qu’en histoire de l’art et dans l’analyse filmique (Metz 1977, Vancheri 2011). Ce mouvement est largement amorcé par le « parti pris du figural » défendu par Jean-François Lyotard dans Discours, figure (Lyotard 1971).

Rhétorique antique, exégèse patristique, mimèsis classique, esthétique contemporaine : autant de périodes et de domaines qui pourraient constituer quatre âges de la figure. Mais il faut revenir sur certains aspects de cette notion pour comprendre ce qui motive ces retours.

La figure comme entre-deux ?

La plasticité serait-elle la qualité même de cette notion et le gage de sa permanence ?

Dans le domaine pictural, la figure pouvait prendre place dans des systèmes d’opposition, voire des systèmes de hiérarchisation, sans qu’elle ait d’ailleurs nécessairement la primauté : chez Panofsky, dans ses Essais d’iconologie (Panofsky 1939), le « motif » commande à la « figure », ce que critique Jean-François Lyotard14 et ce qu’entend dépasser Georges Didi-Huberman, lorsque le « motif devient figure »15. Figura est aussi traditionnellement distinguée de fabula, qui renvoie à la production verbale fictionnelle ; André Chastel indiquait ainsi ce qui constituait pour lui une progression à travers son titre : Fables, Formes, Figures (1978).

Il y a surtout quelque chose comme une imperfection de la figure, qui nourrissait la démarche théologique et qui fut ressaisie par Pascal en ces termes : « Figure porte absence et présence, plaisir et déplaisir ». Mais c’est aussi ce qui explique qu’on ait traduit par « figurabilité » la Darstellbarkeit – littéralement la « représentabilité » – que Freud met en avant dans le « travail » du rêve, entre contenu latent et contenu manifeste, et qui « n’est pas faite pour être comprise » (Freud 1900). Jean-François Lyotard revenait de fait à la figure comme « l’ordre » le plus « éloigné de la communicabilité », qui déforme jusqu’aux mots de l’avant-dernière section de Discours, figure : « Fiscours digure »16 ; dès le début de son ouvrage, Lyotard conçoit la figure comme une « matrice fantasmatique »17. Autant dire que la figuration engage une réflexion sur la défiguration18 (Porter 2017).

Au fond, cet attrait de la pensée contemporaine pour la figure recouvre, paradoxalement en apparence, une répugnance à l’égard du figuratif. Cette idée est particulièrement explicite dans l’ouvrage que Gilles Deleuze consacre à Francis Bacon mais aussi à la « Figure », convoquée avec une majuscule dès le début du texte :

[Chez Bacon] Un rond délimite souvent le lieu où est assis le personnage, c’est-à-dire la Figure. […] La Figure elle-même est isolée dans le tableau, par le rond ou par le parallélépipède. Pourquoi ? Bacon le dit souvent : pour conjurer le caractère figuratif, illustratif, narratif, que la Figure aurait nécessairement si elle n’était pas isolée. La peinture n’a ni modèle à représenter, ni histoire à raconter. Dès lors elle a comme deux voies possibles pour échapper au figuratif : vers la forme pure, par abstraction ; ou bien vers le pur figural, par extraction ou isolation. Si le peintre tient à la Figure, s’il prend la seconde voie, ce sera donc pour opposer le « figural » au figuratif. […] Entre deux figures, toujours une histoire se glisse ou tend à se glisser, pour animer l’ensemble illustré. Isoler est donc le moyen le plus simple, nécessaire quoique non suffisant, pour rompre avec la représentation, casser la narration, empêcher l’illustration, libérer la Figure : s’en tenir au fait19.

Si Deleuze parle de l’œuvre de Bacon et s’appuie, quoique sans citation, sur les propos du peintre20, il en dit aussi beaucoup sur les rapports de la pensée contemporaine, dont il est partie prenante, avec la figure. Les adjectifs « figuratif, illustratif, narratif » renvoient à une trinité honnie, celle de la figuration, de l’illustration et du récit perçues comme des superstructures fixes, unilatérales et régies par un dogme : le « modèle », l’« histoire » et peut-être le « sens » pourrait-on ajouter21.

Isoler la figure – plus loin Deleuze écrit encore « La peinture doit arracher la Figure au figuratif » (p. 17) – ce serait l’empêcher de ne renvoyer qu’à ces éléments extérieurs. Il ne s’agit pas, nous semble-t-il, de lui dénier toute capacité de mise en relation, mais de libérer cette capacité pour d’autres relations que celles qui se seraient figées dans les traditions figuratives au point d’être perçues comme une qualité des choses mêmes. Il s’agit de passer du lien « entre deux figures » à la figure comme entre-deux.

Ce paradoxe entraîne d’ailleurs un glissement linguistique. Au terme de ce passage, Deleuze précise en note : « J.-F. Lyotard emploie le mot "figural" comme substantif, et pour l’opposer à "figuratif" ». Cette allusion à Discours, figure, publié cinq ans plus tôt, dit combien le changement n’est pas encore entré dans la terminologie. Ce « "figural" comme substantif » correspondrait au nouvel usage – à défaut de nouveau mot – qui met à distance les usages antérieurs autant de l’adjectif « figural » que du substantif « figure » lui-même. Le figural employé comme substantif renverrait ainsi à une relation et non plus à ce qui a fini par être perçu comme une qualité – l’adjectif « qualificatif » étant davantage un adjectif de qualité, sa substantivisation effectuerait linguistiquement cette inflexion de la qualité d’une chose vers une qualification en acte. Parler du figural évite aussi d’employer le mot « figure », comme pour contourner ses implications, tant rhétoriques que théologiques.

Notons que si Deleuze ne semble donner à la peinture que l’horizon de l’abstraction ou du figural, une « Nouvelle figuration » s’était développée au début des années 1960 et qui nourrit la réflexion de Lyotard ; mais cette formulation même, qui démarquait le mot « réalisme », n’avait parue acceptable qu’à la faveur de la rupture qu’indiquait l’adjectif.

Cependant même cette affirmation du figural participe d’une généralisation de la figure qui, même dans ses domaines traditionnels, est en partie renouvelée. Cette généralisation s’accompagne de croisements disciplinaires, par exemple entre théologie et sémiotique (Dufour 1971, Theobald 2011), et engage aussi des concurrences, par exemple entre rhétorique et herméneutique (Noille 2019), voire des réexamens critiques d’autres notions. En sémiotique, la notion de représentation, à l’instar de ce que nous venons de signaler chez Deleuze, est confrontée à la « figurativité » (Greimas 1983). Et la notion de signe est contestée par rien d’autre que la figure elle-même : si Anne-Marie Christin critique la « figure à valeur de signe » telle qu’elle serait convoquée par la sémiotique, c’est parce qu’il s’agit d’une réduction de la figure au rang d’outil de la représentation, indépendamment de son support et à son inscription dans un espace22.

Cette attention aux « lieux » de la figure (Francastel 1967), voire aux espaces de la figure pourrait-elle permettre de saisir un autre aspect de son intérêt ? Quand Georges Didi-Huberman réactive, pour étudier les fresque de Fra Angelico, les figurae « au sens latin et médiéval », « c’est-à-dire des signes picturaux pensés théologiquement, des signes conçus pour représenter le mystère dans les corps au-delà des corps », il en vient à préciser : « difficile, impossible même, de la définir comme une chose ou comme une relation simple : la figure est toujours entre deux choses, deux univers, deux temporalités, deux modes de signification »23. Ce faisant, Georges Didi-Huberman met en avant l’espace dans lequel s’inscrivent les fresques, c’est-à-dire leur dispositif. Lorsque pour analyser « le contemporain » Bertrand Gervais met en avant le même terme, il souligne sa valeur d’« interface » (Gervais 2017)24. Même dans le domaine rhétorique, Gérard Genette souligne cet entre-deux :

On voit qu’ici, entre la lettre et le sens, entre ce que le poète a écrit et ce qu’il a pensé, se creuse un écart, un espace, et comme tout espace, celui-ci possède une forme. On appelle cette forme une figure, et il y aura autant de figures qu’on pourra trouver de formes à l’espace à chaque fois ménagé entre la ligne du signifiant (la tristesse s’envole [La Fontaine]) et celle du signifié (le chagrin ne dure pas [« traduction » de Domairon, Rhétorique française, 1804]), qui n’est évidemment qu’un autre signifiant donné comme littéral25.

Si Genette relance la réflexion sur la nature des « lignes » qui délimitent la figure, il reprend la métaphore de Fontanier chez qui la figure de style « s’éloigne » de l’expression commune, et multiplie les termes spatiaux, renvoyant même plus spécifiquement à une étendue.

Cet entre-deux constitue une réserve dynamique. Notons que Roland Barthes, qui fait des « figures » un élément organisateur de Fragments du discours amoureux, renvoie explicitement au sens premier, « chorégraphique », de skhèma (Barthes, 1977). Il est en outre moins souvent souligné que dans le séminaire qui a présidé à la publication de ce livre, Roland Barthes passait par la métaphore optique et spatiale pour définir les figures :

La figure est une découpe du discours opérée en fonction du fait que le sujet-lecteur (ou écouteur) reconnaît dans le flux discursif quelque chose qu’il a déjà vu, lu, entendu, ressenti, vécu (ou qu’il croit avoir déjà vu, lu, entendu, vécu). La figure procède d’un acte de lecture, et cet acte est une accommodation (courbure du cristallin) de reconnaissance26.

Plus largement, cette dynamique pourrait expliquer l’exploration du figural par les théories esthétiques27. Faut-il pour autant assimiler la figure à une forme et le figural à la « formation », à la mise en tension de cette forme, à une « force » ? S’il y a des déplacements épistémologiques majeurs à l’arrière-plan des glissements lexicaux de la « figure » vers « le figural » et la « figurabilité », on peut reconnaître au moins rétrospectivement une certaine continuité liée aux potentialités de la notion même de figure. Cette hypothèse capitale, qui était celle de Ralph Dekoninck et d’Agnès Guiderdoni dans Force de figures28, motive le travail mené pour ce volume. La figure est un champ de forces, bien que la nature de ce champ et de ces forces ait changé selon les époques, bien que l’intensité et la régularité de ces forces aient pu varier. Analyser de façon transversale la figure comme le révélateur d’un entre-deux en fait non seulement un principe herméneutique mais aussi un outil qui a pu être réactualisé par des domaines tous concernés par la dynamique même de l’interprétation.

Questions ouvertes

De la figura antique aux théories contemporaines ? Cette interrogation ne recouvre pas une simple trajectoire historique. La figure est un lieu central pour observer des champs et disciplines variés, arts, sciences, théologie, rhétorique ou esthétique, eux-mêmes soumis à des évolutions et à des interactions. Une sorte d’épistémologie de la figure est possible à travers ses usages artistiques et théoriques. On peut identifier trois grandes articulations, proposées ici sans exclusive, qui constituent autant d’interrogations.

Figure et lexique. Que désigne le mot « figure » ?

-Une permanence lexicale ? Des enquêtes lexicographiques restent fructueuses, tant les usages dans les langues européennes sont variés et complexes, jusqu’à l’anglais figment. Comment se distribuent les emplois et les réemplois de figura et de « figure » ? Quelles interférences entretiennent-ils avec les termes grecs qui en auraient été les équivalents ou les concurrents (skhèma, tropos, tupikos) ? Quels déplacements les traductions opèrent-elles ?

-Un privilège de la rhétorique ? Comment se sont distribués « image » et « figure de style » ? Comment évaluer l’importance des figures pour la rhétorique ? Cette place peut-elle rendre compte de différentes périodes de la rhétorique ?

-Un héritage théologique ? Quelles sont les évolutions de la question figurale au sein même des pratiques et des conceptions de l’exégèse ? Qu’est-ce que des approches herméneutiques profanes ont conservé de modèles de pensée issus de cette exégèse biblique ?

Figure et image. La figure peut-elle se passer des images ?

-La figure est-elle un détail de l’image ? La figure engage-t-elle le rapport du tout à ses différentes parties, qui se détachent ou qui s’effacent dans l’effet d’ensemble ? Quelles relations entretient-elle avec le motif ? Quelles relations entre Figura et fabula ? (Chastel 1978 ; Tran 2013).

-Le paradoxe des figurations abstraites ? Schémas et diagrammes convoquent-ils un type spécifique de figure ? Le rapport à la figure peut-il rejouer ici la tension entre figuration et abstraction, entre écriture et image ?

-Un moment de l’image dans le livre ? Peut-on exploiter une chronologie des emplois respectifs d’« enluminure », de « figure » et d’« illustration » ? Y a-t-il là trois types d’images et trois types de relations entre les images et les textes ? Dans quelle mesure la figure permet-elle de réinterroger l’articulation et la concurrence de la peinture et de la littérature, des arts visuels et textuels ?

Figure et théories. La figure est-elle un outil théorique ?

-Une notion transversale ? Quelles distributions et quelles interactions des termes « figure », « figuré », « figuratif », « figurativité », « figural », « figurabilité », au-delà de la dérivation lexicale ?

-Un paradigme pour la fiction ? Dans quels sens fonctionne le lien étymologique et sémantique étroit entre figure et fiction ? La figure, comme la fiction, peut-elle être critiquée comme une falsification ?

-Un outil théorique ? La variété des théories que nous avons citées ne prétend pas à l’exhaustivité. Quelle serait la place de la figure chez tel auteur, dans tel mouvement, dans telle discipline ? Quelles relations entre la figure et des notions concurrentes ? Quels seraient les enjeux de ces retours de la figure ?

Il y a non seulement une omniprésence des références picturales dans nombre de réflexions des philosophes et des théoriciens du XXe siècle, même lorsqu’ils ne parlent pas de peinture, mais plus spécifiquement encore une omniprésence de la question de la « figuration » dans le vaste ensemble de la French Theory, dont les mouvements de la « Nouvelle figuration » puis de la « Figuration narrative » sont contemporaines29.

Présentation des articles

Les articles réunis dans ce volume ne répondent pas à toutes ces questions mais, à travers des sujets et des approches variées, ils contribuent à ces réflexions selon plusieurs axes.

Figures et figuration. Le modèle exégétique ?

Un grand article de Christophe Imbert ouvre la première section : « Le " peuple figuratif ", entre lecture figurale et anthropologie structurale : Dante, Vico, Bonald et l’horizon du XXe siècle ». Il constitue doublement un point de départ. D’une part, cet article utilise comme toile de fond la tradition de la lecture « figurale » de l’Ancien Testament développée par les écrits patristiques. D’autre part ce faisant, il revient régulièrement au texte d’Auerbach qui généralise la portée de « l’interprétation figurative » : cette démarche des Pères de l’Église est devenue un principe herméneutique profane ou, comme l’écrit Christophe Imbert, « semi-profane ».

On voit que ce point de départ est déjà un déplacement, dont l’article étudie les modalités chez Dante, Giambattista Vico et Louis de Bonald, dans un parcours qui va de la poésie à la philosophie politique, de l’Italie à la France, du XIVe siècle au XIXe siècle. Se manifeste ici, outre la question d’une interprétation du monde sur le mode « figural », le rapport de la figure avec la personne elle-même : ainsi Dante, le poète du Trecento, « incarne » pour Vico, « un type dont Homère établit la figure » écrit par exemple Christophe Imbert. Il ne s’agit pas d’une simple polysémie du mot « figure », que l’on rencontre fréquemment pour mettre en avant le statut d’une personnalité, mais bien d’une articulation entre le statut de tel auteur – ici Homère – et la démarche qui en fait un élément matriciel et herméneutique. La lecture « figurale » s’appuie bien sur quelques auteurs qui deviennent des figures identifiées. Les spécialistes de Vico – la critique vichienne – soulignent l’importance chez le philosophe d’une conception « typologique » de l’histoire, dont Christophe Imbert montre qu’elle met à distance la lecture figurale religieuse, comme si les liens entre histoire grecque et romaine primaient ici sur ceux de l’Ancien Testament et du Nouveau.

Dans l’article suivant, intitulé « La figure de Moïse comme grand homme chez Pétrarque : entre littérature et exégétique », Pu Liu examine le cas spécifique de Moïse à travers la relecture opérée par Pétrarque dans le De vita solitaria, texte pour lequel l’autrice utilise ici la version bilingue de Christophe Carraud30, et dans le De viris illustribus31. Si Moïse est une « figure » au sens usuel du terme, la relecture qui associe ce personnages aux trajectoires de vies solitaires païennes et chrétiennes, de même que l’analogie avec de grands hommes romains convoquent implicitement un fonctionnement figural. Ce fonctionnement ne laisse pas indemne les objets auquel il s’attache : cette lecture figurale tend à la christianisation du Prophète.

L’articulation du profane et du sacré est élargie par l’article d’Aurore Labbé de la Genardière intitulé « Les amours de Pyrame et Thisbé et le divin : entre figuration et défiguration intermédiales ». L’autrice y explore à travers des représentations plastiques et visuelles de la fable ovidienne relevant d’arts, de contextes et d’époques très variés, l’introduction d’une dimension qui déplace ses origines profane : au-delà de la réécriture chrétienne que constitue l’Ovide Moralisé, cette adaptation en vers anonyme du XIVsiècle, la transformation est élargie ici au « spirituel ». La « figuration » peut être dans cette perspective ce qui permet d’esquisser cette circulation.

Représentation visuelle, représentation textuelle

L’article d’Alexandra Ilina, « La figure de la licorne : une métaphore pour réécrire la fin d’un roman ? » s’attache au Tristan en prose, roman chevaleresque du XIIIsiècle, dans lequel une « figure », celle de la licorne, est à la fois un motif mais aussi le marqueur d’un jeu herméneutique. L’autrice revient même, comme pour faire le lien avec les articles précédents, sur le fonctionnement « figural » de la licorne qui, de figure christique devient figure érotique. Mais plus profondément ici ce sont deux types de représentation, visuelle et textuelle, que la figure permet d’articuler autour de la mort des amants.

« Figure » a si longtemps désigné les gravures d’illustration présentes de façon massive dans les livres avant le XIXsiècle qu’il était impératif d’avoir une trace de ce phénomène. Mais la relation illustrative ne relève pas uniquement des ouvrages de fiction littéraire. Miao Li et Devika Vijayan s’attachent au domaine du récit de voyage dans leur article « Figuration, représentation et pérégrinations des Jésuites en Chine et aux Indes orientales aux XVIIe et XVIIIe siècles ». Si la notion d’illustration est traditionnellement associée à une fonction illustrative au sens limité, le genre même du récit de voyage permet d’interroger les liens complexes entre texte et image et de donner à « illustration » sa dimension active, cette « relation illustrative » qui fait travailler les enjeux textuels et iconographiques. Le cas particulier des ouvrages étudiés ici, Histoires des choses plus memorables advenues tant ez Indes Orientales que autres païs, de la descouverte des Portuguais de Pierre Du Jarric, (1608-1614), China Illustrata d’Athanase Kircher (1667) et Description de la Chine de Jean-Baptiste Du Halde (1735)32 pourraient en être de bons exemples.

Notons que le Père Du Halde annonce dès sa page de titre la présence de cartes et de gravures d’illustration dans des termes usuels pour l’époque : « ornée d’un grand nombre de Figures & de Vignettes gravées en Taille-douce » : figures et vignettes différant ici par leur importance. En revanche, le participe illustrata mentionné par Kircher dans son titre renvoie à la présence de gravures mais plus largement aussi, conformément à l’étymologie, au « lustre » que cette œuvre confère à la Chine. Il est à noter que les autrices utilisent ici une traduction anglaise de l’original latin de Kircher mais que l’ouvrage ne saurait être seulement une China illustrated au sens moderne du terme. Malgré des auteurs et un contexte relevant de la religion chrétienne, la notion de figuration ne semble pas investie d’une valeur autre que celle d’une représentation, analysée en termes d’apports variés au texte. Une rare occurrence rappelle pourtant combien la notion pose problème, lorsque Du Jarric compare les la représentations d’une divinité indienne avec le Diable, qui serait ainsi « ador[é] en sa propre figure, c'est-à-dire de la façon qu’on a accoustumé le peindre parmy nous » (Du Jarric, vol. II, p. 44). Parler de « figure » ici permet à Du Jarric de forcer la comparaison et étayer l’idée d’une assimilation termes à termes d’autant plus forte que la figure est qualifiée de « propre ».

    Ce sera une découverte pour beaucoup que l’œuvre, encore en cours, du Norvégien Jørn H. Sværen, né en 1974 – sans compter en outre avec l’écart chronologique par rapport à ce qui précède. Pourtant, la place de cette réflexion sur la figure est exemplaire. Emmanuel Reymond, lui-même traducteur en français de cette œuvre, propose dans son article, « Marqué d'une croix : l'espace de la figure dans la poésie de Jørn H. Sværen », un véritable déploiement de la notion de figure. Remarquons notamment que l’article exploite le commentaire du poète sur un emblème tiré du recueil d’Alciat, objet récurrent de la réflexion sur les figures33 mais également ses pratiques d’écriture, abordées ici par une lecture figurale ressourcée aux analyses de Barthes, et de ses choix éditoriaux, voire plus largement médiaux34.

    Dans son article « L’épopée figurale des corps dans Tombeau pour cinq cent mille soldats et Éden, Éden, Éden de Pierre Guyotat. Essai de généalogie et d’analyse de la "figure" », Quentin Morvan complète la dynamique sans convoquer d’images. L’auteur revient cependant à la dimension plastique inhérente à la notion de figure, estimant par exemple « C’est que la figure se situe à la jointure de la figurine : elle en partage une certaine proximité avec les arts plastiques, et tend à s’actualiser dans un espace à trois dimensions ». En refusant le terme de « personnage », auquel il substitue celui de « figure », les deux œuvres de Pierre Guyotat, publiées en 1967 et 1970, permettent de convoquer un rapport au figural, tel qu’il a été renouvelé dans les années 1970 par Jean-François Lyotard, mis en perspective ici à travers l’analyse d’Olivier Schefer Cet article montre aussi combien cette réflexion est une recherche actuelle, renvoyant par exemple à l’article de Julie Sermon « Construction du personnage et dramaturgie du jeu en régime figural » sur le site pourunatlasdesfigures.net, dirigé par Mathieu Bouvier, auteur de l’article qui suit.

    Figures et figurabilité

    Les articles touchant directement aux arts visuels et plastiques convoquent en réalité moins la comparaison du visible et du lisible. Ce qui les travaille est davantage l’opposition entre la logique figurative, perçue comme une représentation que l’on pourrait dire « restreinte », et la logique figurale, qui ouvre à la figurabilité comme à une potentialité, voire à une virtualité.

    Mathieu Bouvier s’attache au domaine de la danse, que nous annoncions comme un champ à part entière pour les figures. Son article, « Figurabilités du geste dansé » fait l’hypothèse des « puissances » -- quelque chose comme la valeur en puissance aussi -- des figures dans la danse. Cet article pourrait cependant s’intituler, pour reprendre le titre de l’une de ses parties, « Donner figure à des rythmes » : la « figurabilité » du geste dansé nous fait revenir à aux origines antiques de la notion, au-delà du terme même de « figure », notamment au skhèma grec mais aussi à Louis XIV, « l’un des tous premiers chorégraphes français » dont témoigne notamment le Ballet royal de la Nuit, dont la série de dessins pour les costumes est en ligne dans Utpictura.

    Troisième costume des Heures (Versailles, Ballet royal de la nuit)

    La précision et la transversalité de ces analyses donnent un aperçu du travail de l’auteur, qui a produit une thèse sur la question et qui dirige le site Pour un atlas des figures évoqué plus haut. Les lecteurs et lectrices intéressées s’y reporteront avec beaucoup de profit.

    Relevant des arts plastiques, l’article de Valentine Oncins, « Fingere », prend comme point de départ une figuration indécidable dans d’un tableau de Louis Welden Hawkins daté de 1906 qui convoque « Le Sphinx et la Chimère », avant de proposer un essai de typologie des déploiements de la figure, le verbe latin convoqué dans le titre constituant ici une matrice étymologique mais aussi conceptuelle. Cette approche souligne les dimensions problématiques de la figure dans des œuvres variées, de la photographie contemporaine à Michel-Ange, lequel ferait le choix d’« tirer la figure vers la laideur et l’inconvenance, [de] la retourner comme on retourne un tableau pour voir son envers. »

    L’article de Jacques Demange « L’image de synthèse, imag(in)er la figure. Le travail métaphorique de la figuration » explore la question de l’image de synthèse au cinéma de façon particulièrement fouillée. L’auteur s’appuie notamment sur l’approche « figurale » développée dans les études cinématographiques35 mais il l’articule également à des outils d’analyse littéraire et à la philosophie contemporaine, de Lyotard à Derrida.

    Le dernier article de ce volume boucle une boucle à plusieurs titres. Bernard Vouilloux ajoute incidemment une acception du mot « figure » à notre panorama en notant qu’à l’époque classique, le mot pouvait désigner chez les fournisseurs les toiles réservées au portrait. Surtout, dans cet article, intitulé « Figurativité, figuration, figuralité, figurabilité. Note théorique et terminologique », l’auteur délivre une véritable mise au point sur les notions développées de façon continue dans ce recueil et plus spécifiquement dans cette dernière section. Ce faisant, Bernard Vouilloux fait retour sur ses publications antérieures autour de ces questions et complète l’article qu’il avait publié dans le numéro de La Part de l’œil de 2017, déjà mentionné ici36. Les notions sont explorées dans leurs relations mais aussi dans leur articulation à cet autre grand paradigme, qui emporte avec lui tout un pan des théories esthétiques : la représentation. Elle est ici déclinée en « représentation I » (ou « représentance ») et représentation II (ou ressemblance) et elle resurgit encore, comme « représentabilité », que nous avons évoquée comme une traduction possible de Darstellbarkeit, concurrente de « figurabilité ».

    On ose espérer, au seuil de cet ensemble d’articles et d’images fonctionnant en réseau, que chaque lecture mettra en œuvre la dynamique propre aux figures.

    Bibliographie

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    Vancheri, Luc, Les Pensées figurales de l’image, Paris, Armand Colin, 2011

    Notes

    1

    En peinture, « figure » ne renvoie pas systématiquement au visage. D’aucuns insistent cependant sur le lien entre figure, visage et peinture (Bernard Lafargue, « Des figures du visage aux visages des figures », in Figures de l'Art. Revue d'études esthétiques, n° 5, 1999/2001, numéro thématique L'Art des figures, p. 265-281 (En ligne). Retrouvez les références dans la bibliographie générale située en fin d’article. Notez que les références abrégées entre parenthèses dans le texte sont développées dans cette même bibliographie générale.

    2

    Figura fut d’abord publié dans Archivum Romanicum, Olschki, Genève, vol. 22, n° 4, octobre-décembre 1938, p. 436-489. La revue y fait encore allusion dans son volume de 1940, p. 173 (« Vgl. den schönen Aufsatz Figura von E. Auerbach in dieser Zeitschrift 1938 »). Dans sa postface à Mimésis, Auerbach indique à propos de Figura : « réimprimé dans mes Neue Dantestudien, Istanbuler Schriften, n° 5, 1944 » ; et l’éditeur de préciser en note : « Cette étude a été reprise dans E. Auerbach, Gesammelte Aufsätze zur romanischen Philologie, Francke, Berne et Munich, 1967 » (Erich Auerbach, Mimésis. La Représentation de la réalité dans la littérature occidentale [1946-1949], trad. Cornélius Heim, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1968, p. 551). Ni l’auteur ni l’éditeur ne renvoient à la première publication de 1938, parfois fautivement située en 1939.

    3

    « Issu de la même racine que fingere, figulus, fictor et effigies, figura signifie, à l’origine, “forme plastique” » (Erich Auerbach, Figura, trad. Marc André Bernier, Paris, Belin, 1993, p. 9). Dans le texte allemand, seul figura est traduit (« plastisches Gebilde »). Le traducteur français choisit de traduire les autres mots latins en note : « Qui signifient “modeler”, “potier”, “modeleur” et “portrait” », Ibid. Pour une mise en perspective récente de ce champ lexical, voir L’Écrit et le sculptural, Claire Gheerardyn et Benoît Tane dir., revue Textimage, printemps 2024.

    4

    Jean-Claude Schmitt, Penser par figure, Paris, Arkhé, 2019, p. 25 et p. 103.

    5

    Sur ces questions, voir Benoît Tane, Avec figures. Roman et illustration au XVIII siècle, Rennes, PUR, 2014.

    6

    Sur l’articulation entre « figure » et danse, et plus largement entre image et mouvement, voir la plateforme collaborative « Pour un atlas des figures » (en ligne, dernière consultation 18/03/2024)

    7

    « Une figure vers la peinture » ne semble par exemple renvoyer qu’au destin d’un jeune homme qui va devenir une « figure » de l’art, sans que le mot de « figure » soit interrogé alors que l’on parle de Francis Bacon, grand peintre de la défiguration (Christophe Domino, Bacon. Monstre de peinture, Paris, Gallimard, 1996, p. 13).

    8

    Sur l’articulation de cette opposition avec la prise en compte des littératures non-occidentales, voir Xavier Garnier, L’Éclat de la figure. Étude sur l'antipersonnage de roman, Bruxelles, PIE-Peter Lang, « Nouvelle Poétique Comparatiste », 2001. Sur « figure » et « personnage », voir aussi par exemple le travail des doctorants du CELLAM : La Figure, Revue Ad Hoc, n° 4, 2015 (en ligne, dernière consultation 18/03/2024).

    9

    Michel Meyer, Histoire de la rhétorique des Grecs à nos jours, Paris, Le Livre de poche, « Biblio Essais », 1999, p. 320. Notons que la « figuralité » de la littérature ou sa « puissance figurative » conçue comme au-delà de la « littéralité » peut légitimement être interrogée, comme le fait Tiphaine Samoyault à partir d’un cas limite (Tiphaine Samoyault, « Chapitre XIV : Littéralité des rats ». in La question animale, Georges Chapouthier et al. éd., Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 231-242).

    10

    Voir Philippe Dubois, « La question des Figures à travers les champs du savoir. Le savoir de la lexicologie : note sur Figura d’Erich Auerbach », dans François Aubral et Dominique Chateau éd., Figure, figural, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 11-24.

    11

    Erich Auerbach, Mimésis, Op. cit., p. 84.

    12

    Erich Auerbach, Figura, Op. cit., introduction, p. 6.

    13

    Voir Agnès Guiderdoni-Bruslé, « La figure réinventée au début de la période moderne », in Réforme, Humanisme, Renaissance, n° 77, 2013. p. 17-30 (en ligne). Voir aussi : « Inherited from the Middle Ages and reinvented at the beginning of the early modern period, the notion of figura is intrumental in understanding the epistemological reconfigurations that have occurred during the sixteenth and seventeenth centuries » (Ralph Dekoninck, Agnès Guiderdoni, « Thinking through Figures: Regimes of Figurability in the Early Modern Period », in Usages de la figure, régimes de figuration, Laura Marin, Anca Diaconu dir., Editura Universitatii din Bucaresti, 2017, p. 17).

    14

    Jean-François Lyotard, Discours, figure, Paris, Klincksieck, 1971, p. 9-25.

    15

    Georges Didi-Huberman, Fra Angelico. Dissemblance et figuration, Paris, Flammarion, [1990], rééd. coll. « Champs », 1995, p. 28.

    16

    Jean-François Lyotard, Discours, figure, Op. cit., p. 327.

    17

    Ibid., p. 20. Sur l’importance du figural dans la lecture de Freud par Lyotard, voir Claire Pagès, « L’enfance, entre représentations et affects : Lyotard, lecteur de Freud », in Le Tour critique, n° 5, 2020, p. 73-88.

    18

    Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris, Éditions de Minuit, 1992, p. 168-169.

    19

    Gilles Deleuze, Francis Bacon. Logique de la sensation, Paris, Éditions du Seuil, [1981], rééd. 2002, p. 12.

    20

    Gilles Deleuze renvoie en note à Francis Bacon, L’Art de l’impossible. Entretiens avec David Sylvester, Genève, Skira, 1976.

    21

    La « logique de la sensation » répond à un ouvrage antérieur de Deleuze intitulé Logique du sens, Paris, Éditions du Seuil, 1969. Dans celui-ci, « figures », sans majuscule, apparaît dans l’Avant-propos au sens, globalement plus usuel et presque mathématique, d’ensembles de points, métaphorisés ensuite comme « constellations-problèmes » (Gilles Deleuze, Logique du sens, Paris, Éditions du Seuil, 1969, p. 7).

    22

    Anne-Marie Christin, L’Invention de la figure, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2011, p. 34-42.

    23

    Georges Didi-Huberman, Fra Angelico, Op. cit., respectivement p. 16 et p. 96.

    24

    Nous renvoyons aussi plus largement aux travaux de Figura, nom choisi par le Centre de recherche sur les théories et les pratiques de l’imaginaire de l’UQAM et à sa revue en ligne Captures.

    25

    Gérard Genette, « Figures », dans Gérard Genette, Figures I, Paris, Seuil, 1966, p. 207. Nous renvoyons à nos remarques sur la référence à Pascal dans le recueil lui-même intitulé Figures, devenu Figures I par la suite, et sur l’évolution de la notion chez le théoricien, soulignée dans Gérard Genette, Métalepse. De la figure à la fiction, Paris, Seuil, 2004 (Benoît Tane, « "Quand lire, c’est voir". Lettres et images dans le roman du XVIIIe siècle » dans Fiction et vues imageantes : typologie et fonctionnalités, Bérengère Voisin éd., Studia romanica Tartuensia VII, Tartu, 2008, p. 107-124 ; voir aussi Benoît Tane, Avec figures, éd. Cit., p. 461-464).

    26

    Roland Barthes, Le Discours amoureux, Séminaire I, 1975-1976, Paris, Seuil, 2007, p. 62.

    27

    Voir notamment Luca Acquarelli éd., Au prisme du figural. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015 (en ligne). L’auteur établit explicitement le lien (« les chapitres de ce volume s’inscrivent dans le débat théorique sur la forme et la force des images, et à partir de là, sur le figuratif et le figural », § 3), également signalé par le titre de la journée d’étude à l’origine du livre : « Le sens des images entre formes et forces. Du figuratif au figural et retour : analyses d’objets » (CEHTA et INHA, avril 2012). En 2012, un numéro de La Part de l’œil  revenait sur la relation « Formes et forces » comme un « lieu commun de l’esthétique » et faisait la part belle au « figural » (Rudy Steinmetz éd., Formes et Forces, revue La Part de l’œil, no 27, 2013).

    28

    Ralph Dekoninck et d’Agnès Guiderdoni éd., Force de figures. Le travail de la figurabilité entre texte et image, revue La Part de l’œil, n° 31, 2017-2018.

    29

    Sarah Wilson, Figurations ± 68 : le monde visuel de la French theory [The visual world of French theory: figurations, 2010], trad. Jeanne Bouniort, Adrien Sina et Sarah Wilson, Dijon, Les Presses du Réel, 2018.

    30

    Pétrarque, De vita solitaria, La vie solitaire, édition bilingue latin-français, trad. par Christophe Carraud, Grenoble, Éditions Millon, 1999.

    31

    Francesco Petrarca, De viris illustribus. Adam-Hercules, éd. par Caterina Malta, Università degli studi di Messina, Centro interdipartimentale di studi umanistici, 2008.

    32

    L’édition utilisée par les autrices de l’article comporte les mêmes illustrations que celle publiée à Paris, chez P. G. Lemercier, 1735 (BnF, en ligne sur Gallica, dernière consultation le 20/03/2024).

    34

    Sur ce point, voir aussi Emmanuel Reymond, « La réduction et le reste : la poésie médiale de Jørn H. Sværen », Nordiques, n°44/2023 (en ligne, consulté le 21/03/2024)

    35

    35Voir par exemple Guillaume Soulez, Quand le film nous parle. Rhétorique, cinéma, télévision, Paris, PUF, 2011, notamment le chapitre « Le discours du film, ou de la Rhétorique au cinéma », p. 17-68.

    36

    Bernard Vouilloux, « Représenter et figurer », dans Ralph Dekoninck et d’Agnès Guiderdoni éd., Force de figures, Op. cit., p. 21-31

    Référence de l'article

    Benoît Tane, Retours de la figure, mis en ligne le 03/06/2024, URL : https://utpictura18.univ-amu.fr/rubriques/numeros/figures-images-figura-antique-aux-theories-contemporaines/retours-figure

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